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À Mayotte, les enfants d’étrangers sont refoulés de l’école, en dépit du droit !

Les communes de l’île multiplient les obstacles plus ou moins fantaisistes visant à empêcher les parents de nationalité comorienne d’inscrire leurs enfants dans les écoles. Une discrimination qui perdure grâce à la passivité des pouvoirs publics. Après plusieurs rapports, c’est au tour de l’Unicef de mettre les élus à l’amende sur le sujet.

Rémi Carayol

MamoudzouMamoudzou, Koungou, Tsingoni, Ouangani (Mayotte).– Mohamed a fini par perdre espoir. « Je n’y arriverai jamais, je ne sais pas à quoi ça sert de continuer », lâche-t-il après avoir expliqué les raisons pour lesquelles ses trois enfants ne sont toujours pas scolarisé·es. Le premier, un garçon né à Anjouan, l’île des Comores la plus proche de Mayotte, a 7 ans. La deuxième, une fille née ici, 5 ans. Et la dernière, qui est elle aussi née à Mayotte, 3 ans. Aucun·e n’a jamais été à l’école.

« Chaque année, j’essaie de les inscrire. Mais à chaque fois, il me manque le bon document », déplore-t-il. L’année dernière, c’était le carnet de vaccination. Cette année, un problème d’adresse. « On sent bien qu’on n’est pas les bienvenus quand on va déposer le dossier à la mairie, soupire-t-il. La dernière fois, une dame m’a dit que je n’avais qu’à rentrer chez moi. »

Mohamed, qui a requis l’anonymat, est venu clandestinement d’Anjouan il y a cinq ans, avec son épouse et leur premier enfant. Tous deux sont en situation irrégulière et vivent de « bricoles » dans un bidonville de la commune de Tsingoni. La plupart des enfants refusés sont issus de familles étrangères, en situation régulière ou non, originaires de l’une des trois autres îles de l’archipel des Comores, et ils vivent dans des quartiers informels constitués de ruelles étroites et de cases en tôle.

Personne ne sait exactement combien d’enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas. Une source anonyme au sein du rectorat de Mayotte (qui n’a répondu à aucune de nos questions) évoque le chiffre de 5 000 à 6 000 enfants rien que pour la maternelle. Selon cette source, seuls 40 % des enfants en âge d’être en petite section sont effectivement inscrits – un taux qui passerait à 50 % en moyenne section et à 60 % en grande section.

Illustration 1Des élèves lors d’une sortie scolaire dans le quartier de M’Gombani à Mamoudzou, Mayotte, le 27 janvier 2025. © Photo David Lemor / Abaca

Une situation que confirme un rapport de l’Unicef sur les droits des enfants dans l’île après le passage du cyclone Chido, publié mercredi 10 décembre : « Le droit à l’éducation est difficilement réalisé pour les enfants vivant dans des quartiers informels […], la réticence de plusieurs mairies à les inscrire dans les écoles publiques freine gravement leur accès au droit fondamental à l’éducation. »

Des exigences anormales

En 2023, un rapport établi par deux chercheurs rattachés à l’université de Nanterre avait comptabilisé, sur la base de différentes méthodes de calcul, entre 5 379 et 9 575 enfants âgés de 3 à 15 ans non scolarisés, des chiffres que reprend l’institution internationale. Et encore, il s’agissait de chiffres « a minima ». Des chercheurs qui travaillent actuellement sur la question, dans le cadre de l’Observatoire de la non-scolarisation à Mayotte, estiment qu’ils sont probablement plus nombreux aujourd’hui, peut-être entre 12 000 et 13 000, soit plus de 10 % du total des enfants scolarisés (114 000 lors de la dernière rentrée, dont 63 700 dans le premier degré).

« Dans l’immense majorité, ce sont des enfants qui devraient être inscrits à l’école maternelle ou à l’école élémentaire », explique un cadre d’une des d’associations qui accueillent des enfants non scolarisés, et qui, comme l’ensemble des éducateurs et éducatrices cité·es dans cet article, a requis l’anonymat. « Les jeunes en âge d’être scolarisés au collège ou au lycée le sont en règle générale, et ceux qui ne le sont pas sont des élèves qui ont décroché », ajoute-t-il. Le problème vient donc bien des communes, qui ont la charge des écoles primaires et des inscriptions pour le premier degré.

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Cette entrée a été publiée le 16 décembre 2025 par dans COLONIALISME, FRANCE, MAYOTTE.