NPA Loiret

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Coup d’État au Niger. Vers une nouvelle déroute pour l’impérialisme français dans le pré-carré africain ?

Le NPA Loiret mobilisera contre toute intervention extérieure, de la CEDAO soutenue par l’Etat français, ou directement par les troupes françaises et US stationnées dance pays !

TROUPES FRANCAISES HORS D’AFRIQUE !

La diplomatie française a ces dernières heures les yeux rivés sur le Niger. La séquestration du président nigérien, Mohamed Bazoum, au pouvoir depuis 2021, par des militaires putschistes pourrait avoir des conséquences majeures pour l’Hexagone et marquer un nouveau déclin de son impérialisme dans le pré-carré africain.

Après plus de vingt-quatre heures de confusion, la situation semble avoir tourné ce jeudi en faveur des putschistes au Niger. L’état-major de l’armée suivi par une partie de l’opposition, qui avait jusqu’alors observé une position de neutralité depuis le début de la séquestration, mercredi matin, du président Mohamed Bazoum par la garde présidentielle, a finalement rallié les insurgés dans l’après-midi. Un coup de force qui a pris de cours et de vitesse Paris et Washington, réduits à l’impuissance.

Paris qui suit de très près la situation ne cache pas son inquiétude. Mercredi, la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a condamné « fermement toute tentative de prise de pouvoir par la force ». Ce vendredi, depuis la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, lui a emboîté le pas appelant à « la libération » du président Bazoum et dénonçant un « coup d’Etat dangereux » pour l’ensemble de la région. Cyril Payen, grand reporter à France 24, résume l’état d’esprit général : « c’est le pire scénario qui pouvait arriver à la France ».

En effet, depuis l’été 2022 et la fin de l’opération Barkhane après dix ans d’occupation au Sahel, la France avait décidé de redéployer le cœur de son arsenal militaire dans la région au Niger avec 1500 militaires français mobilisés à Niamey, la capitale du pays. Au niveau économique, le Niger est en outre le deuxième plus gros fournisseur d’uranium (vital pour alimenter les centrales nucléaires qui produisent deux tiers de l’électricité hexagonale) de la France, derrière le Kazakhstan. En 2020, Niamey représentait aussi un tiers des importations françaises de minerai.

Après le Mali et le Burkina Faso, le Niger devient donc le troisième pays allié des occidentaux et de l’impérialisme français à connaître un coup d’État en trois ans. Les juntes malienne et burkinabé, qui ont chassé l’armée française de leur pays se sont depuis tournées vers la Russie sur le terrain militaire et sécuritaire. Aussi depuis un an, si les intérêts de la France dans ses anciennes colonies restent énormes, et les pays de la région inféodés à l’ancienne Métropole à plusieurs titres (notamment d’un point de vue économique, alors que le Burkina Faso, le Mali comme le Niger sont sous gouvernance monétaire française avec le franc CFA), Niamey faisait plus que jamais office de place forte militaire et stratégique centrale pour l’impérialisme français dans son pré-carré africain historique.

Dernier pivot français de la « lutte contre le djihadisme » au Sahel, il est difficile de dire comment la situation va évoluer précisément au Niger. A la croisée de nombreux enjeux sécuritaires, le pays est entouré par le chaos libyen, le Nigeria avec Boko Haram et ISWAP, le nord du Bénin très fortement touché par le djihadisme mais aussi le Mali et le Burkina Faso, il est même possible que la situation se détériore. Pour autant, contrairement aux analystes bourgeois, nous ne considérons pas que la France constitue une « garantie » pour les populations locales et les travailleurs. Au contraire, la présence militaire française s’est non seulement montrée impuissante face aux groupes armés djihadistes, mais elle a contribué à la militarisation de l’ensemble de la région et donc à renforcer l’instabilité et les ennemis du prolétariat.

Sur fond de ressentiment croissant de la population contre l’ingérence française au Sahel, les putschistes nigériens n’ont d’ailleurs pas manqué d’envoyer de premiers signaux de défiance. Dans un communiqué lu à la télévision jeudi, leur porte-parole a déclaré que « malgré les injonctions du CNSP relatives à la fermeture des frontières, il a été constaté que le partenaire français a passé outre pour faire atterrir un avion militaire de type A400M à l’aéroport international de Niamey ». Dans la journée, plusieurs manifestations ont eu lieu à Niamey ou à Dossey, à l’ouest de la capitale. « A bas la France, vive la Russie » ont notamment martelé les manifestants selon le Monde. Dans ce contexte, alors que s’ouvrait ce jeudi le sommet Russie-Afrique à Saint Petersbourg, où sont attendus 49 pays africains et 17 chefs d’Etat selon le Kremlin, pour discuter d’un renforcement de la coopération russo-africaine, le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, Evgueni Prigojine, s’est félicité du coup de force en cours sur les réseaux sociaux.

Aussi, quelle que soit l’issue de ce coup d’Etat la situation au Niger vient fragiliser les positions de plus en plus précaires de l’impérialisme français en Afrique. La responsabilité de Paris qui multiplie depuis jeudi les appels à « préserver la démocratie » ne doit cependant pas être oubliée. Outre la mobilisation très variable selon ses intérêts du moment du paravent démocratique (l’Etat français a soutenu militairement, financièrement et politiquement et continue de le faire nombre de régimes autoritaires en Afrique, comme le clan Déby au Tchad), la France qui prétendait sous couvert de lutte « contre le terrorisme » rompre avec sa tradition interventionniste, aura fait prospérer les groupes armés et participé à ethniciser de nombreux conflits dans la région, à grands coups d’exécutions arbitraires, d’humiliations et de sévices dont s’est rendu coupable l’armée française pendant près de 10 ans dans le Sahel.

Pour la population nigérienne, la situation est particulièrement grave. Une partie de celle-ci semble avoir accueilli favorablement le coup d’Etat (le troisième déjà au Niger depuis 2020) sur fond de précarité économique et d’instabilité sécuritaire. Force est de constater en outre l’absence totale de réaction populaire pour défendre les « acquis de régimes démocratiques » corrompus, héritages de la Françafrique et de l’impérialisme français. Pourtant, loin de constituer une réponse aux problèmes soulevés par la population, c’est un nouveau tournant autoritaire qui risque d’être mis en œuvre par l’armée et le groupement des forces spéciales au pouvoir.

Face à cette situation, il est plus que jamais nécessaire d’apporter une solidarité internationaliste aux travailleurs et à la jeunesse du Niger et d’affirmer le refus de toute ingérence étrangère, notamment de l’impérialisme français. Les gouvernements français et occidentaux voudraient nous faire croire que les travailleurs et les classes populaires en France auraient les mêmes objectifs et intérêts que les capitalistes français en Afrique. Or c’est tout le contraire. Plus l’impérialisme français arrive à exploiter les populations africaines, plus il est fort pour exploiter la classe ouvrière en France. A l’inverse, tout revers de l’impérialisme français en Afrique, et ailleurs, renforce la position relative des travailleurs dans leur lutte contre la bourgeoisie, mais aussi l’agressivité de celle-ci sur le sol national. Dans le contexte répressif actuel, la dénonciation des crimes et agissements de l’impérialisme français est donc une double urgence.

France-Niger : qui aide qui ?

À la suite du coup d’État au Niger, Macron s’est empressé d’annoncer que la France arrêtait son aide financière au pays, question de faire pression sur les colonels qui ont pris le pouvoir. C’est quoi cette aide ? Celle de l’Agence française de développement (AFD) qui, sous ce nom pompeux, a versé au Niger 120 millions d’euros pour l’ensemble de l’année 2022 et en prévoyait autant pour 2023 : soit 4,8 euros par habitant (ils sont 25 millions), l’équivalent de quatre baguettes de pain par personne pour l’année !

Il ne s’agit bien sûr pas de moyenne par habitant, mais de « projets » soulageant quelques ministres, petits notables locaux ou affairistes : au mieux quelques dispensaires ou salles de classe, l’amélioration de quelques routes… si utiles au transport du minerai d’uranium ! Ou aussi de subvention à la distribution d’eau… dont a notamment bénéficié Veolia qui a, depuis 2001, le monopole de la distribution d’eau potable dans le pays1.

Minables aumônes dans un sens, tonnes d’uranium pour alimenter les centrales nucléaires françaises dans l’autre, pas besoin d’aller chercher bien loin pour savoir qui aide qui. Ni pour comprendre la haine grandissante, notamment dans la jeunesse nigérienne, contre l’impérialisme français, non seulement en raison du pillage des richesses du pays alors que la population vit dans la misère, mais en raison aussi des conditions mêmes de cette exploitation, celle des mines d’uranium en tout premier lieu.

La première grande mine d’uranium, celle d’Arlit, exploitée pendant 50 ans par le groupe Areva (devenu Orano) a fermé ses portes en 2021, réserves épuisées. Mais elle a laissé, parmi la population de cette ancienne bourgade devenue ville de 150 000 habitants, un taux de chômage de plus de 60 %, des eaux polluées et des malades dus à la radioactivité. Car la mine rejetait ses déchets en plein air : un terril de 35 mètres de haut sur une superficie de 120 hectares, que la compagnie promet maintenant de couvrir d’une chape de deux mètres d’épaisseur d’argile et de grès. Des travaux qui devraient durer jusqu’en 2030 pour un sarcophage à l’efficacité douteuse. Et la ville d’Arlit est devenue surtout un lieu de passage des convois de camions de migrants du Niger mais aussi des pays voisins, qui partent vers les ports de Libye à travers le désert, tenter leur chance en Méditerranée.

Un autre gisement voisin d’Arlit, à ciel ouvert celui-là, a pris le relais, qui devrait fournir EDF jusqu’en 2040, tandis que la mise en exploitation de celui qu’Orano a baptisé le « gisement du siècle », le site d’Imamouren, un peu plus au sud dans la même vallée, est prévue pour 2038. De beaux jours pour le nucléaire français et un ravage pour la région.

Seule consolation pour l’emploi, selon un ancien ingénieur d’Orano interviewé en avril dernier par une journaliste du Monde : « Heureusement qu’il y a les mines d’or. S’il y a encore un peu de stabilité dans la région, c’est sans doute grâce à elles. Ceux qui seraient susceptibles de prendre les armes ont au moins un peu de quoi s’occuper. »2 Merci pour l’occupation. Rappelons qu’il y a deux ans, en novembre 2021, l’effondrement dans une mine d’or du sud du Niger a fait 18 morts et que c’est pour avoir dénoncé les bavures d’un raid militaire dit anti-terroriste d’octobre dernier sur un site d’orpaillage de l’ouest du pays, faisant de nombreuses victimes civiles, que le fondateur du mouvement M623 s’est retrouvé en prison.

Que ce soit au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal ou au Niger, on voit aujourd’hui une jeunesse prête à manifester contre le pillage des richesses de son pays et la misère dont le développement de bandes vivant du terrorisme n’est qu’un sous-produit.

Les colonels qui ont pris le pouvoir à Niamey ne se gênent pas pour utiliser ce sentiment anti-français, anti-impérialiste, dans leur bras de fer avec le président évincé et avec le gouvernement français, après avoir eux-mêmes pendant des années collaboré avec l’armée française, ce qu’ils feront peut-être à nouveau demain, à moins qu’ils cherchent un autre protecteur avec qui faire rouler leurs affaires. Mais les révoltes de la population, comme les grèves et manifestations qui ont eu lieu en 2019-2020 au Mali avant qu’une junte militaire ne renverse le président honni, ou au Soudan en 2019 avant qu’une coalition d’officiers ne reprenne les affaires en main et instaurent une nouvelle dictature contre le mouvement, sont bien plus dangereuses pour les grandes puissances impérialistes qui se partagent (ou se disputent) les richesses de l’Afrique, que les putschs militaires et changements de régime. Ces mobilisations populaires sont l’avenir.

Olivier Belin


1 Information de la revue Survie, précisant au passage que le directeur Afrique de Veolia siégeait de 2010 à 2013 au conseil d’administration de l’AFD. (https://survie.org/billets-d-afrique/2014/234-avril-2014/article/niger-aide-publique-au-4679)

2 « Au Niger, la mine d’uranium géante exploitée par Orano pour les centrales nucléaires françaises sous la menace du terrorisme et de la pollution », Le Monde du 13 avril 2023

3 Le mouvement qui a appelé entre autres à la manifestation devant l’ambassade de France le dimanche 31 juillet.

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Cette entrée a été publiée le 6 août 2023 par dans COUP D'ETAT, NIGER.