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Si les conflits sont nombreux, la journée du 19 avril n’a pas débouché sur une « coagulation » des colères.

LE MONDE | 20.04.2018 à 10h07 | Par Sarah Belouezzane et Bertrand Bissuel

Une multitude de foyers épars mais pas d’embrasement généralisé. Au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation, la situation sur le front social semble bloquée entre un exécutif qui affiche sa fermeté et des organisations de salariés mobilisées sur plusieurs conflits. Jeudi 19 avril, à l’appel de la CGT et de Solidaires, près de 120 000, selon le ministère de l’intérieur, ont défilé dans toute la France pour dénoncer la politique du gouvernement. Même si la centrale de Philippe Martinez avance des chiffres plus élevés (près de 300 000), cette « action interprofessionnelle », destinée à faire « converger les luttes », n’a pas rencontré le succès espéré par ses initiateurs. Surtout si on la compare aux manifestations de fonctionnaires et de cheminots du 22 mars : ce jour-là, quelque 300 000 personnes avaient battu le pavé, d’après la police (500 000, selon la CGT).

Rien d’étonnant à cela : les autres confédérations représentatives avaient refusé de s’associer à l’opération de jeudi, décidée, sans concertation préalable, par le secrétaire général de la CGT. « Ce mode d’action n’apporte pas de réponses aux personnes qui ont des problèmes dans leur travail, a estimé, jeudi soir, sur Canal +, Véronique Descacq, la numéro deux de la CFDT. Aujourd’hui, on est dans un mouvement politique. Derrière la convergence des luttes, il y a l’idée d’agréger tous les mécontentements (…) pour essayer de déstabiliser le gouvernement. » Ce n’est pas « [notre] rôle », a-t-elle ajouté.

« Faire sauter le verrou »

Grèves à la SNCF contre la réforme ferroviaire, revendications salariales chez Air France, blocages d’universités, résistance à l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, colère des fonctionnaires… La liste des conflits en cours est longue. Mais chacun d’eux vit selon une dynamique qui lui est propre, sans qu’il y ait « coagulation » : « Je ne suis pas certain que l’on aille vers une convergence des luttes, confie Jean-Dominique Simonpoli, directeur général de l’association Dialogues et fin connaisseur des questions sociales. Les mouvements actuels touchent surtout le secteur public et parapublic. Dans le privé, peu d’entreprises sont concernées : il s’agit d’initiatives localisées qui ont démarré sur des revendications spécifiques. Les syndicats d’Air France n’ont aucunement envie de se joindre à des actions visant à dénoncer la politique gouvernementale ; leur préoccupation est d’obtenir des augmentations salariales pour les personnels. Et l’on ne perçoit pas, pour l’heure, un élargissement des mobilisations à d’autres catégories de salariés. »

Faut-il en déduire que l’accalmie sociale serait bientôt en vue ? Pas du tout, répond en substance Stéphane Sirot, professeur à l’université de Cergy-Pontoise et spécialiste des mouvements sociaux. D’abord, observe-t-il, « Emmanuel Macron ne semble pas si mécontent d’avoir recours à l’affrontement ». Un exemple : la SNCF, pour laquelle deux annonces supplémentaires, faites lundi et mercredi, ont profondément choqué les syndicats (la filialisation du fret et la fin du recrutement au statut de cheminot dès le 1er janvier 2020).

« Tous les grands libéraux cherchent ce qu’ils considèrent comme une grande victoire à porter à leur actif, et le président de la République est de ceux-là, complète M. Sirot. Reagan a affronté les aiguilleurs du ciel, Thatcher les mineurs et Emmanuel Macron veut l’emporter sur les cheminots. Surmonter cet obstacle, c’est faire sauter le principal verrou avant une réforme de plus grande envergure comme celle de retraites. »

Si l’exécutif parvient à gagner ses bras de fer et à mettre en œuvre ses projets, rien ne dit par contre qu’il ne sortira pas perdant à long terme : en dépit des protestations, la refonte des retraites était passée, en 2010, tout comme la loi El Khomri six ans plus tard. Des volontés réformatrices qui avaient conduit les pouvoirs en place à être balayés par la suite. Les électeurs « ont pris leur revanche dans les urnes », souligne M. Sirot.

« Forme d’arrogance »

Sans attendre le prochain « test » électoral – les européennes de 2019 –, les syndicats ont l’intention de continuer à donner de la voix. Celle de Force ouvrière va sans doute gagner en décibels. A l’issue de son congrès, du 23 au 27 avril, le syndicat aura un nouveau secrétaire général : Pascal Pavageau. Celui-ci tient un discours beaucoup plus musclé que le numéro un sortant, Jean-Claude Mailly. « Notre responsabilité est d’expliquer et de soutenir les luttes », plaide M. Pavageau.

Pour le moment, le futur leader de FO retient ses coups : « Nous n’en sommes pas encore à appeler à une mobilisation interprofessionnelle », dit-il. Mais « si nous avons un mandat qui va en ce sens aux termes du congrès – et je ne doute pas qu’on l’aura –, et si on réalise qu’une large unité d’action est possible avec les autres centrales, il sera de notre responsabilité de montrer notre opposition frontale à la politique d’Emmanuel Macron ». Quitte à manifester et à appeler à la grève, précise M. Pavageau. Avec un bémol : « Nous ne souhaitons pas nous enfermer dans une alliance avec les uns ou les autres. »

A l’échelon interprofessionnel, l’heure n’est pas à l’unité syndicale. Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a indiqué, jeudi, qu’il ne défilera pas avec la CGT le 1er mai ; son organisation manifestera avec l’UNSA et la CFTC. Sur le plan sectoriel, il en va différemment. Les quatre organisations représentatives à la SNCF restent soudées – à ce stade. Et toutes les fédérations de fonctionnaires seront main dans la main, le 22 mai, pour exprimer leur hostilité aux intentions du gouvernement (recours accru aux contractuels, plan de départs volontaires…). Dans ce contexte, juge M. Simonpoli, l’exécutif « devrait veiller à ne pas tomber dans une forme d’arrogance, sous peine d’être confronté à des réactions de jusqu’au-boutistes ».

Retraites : le programme des concertations

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a dévoilé, jeudi 19 avril, lors d’un colloque au Sénat, le programme des concertations sur la réforme des retraites. Six « grands blocs thématiques » doivent faire l’objet de discussions : les trois premiers d’ici à l’été et les autres durant l’automne. Seront abordés dans un premier temps les questions touchant aux minima de pension, à l’égalité hommes-femmes et aux avantages familiaux. La prise en compte de certaines spécificités professionnelles et les « départs anticipés à la retraite » seront examinés au dernier trimestre. « Il ne s’agit pas de réformer pour réformer, ou de réformer pour réduire les droits ou pour les niveler par le bas », a assuré Mme Buzyn. Le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), a cependant mis en garde l’exécutif contre « la brutalité [qui] peut parfois paralyser les réformes pourtant nécessaires ».

 

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Cette entrée a été publiée le 24 avril 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, GOUVERNEMENT.