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Lettre à mes enfants, « Si j’avais eu une autre fille, je l’aurais nommé Algérie »

Ariella Aïsha Azoulay  9 avril 2021Témoignages | Judaïsme

Mes chers enfants,

Depuis un certain temps, je discute avec nos ancêtres par lettres. J’écris des lettres de toutes sortes dont certaines sont destinées à ceux qui en 1870 en Algérie avaient été traumatisés par le fait d’être faits citoyens étrangers dans leur propre pays. Cela faisait déjà quarante ans qu’ils étaient colonisés par les Français, et même si le choix de demander la nationalité française leur avait été offert auparavant, ils ne pouvaient pas imaginer qu’un jour, soixante-six mots imprimés sur un morceau de papier puissent faire des Juifs autochtones (appelés par les Français « Juifs indigènes ») vivant en Algérie des citoyens français.

Quelle malédiction ce décret ! Quelle malédiction cette proclamation – la malédiction de la citoyenneté ! Quarante-quatre mots furent attribués à ce nouveau statut, et les douze restants furent utilisés pour abolir toutes les ordonnances précédentes également imposées par les colonisateurs. Tous ces mots avaient un seul but : définir qui ils étaient, qui ils n’étaient pas, ce qu’ils avaient le droit de dire ou de faire, comment et avec qui.

Colonisés dès 1830, nos ancêtres algériens avaient déjà de la peine à s’identifier à la classification raciale d’« israélites indigènes », car cette dénomination réduisait ce qu’ils étaient et leur conception d’eux-mêmes. Elle a renié leur appartenance au Maghreb. Certains d’entre eux vivaient dans les montagnes, d’autres en ville. Certains avaient des traditions religieuses plus musulmanes ou berbères que juives, d’autres étaient expulsés d’Espagne et avaient émigré du Maroc ou encore d’Italie en tant que marchands. Ils ne se sont pas reconnus dans le sujet historique reconnu comme « le peuple juif » – inventé en France et importé en l’Algérie par les colonisateurs ainsi que par les Juifs français qui venaient avec eux pour civiliser les Juifs arabes. Leur identité, en tant que juifs, ainsi que leurs traditions, leurs cosmologies étaient inséparables des lieux où ils vivaient avec d’autres qui n’étaient pas juifs.

Écrire à nos ancêtres me donne l’impression de pouvoir retrouver l’Étoile du Nord derrière d’épais nuages.

Deux projets de colonisations, deux nationalités, les ont cachés de moi, faisant en sorte que je ne puisse pas vivre ou rendre visite à cette terre de mes ancêtres (l’Algérie) ou continuer à vivre dans cet endroit où nous étions tous nés (Israël, ou plutôt toujours Palestine) et vous apporter, à vous et vos enfants, mes petits-enfants, un espace familial convivial où nous puissions vivre proches les uns des autres. La violence impériale nous fait croire que ces deux noms propres désignent deux récits distincts, chacun façonné par une histoire soi-disant inévitable et dans laquelle nous faisons nos propres petits choix. Je n’ai pas choisi de ne pas être de l’endroit de mes ancêtres, et aujourd’hui je comprends que mon père ne l’a pas choisi non plus. Ce colonialisme l’a déchiré de son pays et l’a poussé à chercher sa place ailleurs dans le monde. Même s’il en était autrement, ce n’est pas vraiment par choix que je ne pouvais plus vivre dans le pays où nous sommes nés. Nous avons décidé que j’y reviendrais seulement quand les Palestiniens pourront y revenir.

Le fait que je décide de ne pas y retourner n’est pas vraiment un choix, si on prend en compte la manière dont ces projets coloniaux ont défini ce que l’on peut choisir. Il s’agit plutôt d’un refus d’accepter ces ruptures au pluriel comme étant inévitables et détachées les unes des autres.

J’ai choisi d’habiter ce monde dont le colonialisme essaye de nous faire croire qu’il est un passé lointain et d’en faire une partie de mon présent. L’amnésie coloniale est produite à travers nous, et nous naissons pour continuer à effacer les petits vestiges que nos ancêtres ont mis beaucoup d’effort à nous les transmettre sous formes différentes. J’ai quitté la géographie du désaveu colonial que l’on m’a imposé comme étant mon présent et mon histoire afin de me rapprocher de mes ancêtres et de ses potentialités. Et avec ce départ, leurs demi-choix — ou plutôt l’absence de choix — et les miens sont devenus moins flous. Le brouillage des temporalités et des lieux dans les lettres que j’écris est autant une proposition politique que cosmologique : nous devons révoquer la citoyenneté que l’on nous a octroyée en échange de notre déracinement des mondes de nos ancêtres, du monde judéo-arabe qui est devenu presque impossible à imaginer au dehors du ridicule discours diplomatique. Un déracinement qui reflète leur propre déracinement de leurs mondes.

Je suis arrivée à la réflexion que la nationalité et la citoyenneté par laquelle le déracinement se matérialise sont carcérales. Elles nous emprisonnent dans la logique impériale. À travers la nationalité, nous sommes sans cesse instrumentalisés par les régimes impériaux du monde. Mais ces derniers ne peuvent exister que si nous continuons à être séparés de nos ancêtres, si notre place parmi eux nous est niée, si nous continuons à croire que les histoires sont séparées par les frontières imposées partout contre les peuples et à la faveur des corporations d’armes de toute sorte, et si nous sommes privés de leur sagesse, leur savoir-faire et leur manière d’aimer et d’être.

Nous vivons à Pawtucket à Rhode Island, mais ce n’est pas « mon chez-moi ». C’est une terre non cédée appartenant aux Américains d’origine, c’est-à-dire ceux qui ne sont plus chez eux ici. Auparavant, ils appelaient cet endroit La Grande Cascade, Pawtucket, avant que les colons n’arrivent et détruisent la vie autour des cascades, avant qu’ils ne fassent de la région un complexe industriel produisant du textile appelé « ville ». Je ne suis pas chez moi ici, mais il n’y a aucun autre endroit où je me sens chez moi. Je me sens étrangère partout, y compris dans l’endroit où je suis née et où j’ai vécu plus de la moitié de ma vie. Et je dirai particulièrement là-bas, peut-être, puisque la fabrication d’uniformité sur ce qu’est un Israélien fait plus de mal qu’elle ne soulage mes plaies coloniales dormantes. Ma langue maternelle, comme la vôtre, est l’israélien. Une sorte d’hébreu saturé de violence, de destruction du lieu, de mensonges, de dissociations, d’exagérations, de réprimandes, d’invasions, de militarisme, de racisme, de gronderie, d’ordres, de grandeur, d’entrepreneuriat, de racisme. Ici et là, des individus tentent de détacher leur langue de l’israélien et de ne parler que l’hébreu, mais ils n’y arrivent que de façon parcellaire, et ceci se fait surtout à l’écrit. L’israélien parlé assourdit mes oreilles. C’est plus prononcé dans les médias ou dans les discours politiques. En Israël, où chaque citoyen est un politicien qui essaie de gérer le « conflit » au cœur de la langue israélienne dont je tente de m’émanciper.

J’ai fini par réaliser que la langue israélienne était un piège viscéral pour les juifs arabes dont la migration depuis des pays musulmans vers Israël a été provoquée et accélérée par les sionistes pour de multiples raisons démographiques, militaires et de main d’œuvre. La langue israélienne ne nous permet pas, à nous, Juifs arabes, de réfléchir en tant que juifs-arabes, puisque les Arabes sont l’objet du verbe alors que les juifs en sont le sujet, et vice versa.

Il est plus facile de repérer cette scission dans la géographie militarisée du pays qu’au sein de notre langue. Mais cette réalité existe dans les deux. Elle est tellement prédominante qu’à la récente lecture d’un livre en hébreu des versions arabes des histoires bibliques, mes oreilles sonnaient. Cette lecture a eu un effet apaisant sur moi. Commençant par la création de la terre, la fameuse première phrase était habitée non pas par dieu, mais par la présence d’Allah : « Au commencement, Allah créa les cieux et la terre ». i ( בראשית ברא אללה את השמים ואת הארץ ). Elle était suivie d’une belle histoire sur la création du zodiaque et le ciseau sacré qui a gravé dans le ciel tout ce qui a précédé la création de la terre, l’histoire de la création et tout ce qui pourrait arriver. Ce texte, écrit dans un hébreu biblique et racontant la tradition musulmane arabe, n’est pas une œuvre de réconciliation, mais celle qui précède la rupture de l’arabe et du juif. Il se peut que l’auteur juif qui avait rassemblé ces histoires dans la Palestine des années 1920 ait été motivé par une peur prophétique que ces contes n’allaient peut-être pas survivre en hébreu. Heureusement, ces histoires ont été écrites. Et ceci relève presque du miracle. C’est comme retrouver une langue hébraïque qu’on a pensé perdue ; une langue dont on ne réalise même pas qu’on la parle jusqu’à ce qu’on l’entende. ii Ces histoires m’ont fait pleurer, et j’aurais aimé pouvoir vous les lire quand vous étiez plus jeunes. J’espère toujours pouvoir les lire à vos enfants.

Dans un monde où la nationalité est devenue la forme la plus acceptable d’être gouverné et un mécanisme pour enterrer les origines coloniales, il est devenu très difficile de démontrer le rôle joué par la citoyenneté dans la normalisation de la destruction de la diversité des mondes. La nationalité est une transaction qui exige de celui qui l’obtient de couper ses attachements aux autres mondes, car cela pourrait leur donner la force de refuser les conditions de cette transaction. Nous avons le droit de lutter contre le colonialisme de ces modes de vivre ensemble par la nationalité et la citoyenneté. Ceci demande une position ferme contre l’historiographie commune qui libère la citoyenneté de sa violence inhérente.

Ces lettres que j’écris à nos ancêtres, mais aussi à d’autres gens que je ne connais pas : je choisis mes proches (Sylvia Wynter, Hannah Arendt, Franz Fanon, Wassila Tamzali et d’autres) qui se sont engagés à faire ce travail. Sans désapprendre l’impérialisme jusqu’au bout, les combats des autres pour la décolonisation ne peuvent être menés. Les États-nations impériaux exigent la fin de la diversité des modes de vie politique des peuples gouvernés. Ils atteignent cet objectif en transformant des groupes de population en « problèmes » auxquels ils offrent ensuite des « solutions ». Le fondement du pouvoir impérialiste sur les populations réside dans le fait de contraindre ces dernières à se reconnaître dans les identités produites à travers une violence ancrée dans l’espace et le temps. Récupérer notre diversité brisée est une lutte contre l’amnésie coloniale et une reconnaissance du refus transmis par nos ancêtres.

Le concept de juif israélien ne pouvait exister en dehors du contexte de l’État militaire fondé sur une guerre contre les Arabes. Nous sommes des juifs algériens, des juifs palestiniens, des juifs andalous, toutes les identités que ce double colonialisme a détruites. Vous n’êtes pas obligés d’être juifs israéliens : nous pouvons tous le refuser.

Accompagnée de mes ancêtres algériens, en récupérant des souvenirs de leurs vies avant la colonisation française et les exils, je refuse d’être dissociée d’eux, d’être exilée du monde de mes ancêtres. Leur exil, comme celui de divers autres juifs à travers la colonisation, la destruction de l’autonomie et l’extermination, les a prédisposés à être modernes, c’est-à-dire des citoyens de l’Empire. Et dans la définition impériale des crimes et des récompenses à la suite de la Deuxième Guerre mondiale, leur récompense a été celle d’obtenir un pays à eux pour qu’ils puissent participer à la normalisation de ce régime. Nous devons reconnaître cette perversion. Au lieu d’abolir les régimes responsables de leurs malheurs, ils ont reçu un État dans lequel ils peuvent reproduire le même régime.

Ce « nouveau commencement » inauguré par la Révolution française qui signifiait que ce genre de « citoyenneté par le désastre » ne doit pas nous tromper. Ce type de commencement qui a « émancipé » les juifs en France (et en Europe) nous a volé notre héritage qui avait mille faces et non pas une seule histoire (du « peuple Juif »). En transformant des juifs déracinés après la guerre en agents coloniaux dans le monde arabe, les puissances impérialistes ont pensé que le compte est bon et nous en payons la destruction de la diversité du monde par la monnaie de la nationalité. Nous devons refuser cela.

Parmi les puissances impérialistes, l’État d’Israël était proposé comme une compensation adéquate pour la longue destruction des mondes juifs dont l’Holocauste a été l’instance la plus meurtrière et la plus récente. Ceci a été un marché impérialiste. Nous sommes nés Israéliens et nous avons ainsi été forcés à légitimer cela : des formes diverses de vie juive commune à travers le monde en échange d’une nationalité individuelle dans des endroits différents et sous une seule forme de vie collective, synthétique et fabriquée en Israël en tant que colonisateurs ! On nous a volé notre capacité à rêver d’être libres de la géographie impérialiste et carcérale, du personnage du citoyen de l’État-nation impérialiste. Mais nous avons le droit de refuser.

Accompagnée de mes ancêtres, j’ai compris que nous ne pouvons pas nous libérer du projet sioniste uniquement en le dénonçant pour son traitement des Palestiniens. Nous devons aussi dénoncer ce qu’il a fait aux mondes divers des juifs et sa contribution dans la normalisation de l’État-nation comme seul mode de vie collectif. À travers l’assimilation par la nationalité, l’État-nation impérialiste a détruit les modes de vie collective juive (judéo-arabe, judéo-berbère et judéo-musulmane) en les remplaçant par une communauté juive atomisée, des citoyens discrets, séparés des communautés dans lesquelles ils vivaient.

Le Juif-Algérien est devenu une catégorie impossible à incarner, mettant ainsi fin à des milliers d’années de présence juive en Algérie. C’était l’identité de mon père, votre grand-père, même s’il enorgueillit de sa nationalité française. Si j’avais eu seulement la patience d’écouter Enrico Macias avec lui, s’il avait eu juste la patience de m’apprendre le français quand j’étais enfant, j’aurais pu pleurer avec lui quand Macias chantait à propos de son pays : « J’ai quitté mon pays/ J’ai quitté ma maison/ Ma vie/  ma triste vie/ J’ai quitté mon soleil/ J’ai quitté ma mer bleue/ Leurs souvenirs se réveillent/ Bien après mon adieu ». Est-ce possible que les racines des juifs algériens, leurs mondes depuis deux mille ans, soient complètement perdues ? Pour toujours ? Qui suis-je, dans ce cas ? Et vous ? Non, je suis une juive algérienne. Je suis une juive algérienne et je refuse de ne pas l’être. Je n’ai pas de passeport ou de laissez-passer. Et pourtant, je suis une juive algérienne.

Répéter ces identités est une tentative de vivre avec nos ancêtres afin de désapprendre ce que les projets coloniaux et nationaux ont voulu détruire. Les vies juives faisaient partie des lieux des pays musulmans, comme cela se reflète dans différentes langues juives. Les Juifs n’étaient pas obligés d’oublier leur judéité pour être au milieu des autres, car les autres faisaient partie d’eux. Les habitudes étaient partagées et échappaient souvent aux lignes droites tracées par les catégories coloniales pour séparer les gens les uns des autres. De la même manière, les Juifs qui sont venus de pays européens vers Israël. Ils ont été envoyés dans des pays musulmans afin de les inciter à immigrer en Israël, et ils ont eu du mal à reconnaître les Juifs parmi les populations locales. Ils cherchaient des Juifs qui avaient l’air d’être Arabes.

Plutôt que d’admettre qu’ils étaient en fait des Arabes, des Juifs-arabes, ils ont cherché des Juifs qui avaient l’air Arabes. Juifs et Arabes, pensaient-ils, ne pouvaient exister en une seule et même personne.

Nous avons été maltraités par l’invention de l’État-nation, comme nous le sommes par « notre » État-nation. Nous avons le droit non seulement de critiquer cette institution, mais aussi de nous opposer à son existence, de sortir d’un projet qui vise à nous forcer d’oublier que nous vivions en lien avec notre parenté, avec tous les organismes vivants, les astres et la Terre. Des milliers de millions de personnes aspirent à cette citoyenneté, depuis qu’elle est devenue leur unique moyen de vivre dans ce monde qui n’est pas digne de confiance. Cependant, ce désir commode ne devrait pas nous empêcher de demander urgemment son abolition. Qui a construit les prisons que de nombreuses voix appellent à abolir ? Notre citoyenneté est faite de la même substance que les prisons, même si elle porte la signature de la liberté.

Juste après la colonisation de l’Algérie, des décennies avant que les Juifs ne soient forcés de devenir citoyens, les Français ont dit aux Juifs : nous savons quelle est votre vraie foi et nous vous fournirons les moyens de l’administrer séparément de vos voisins. Alors que le traité de capitulation entre les Français et le Dey d’Alger, signé en juin 1830, garantissait explicitement la liberté des cultes religieux, en octobre de la même année, les Français mettaient en place un tribunal juif, nommaient trois rabbins pour le diriger, et définissaient les affaires sur lesquelles il devrait statuer. Quatre ans plus tard, ils décidèrent que ce tribunal s’occuperait uniquement des problèmes religieux, redessinant de fait la ligne qui séparait la vie religieuse des autres sphères de la vie.

  • Une dispute avec tes voisins ?

Ça dépend de qui ils sont :

Des musulmans ?

Allez-y,

Des Juifs ?

Non, restez là

Donnez-moi votre talisman d’abord,

C’est illégal,

C’est une affaire de vie religieuse,

Non, c’est une affaire de loi.

  • Mais nous ne faisons pas de différence

Alors maintenant vous la ferez !

Vous avez mal ?

Allez voir un médecin

Dans une des cliniques

Ne retournez jamais voir cette femme

Oubliez ses herbes et ses grigris idiots

Il n’y a rien de tel que l’œil du diable !

Arrêtez de renverser du sel

L’entrée de votre maison est notre rue,

Rentrez !

Débarrassez-vous de…

Et ensuite, sortez.

Nos ancêtres savaient que la citoyenneté qui leur avait était offerte allait mettre fin à leur façon de vivre. Il ne leur a pas traversé l’esprit d’être loyal à l’État, par opposition à un lieu, un groupe de parents, une communauté, une personne, une tradition. Je suis résolue à mettre ça par écrit, à le rendre accessible à vos enfants et à leurs enfants : n’oubliez pas le refus de nos ancêtres d’être citoyens.

« Si j’avais eu une autre fille,

Je l’aurais appelée Algérie. »

J’entends ce poème de Ronny Somek dans ma tête quand je pense à nos ancêtres qui ont d’abord refusé de demander la citoyenneté en 1865, lorsque cela était offert à tous les indigènes. Je ne connais pas leurs noms. Mais je sais qu’en 1870, après qu’ils aient été forcés d’adopter la nationalité française, ils eurent une autre fille. Ils l’appelèrent Marianne. C’était comme l’appeler France. Mais quand Marianne, mon arrière-grand-mère, grandit, elle eut aussi une fille, et elle l’appela Aïcha (le nom de l’une des épouses de Mohamed). C’était comme l’appeler Islam, et dire « Va te faire voir, France ». Marianne, une juive, a dit aux colons français à travers le nom de sa fille, « l’Islam est ma culture, aux côtés de ma foi juive. Ma judéité est aussi la culture de mes voisins, dont la foi est l’islam. »

Aujourd’hui, je dis « Va te faire voir, Israël, je m’appelle Aïsha, même mon père, presque trois générations après l’assimilation des Juifs par la France coloniale, avait honte que sa famille soit toujours enveloppée d’arabité, qu’elle échoue à devenir assez blanche. » Mon père n’a pas réussi à m’appeler Algérie, même pas Aïcha. Après sa mort, je me suis moi-même prénommée par le nom de ma grand-mère, changeant une lettre pour me rappeler que mon père ne me l’a pas donné -. Mon père n’a pas réussi à m’inviter à entrevoir la beauté de l’Afrique. Peut-être qu’il a cessé de la voir alors que les colons d’Afrique du Nord avaient remplacé l’Étoile du Nord par des décrets.

[1] « Arab’s Children, collected by Meyuhas, 1927, Tel Aviv, Devir, p. 3. »

[2] Déjà dans la préface, l’auteur utilise un langage pédagogique différent, expliquant aux Juifs de Palestine, l’audience potentielle de cet ouvrage, les affinités entre les juifs et les Arabes.

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Cette entrée a été publiée le 9 avril 2021 par dans ALGERIE, ANTICOLONIALISME, FRANCE, ISRAEL.
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