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70 000 travailleurs en grève dans les ateliers de misère à la frontière américano-mexicaine

Par Alex González et Eric London
16 janvier 2019

Au moins 70 000 travailleurs de 45 usines – dont des dizaines de milliers de travailleurs des secteurs des pièces automobiles et de l’assemblage dans des entreprises qui approvisionnent GM, Ford et Fiat-Chrysler – ont déclenché une grève sauvage à Matamoros, ville frontière entre les États-Unis et le Mexique.

La grève est une rébellion contre les entreprises manufacturières « maquiladoras » et les syndicats pro-entreprises. Plus d’un million de travailleurs sont mal payés et travaillent dans des ateliers de misère dans les 3 000 usines « maquiladoras » qui bordent la frontière mexicaine et qui représentent 65 pour cent des exportations mexicaines.

La grève est un signe puissant du climat d’insurrection qui se développe parmi les travailleurs du monde entier. Elle se déroule parallèlement à une grève de 30 000 enseignants des écoles publiques à Los Angeles, à des manifestations de plus en plus nombreuses contre l’inégalité en France et à la colère généralisée des travailleurs de l’automobile américains et européens face aux licenciements massifs prévus par GM et Ford.

Les travailleurs ont décidé de faire grève samedi lors d’une assemblée générale de masse à laquelle les 2000 personnes présentes ont répudié le détesté Syndicat des travailleurs et travailleuses industriels de l’industrie de Maquiladoras (SJOIIM) et ont décidé d’élire des représentants de leurs usines pour diriger leur lutte indépendamment du syndicat.

 

Des travailleurs, sourire aux lèvres, sortant d’une usine à Matamoros

Après la réunion, les grévistes ont visité chaque usine pour appeler leurs collègues à joindre la grève et ont accroché des banderoles rouges et noires aux usines fermées, symbole traditionnel mexicain de l’occupation d’une usine.

Au mépris des ordres du syndicat de rester au travail jusqu’à mercredi, des groupes de travailleurs se sont dispersés dans toute la ville pour bloquer les entrées des usines fermées et pour monter la garde jour et nuit. Les travailleurs ont également installé des cafétérias communes et d’autres commodités pour les grévistes.

Les travailleurs réclament une augmentation salariale de 20 %, une prime de 30 000 pesos (environs 1400 euros) et un retour à la semaine de travail de 40 heures. Les travailleurs ont d’abord exigé une augmentation de salaire de 100 %, mais celle-ci a été réduite par le syndicat lorsque le président du SJOIIM, Juan Villafuerte, a accepté de sanctionner officiellement la grève.

 

 «Les travailleurs de Matamoros ne paieront plus jamais 4% en cotisations syndicales. On ne peut pas avoir un syndicat riche et des travailleurs pauvres.»

La décision du SJOIIM de donner son soutien officiel est une manœuvre du syndicat pour contrôler et étouffer la grève. Les travailleurs affichent déjà en ligne des captures d’écran des SMS de représentants syndicaux les menaçant de licenciements massifs s’ils ne retournent pas immédiatement au travail.

Breyssa, une travailleuse en grève de Matamoros, a déclaré au World Socialist Web Site : « Les dirigeants syndicaux s’enrichissent sur le dos des travailleurs. Chaque jour, ils prennent cinq pesos de notre salaire, et si vous faites des heures supplémentaires, ils prennent un pourcentage des heures enregistrées. En décembre, ils prennent une partie de notre paie de vacances. »

 

« Urgent notice- We need a representative from each factory to report urgently. New leaders are urgently needed. General strike January 16.”

L’une des principales revendications des travailleurs est la réduction des cotisations syndicales. Parmi les graphiques que les travailleurs font circuler sur les médias sociaux il y en a un qui dit : « Les travailleurs de Matamoros ne reviendront jamais à payer 4 % en cotisations syndicales. Il ne peut pas y avoir un syndicat riche et des travailleurs pauvres. »

Une autre image dit : « Avis d’urgence : Nous avons besoin d’un représentant de chaque usine pour faire un rapport d’urgence. De nouveaux dirigeants sont nécessaires de toute urgence. Grève générale le 16 janvier. »

Un troisième dit : « Tous les travailleurs du SJOII sont convoqués à une assemblée générale spéciale. L’ordre du jour sera le renvoi de l’actuel chef syndical et de son groupe de travail pour ne pas avoir aidé. » Le rassemblement de masse est prévu pour mercredi matin.

Parmi les entreprises en grève figurent Inteva, STC, Polytech, Kemet, Tyco, Parker, AFX et Autoliv. Les publications pro-patronales craignent que la vague de grève ne s’étende à d’autres villes frontalières, dont Tijuana, Mexicali et Ciudad Juarez.

La grève a lieu juste de l’autre côté de la frontière de Brownsville, au Texas, où Donald Trump s’est rendu la semaine dernière pour dénoncer les Mexicains et les Centraméricains comme des

« criminels » et pour exiger la construction d’un mur frontalier dans le contexte du shutdown (fermeture) du gouvernement américain. L’un des principaux objectifs de ce mur est de diviser physiquement la classe ouvrière d’Amérique latine de ses alliés naturels de classe au nord de la frontière.

Les syndicats américains et canadiens de l’automobile se sont fait l’écho des propos nationalistes et anti-mexicains de Trump dans le but de détourner l’attention des travailleurs des véritables ennemis : les entreprises et leurs collaborateurs syndicaux.

En novembre, lorsque General Motors a annoncé qu’elle supprimait 15 000 emplois aux États-Unis et au Canada, les syndicats UAW et Unifor ont accusé les travailleurs mexicains de « voler leurs emplois ».

Ford a également annoncé des milliers de suppressions d’emplois en Europe et, avec d’autres suppressions à venir dans un contexte de restructuration internationale de l’industrie automobile, les syndicats et les entreprises craignent que les travailleurs ne s’unissent au-delà des frontières nationales dans une lutte commune. Lors d’un récent rassemblement syndical de l’Unifor à Windsor, en Ontario, une femme s’est tenue près de l’estrade des orateurs, vêtue d’un sombrero et d’un poncho pour insulter les travailleurs mexicains. Ce sont là les opinions racistes des dirigeants syndicaux riches, et non celles des travailleurs américains et canadiens qui cherchent un moyen de mettre fin aux réductions d’emplois, de salaires et d’avantages sociaux.

Les travailleurs mexicains des maquiladoras ne sont pas les ennemis des travailleurs américains et canadiens. Ils sont exploités par les mêmes entreprises et sont engagés dans le même processus de production. Alors que les bureaucrates syndicaux aux États-Unis gagnent plus de 200 000 dollars par an, les travailleurs de Matamoros gagnent en moyenne 176 pesos (8,1 euros) par jour.

Les travailleurs des maquiladoras de Matamoros sont également face à un ennemi dans le nouveau gouvernement du président mexicain Andrés Manuel López Obrador (AMLO), dont le Mouvement de régénération nationale (Morena) contrôle le corps législatif national. Les travailleurs des maquiladoras de Matamoros sont en colère parce qu’ils ne recevront pas d’augmentation dans le cadre de la nouvelle zone franche d’AMLO, qui vise à faciliter l’exploitation des travailleurs mexicains par les fabricants américains dans la région frontalière.

Bien que le plan d’AMLO comprenne une augmentation de 100 % du salaire minimum, les travailleurs de Matamoros seront affectés négativement car ils gagnent déjà un peu plus que le salaire minimum. Les entreprises se servent de la hausse du salaire minimum comme excuse pour réduire les primes et les avantages sociaux pour tous les travailleurs.

 

Striking workers occupy Novalink factory

Le nouveau maire de Matamoros, Mario Lopez, qui est membre de Morena, a déclaré dans une entretien accordé fin 2018 à la télévision centrale qu’en raison de l’augmentation du salaire minimum, les revendications salariales des travailleurs des maquiladoras ne sont pas « financièrement viables pour ces dernières ». Dans le même entretien, Lopez a avoué qu’il était impliqué dans une « discussion » en coulisse avec les syndicats et les patrons pour éliminer les primes des travailleurs du nouveau contrat. « J’interviens pour m’assurer que les parties parviennent à un plan de conciliation », a-t-il dit à l’époque.

Les travailleurs du monde entier vivent les mêmes conditions. Breyssa, la gréviste de Matamoros, a décrit la vie dans son usine de pièces détachées :

« Dans mon usine, il y a toujours de l’huile de machine sur le sol, et c’est terriblement bruyant. On ne nous donne pas de chaussures de sécurité ou de bouchons d’oreilles pour le bruit. Nous devions apporter notre propre équipement de sécurité. Les quarts de travail sont de plus de 10 heures par jour, du lundi au samedi. Nous sommes debout, sans nulle part où nous asseoir, et parfois nous avons été forcés de faire des heures supplémentaires.

« Nous y arrivons à 5h30 du matin et partons à 18 ou 19h. Nous n’avons pas le droit d’aller aux toilettes plus de cinq fois pendant notre quart de travail, et nous ne pouvons alors prendre que cinq minutes. Nous ne pouvons pas boire beaucoup d’eau, bien qu’il fasse souvent très chaud dans nos zones de travail. »

Breyssa a parlé de la menace de représailles de la part des fabricants de pièces détachés automobiles après l’annonce de la grève :

« De nombreuses entreprises menacent les travailleurs de licenciements massifs. Dans des entreprises comme Kemet, les travailleurs ont été mis en lock-out. Dans une autre entreprise appelée AFX, les travailleurs sont menacés de violence s’ils accrochent une banderole indiquant qu’ils sont en grève. Dans une autre usine appelée Autoliv, la police a été appelée et utilisée pour évacuer les travailleurs de la propriété. Les travailleurs veulent que cette information soit diffusée, mais ils ont peur. Il y a eu de nombreuses années d’injustices et de mauvais traitements, et nous sommes fatigués. »

Le WSWS a contacté le siège social d’AFX à Port Huron, au Michigan, et lui a demandé si l’entreprise menaçait les travailleurs de violence. Un représentant a dit : « Je n’ai pas de commentaire à faire à ce sujet. »

Le mouvement international des travailleurs contre les suppressions d’emplois, les réductions de salaires et les concessions gagne du terrain. Le 9 février, à 14 h, les travailleurs de l’automobile manifesteront au siège social de GM à Detroit, au Michigan, pour montrer qu’ils n’acceptent pas les réductions d’emplois et les concessions annoncées par les fabricants d’automobiles et de pièces détachées et qu’ils sont prêts à s’unir partout en Amérique du Nord dans une lutte commune pour l’égalité sociale.

 

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