Article rédigé parL’Oeil du 20 heures – Q. Baulier, R. Degardin, E. Bonnasse, J. Ababsa, O. Gardette, X. Lepetit, G. Baudry – Édité par l’agence 6Medias
France Télévisions JT de 20h Édition du mardi 27 janvier 2026
Capgemini, entreprise de services du numérique française, a décroché des contrats pour l’ICE, la très controversée police anti-immigration américaine. Elle l’aide notamment à identifier et localiser des étrangers, avec un important chèque à la clé.
C’est l’un des emblèmes de la présidence de Donald Trump. Connue sous l’acronyme « ICE », les agents armés et suréquipés de la police fédérale de l’immigration mènent de vastes opérations pour arrêter et expulser les migrants. L’un des outils à leur disposition a été développé par une entreprise française, Capgemini, fleuron du CAC 40, selon l’enquête de L’Œil du 20 heures. Le champion français des services informatiques compte 350 000 collaborateurs dans le monde, et une filiale américaine installée près de Washington.
Celle-ci travaille avec plusieurs agences gouvernementales : ministère de la Santé, des Anciens Combattants et, depuis plus de quinze ans, le département de la Sécurité intérieure. Des contrats que nous avons consultés sur les bases de données publiques. Pour l’ICE, Capgemini gère par exemple un standard téléphonique réservé aux victimes de crimes commis par des étrangers. Une création de Donald Trump.
Mais en novembre, le groupe français a répondu à un nouvel appel d’offres, cette fois pour identifier et localiser des étrangers. Cela s’appelle du skip-tracing, et une urgence pour l’ICE. Capgemini rafle la plus grosse part du marché, avec jusqu’à 365 millions de dollars à la clé. C’est écrit noir sur blanc : plus la société française localisera de migrants, plus elle pourra empocher d’argent. Les bonus financiers, en effet, sont basés sur le taux de réussite dans la vérification des adresses des étrangers.
La semaine dernière encore, le groupe français mentionnait publiquement ce type de partenariat sur son site internet : « Capgemini travaille étroitement pour aider à réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des Etats-Unis ». Mais l’article a ensuite disparu, comme l’a repéré l’Observatoire des multinationales(Nouvelle fenêtre). Capgemini n’assumerait-il plus de travailler pour l’ICE ? L’Œil du 20 heures a tenté d’obtenir une réponse du PDG, mais l’entreprise s’est contentée de renvoyer vers un communiqué. Le groupe « est dans l’impossibilité d’accéder à des contrats classifiés, conformément aux réglementations américaines ». En clair, Capgemini affirme ignorer le détail des contrats signés par sa filiale avec l’ICE. Mais le groupe s’engage à les regarder de plus près.