Alors que la faible résistance Rohingyas vient de décréter unilatéralement un cesser le feu et que la prix Nobel conserve son Nobel …qui n’a plus depuis longtemps de valeur ! Lire ci-dessous notre dossier !
Dossier établi par Thomas Cluzel
et la rédaction de A l’Encontre
Quand l’indifférence triomphe, éclate le cri de colère lancé par l’éditorialiste du quotidien de New Delhi The Hindu autour du drame des Rohingyas, obligés de fuir la Birmanie. En moins de deux semaines, la violence généralisée a chassé de leur pays d’origine près de 125’000 membres de cette minorité ethnique musulmane. Or l’Inde, abandonnant ses rêves de compassion et ses principes d’hospitalité, se refuse aujourd’hui à accueillir ceux qui, depuis le Bangladesh, souhaiteraient rejoindre le sous-continent. Derrière cette tragédie, écrit le quotidien, se cache en réalité une «bureaucratie convaincue qu’une nation ambitieuse comme la nôtre n’a pas besoin d’un peuple de vaincus, les Rohingyas. Quand la bienveillance devrait nous amener à les considérer comme des réfugiés, nos dirigeants, eux, les considèrent comme des migrants clandestins. Et pourtant. Comment notre pays, qui a offert un foyer aux Tibétains, aux Afghans et aux Juifs, peut-il rester aujourd’hui muet et indifférent à l’égard de ceux qui n’ont plus rien?» Et l’éditorialiste d’en conclure: «Il ne s’agit pas seulement de sauver un peuple persécuté, il s’agit de sauver l’âme de notre pays.»

La chef du gouvernement birman, de facto, et prix Nobel de la paix 1991, Aung San Suu Kyi, le 30 novembre 2016, à Singapour
«Depuis le 25 août, date de la spectaculaire attaque des hommes de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) – l’Arakan est l’ancien nom de l’actuel Etat Rakhine, où vit la minorité musulmane en question –, environ 400 personnes sont mortes, en majorité rohingyas. Des centaines de maisons ont été brûlées par les forces de sécurité et environ 130 000 musulmans ont fui au Bangladesh voisin. Une hémorragie sans précédent dans la longue et douloureuse histoire des Rohingyas.
Il s’agit donc d’une crise humanitaire et politique majeure. Que dit Aung San Suu Kyi? Non contente de justifier les opérations de «nettoyage» contre le «terrorisme» dans les zones de peuplement musulmanes jouxtant le Bangladesh, l’ancienne dissidente accuse le Programme alimentaire mondial (PAM) d’aider les combattants en distribuant des rations de survie aux réfugiés rohingya de l’intérieur!»
«La réaction de celle dont le prix Nobel de la paix 1991 avait récompensé le courage, quand Suu Kyi l’«Antigone » était assignée à résidence par les prédécesseurs des chefs actuels d’une armée avec laquelle elle pactise, est pour le moins saisissante.»
«Ce qui amène à poser une simple question sur la Birmanie compliquée: « Daw Suu», comme on l’appelle en Birmanie, est-elle à ce point persuadée que la nécessité de composer avec la puissante Tatmadaw – l’armée – justifie tous les reniements? Convaincue qu’elle est, à juste titre, que rien ne pourra changer dans le pays si l’armée n’est pas associée au processus de transition démocratique…»
Mais s’il n’y a d’autre alternative que de s’entendre avec une institution toute-puissante, qui détient automatiquement un quart des sièges «non élus» dans les deux chambres du Parlement et contrôle les ministères de la défense, de l’intérieur et des frontières, encore faudrait-il que les résultats soient au rendez-vous.
Or ce n’est pas le cas. Même si personne ne se faisait d’illusions quant à un changement rapide dans un pays ruiné par des décennies de tyrannie bottée, la collaboration de Mme Suu Kyi avec les militaires n’a pour l’instant pas permis au gouvernement d’engranger des résultats économiques et sociaux significatifs.
Dans un pays ravagé par soixante-dix années de guerres ethniques, la situation a en outre empiré dans les Etats bordant la Chine, où les combats menés par différentes guérillas se sont intensifiés. Si Aung San Suu Kyi ne cesse de répéter qu’un accord de paix avec les minorités (30 % de la population) est vital pour mener à bien le processus de développement, les décisions qu’elle a prises n’ont rien fait pour rehausser sa réputation chez les ethnies minoritaires.
Descendante du «père de l’indépendance», le général Aung San, membre de l’ethnie bamar majoritaire et diplômée d’Oxford, la chef du gouvernement birman a une réputation d’arrogante fille à papa chez les représentants des petits peuples dont est composée la Birmanie…
«La tragédie des Rohingyas est en train de susciter une condamnation internationale, notamment dans les pays musulmans. Même si l’Europe – dont la France – reste pour le moins mesurée dans ses réactions. Parmi les voix qui s’élèvent, celle de Malala Yousafzai, cette jeune Pakistanaise victime des Talibans et corécipiendaire du prix Nobel de la paix en 2014: « Ces dernières années, je n’ai cessé de condamner le traitement tragique et honteux infligé aux Rohingyas. J’attends que ma collègue Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi fasse de même», vient de déclarer la jeune femme de 20 ans. Pour le moment, silence radio côté Suu Kyi.»
«Mais les critiques à l’égard de la dirigeante birmane viennent aussi de ses propres rangs. Elles émanent de dissidents qui ont passé des années dans les geôles birmanes. Il est reproché à la Lady son mauvais caractère, son incapacité à déléguer et le fait qu’elle se soit montrée incapable de préparer le terrain à sa relève politique.
A 72 ans, Aung San Suu Kyi offre plus que jamais le visage d’un personnage énigmatique et insondable. Comme si les quinze années passées en résidence surveillée lui avaient donné à la fois la force de ses convictions et une infinité capacité à l’entêtement contre-productif. Certains parmi ceux qui furent ses plus ardents supporteurs commencent à se demander si l’échec possible de sa politique ne risque pas de ramener, pour de bon, les généraux au pouvoir. Les plus cyniques diront qu’en réalité ces derniers ne l’ont jamais perdu.»
«Ce genre de fausse information est seulement la partie émergée d’un énorme iceberg de désinformation», a-t-elle déclaré lors d’un échange téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan publié par son service de presse. (HuffPost, en association avec Le Monde, 6 septembre 2017, 7h43)
Elle se référait à la publication de photos à l’authenticité douteuse publiées fin août par le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek. Il avait retiré les photos, mais l’affaire fait scandale en Birmanie, où la majorité bouddhiste, dont fait partie Aung San Suu Kyi, accuse la communauté internationale, notamment les médias étrangers, d’avoir un parti pris pro-rohingya.» Les 4 photos étaient des faux. Ce qui n’est pas très étonnant pour un membre actuel du gouvernement du président Erdogan. Mais cela n’empêche pas la réalité de la répression. Les photos satellite de Human Rights Watch, dans une région rendue inaccessible à tout journaliste par l’armée birmane, montrent la destruction de villages entiers par le feu, avec ce qui peut en découler pour leurs habitants. Face à une répression qui dure depuis fort longtemps, et s’est accentuée depuis 2015, il est compréhensible que des réactions d’auto-défense se soient développées. Mais lorsque les autorités birmanes parlent de grave offensive contre l’armée, elles occultent, d’une part, que des témoignages indiquent des paysans s’affrontant avec des bâtons et quelques armes blanches à des soldats aguerris et, d’autre part, la faiblesse de la milice qui porte le nom de l’Armée royingya du salut de l’Arakan (ARSA).

New Delhi, le 5 septembre 2017
«L’organe des droits humain a également déclaré que le gouvernement Modi devrait «réaffirmer» son engagement à protéger les réfugiés Rohingyas et les demandeurs d’asile en Inde au lieu de les «menacer» d’être expulsés. «Le Premier ministre Modi devrait également utiliser sa visite pour pousser les autorités du Myanmar à permettre une assistance humanitaire complète et sans restriction aux personnes dans le besoin. Rien ne peut justifier de nier l’aide de sauvetage aux personnes désespérées», a déclaré Aakar Patel, directeur exécutif d’Amnesty International India.
11-09-2017