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RN & patronat

Au siège du Medef, le bon mot a fait le tour des cou­loirs. A chaque nou­vel article dans la presse sur le pré­tendu sou­tien du patro­nat à Jor­dan Bar­della et au Ras­sem­ble­ment natio­nal, Vincent Le Roux, le bras droit de

Patrick Mar­tin, sort la même for­mule. « C’est comme les sou­coupes volantes, per­sonne n’en a jamais vu, mais il y a tou­jours des gens pour y croire! » La plai­san­te­rie cache mal la gêne des orga­ni­sa­tions patro­nales face à la mon­tée de l’extrême droite. Maintes fois, le pré­sident du Medef a expli­qué sa posi­tion. « Nous ne pré­pa­rons pas l’arri­vée du RN au pou­voir, nous nous pré­pa­rons à cette hypo­thèse, c’est très dif­fé­rent », répète Patrick Mar­tin. Et quand on lui rap­pelle la ligne anti-FN de sa pré­dé­ces­seure Lau­rence Pari­sot, de 2005 à 2013, il réplique : « Lau­rence, avec qui j’en ai parlé, convient qu’à l’époque la pers­pec­tive d’une acces­sion du RN au pou­voir était assez éloi­gnée. » De fait, en quelques années, les échanges entre le patro­nat et les dirigeants du RN sont sor­tis du tabou. Au prin­temps 2024, Patrick Mar­tin a dîné avec Marine Le Pen – « sans man­dat de son orga­ni­sa­tion », pré­cise un connais­seur du patro­nat –, et, fin août, il a invité Jor­dan Bar­della à l’uni­ver­sité d’été du Medef. Une pre­mière, même si tous les chefs de parti étaient conviés. Le 2 mars, le pré­sident du RN sera aussi reçu pour un déjeu­ner à huis clos avec les sept repré­sen­tants des plus grandes fédé­ra­tions pro­fes­sion­nelles, après Oli­vier Faure (PS) et avant Gabriel Attal (Renais­sance).

« Enga­ge­ment péda­go­gique »

Même tona­lité du côté de la CPME. « Je ren­contre les repré­sen­tants du RN comme des autres par­tis », déclare son lea­der Amir Reza-Tofi­ghi, qui a vu Jor­dan Bar­della fin jan­vier. Quant à la très influente Asso­cia­tion française des entre­prises pri­vées (Afep), qui regroupe 117 grands groupes, elle rece­vra les prin­ci­paux can­di­dats à la pré­si­den­tielle d’ici à l’automne, dont celui du RN. Seul Pas­cal Demur­ger, pré­sident du mou­ve­ment Impact France et direc­teur géné­ral de la Maif, conti­nue de fer­mer la porte.

Dans les rangs patro­naux, il existe pour­tant tou­jours un débat sur la nature des rela­tions à entre­te­nir avec le parti d’extrême droite. D’un côté, il y a ceux qui prônent de sen­si­bi­li­ser au maxi­mum les élus RN à la réa­lité des entre­prises. Un cou­rant repré­senté par le pré­sident de l’Union de la métal­lur­gie et PDG de Das­sault Avia­tion, Eric Trap­pier (lire page 34), le pré­sident de Renault Jean-Domi­nique Senard, le pré­sident de France Indus­trie Alexandre Sau­bot ou les vice-pré­si­dents du Medef Bruno Arca­di­pane et Fabrice Le Saché. « Ce n’est pas un enga­ge­ment par­ti­san, c’est un enga­ge­ment péda­go­gique », décrypte Michel Cal­za­roni, conseiller en com­mu­ni­ca­tion de grands groupes. De l’autre, plu­sieurs patrons du CAC 40 ou les diri­geants des fédé­ra­tions ban­caires, des assu­rances et des ser­vices, Maya Atig (FBF), Flo­rence Lust­man (France Assu­reurs) et Laurent Gio­va­chini (Syn­tec), se montrent beau­coup plus réser­vés. A l’approche de la pré­si­den­tielle, une par­tie du patro­nat alerte en effet sur un risque d’ins­tru­men­ta­li­sa­tion. « Le RN a tout inté­rêt à dif­fu­ser que ses élus échangent avec les chefs d’entre­prise et les séduisent, pré­vient une figure du Medef. C’est une manière pour eux de se bana­li­ser et de pal­lier leur manque de cré­di­bi­lité éco­no­mique.

«Les milieux d’affaires consi­dèrent tou­jours le pro­gramme du RN comme une catas­trophe pour l’éco­no­mie.» Phi­lippe Vil­lin, finan­cier.

Gare à l’intox ! » En décembre, c’est le conseiller éco­no­mique du RN, François Dur­vye, qui a lâché à quelques jour­na­listes que Jor­dan Bar­della et Marine Le Pen auraient ren­con­tré la moi­tié des PDG du CAC 40 à fin jan­vier. Une infor­ma­tion que ne peut vali­der Chal­lenges puisque seuls trois diri­geants confirment ces ren­dez-vous tan­dis que vingt-trois assurent n’avoir jamais ren­con­tré les lea­ders du RN (lire page 32). La pré­si­dente du réseau d’entre­pre­neurs Crois­san­ce­Plus, Vir­gi­nie Cal­mels, assure de son côté ne jamais avoir eu vent de ren­contre avec l’un de ses 500 membres.

« Risque d’image »

En cou­lisses, les conseillers des deux têtes du RN s’activent depuis des mois pour décro­cher des ren­dez-vous avec des chefs d’entre­prise. « La demande vient davan­tage d’eux que des patrons, indique Jean-Luc Archam­bault, le pré­sident du cabi­net de lob­bying Lysios. Sou­vent, les chefs d’entre­prise pré­fèrent mis­sion­ner leur direc­tion des affaires publiques plu­tôt que d’y aller per­son­nel­le­ment et de prendre un risque d’image. »

Ceux qui acceptent sont frap­pés de la dif­fé­rence d’atti­tude entre Marine Le Pen et Jor­dan Bar­della. La pre­mière ne prend aucune note, quand le second pose quan­tité de ques­tions et ne cesse d’écrire dans son car­net. « Bar­della est clai­re­ment dans une stra­té­gie de séduc­tion, observe le conseiller d’un patron. Mais, dès qu’il sort de ses fiches, il est perdu. »

« L’inco­hé­rence du RN »

Sur le fond, les orga­ni­sa­tions patro­nales conti­nuent de condam­ner le pro­jet du RN, qui creu­se­rait le défi­cit tri­co­lore de 71 mil­liards selon l’Ins­ti­tut Mon­taigne. A la veille des légis­la­tives de 2024, le Medef et la CPME qua­li­fiaient ainsi les mesures du RN, comme celles du Nou­veau Front popu­laire, de « dan­ge­reuses pour l’éco­no­mie, la crois­sance et l’emploi ». Des posi­tions qui n’ont guère évo­lué. « A ce stade, les milieux d’affaires consi­dèrent tou­jours le pro­gramme du RN comme une catas­trophe pour l’éco­no­mie », juge le finan­cier Phi­lippe Vil­lin. Et les 34 mil­liards d’euros de hausses d’impôts votées par les dépu­tés RN lors du débat bud­gé­taire n’ont rien arrangé (lire page 38). « Ce qui inquiète pro­fon­dé­ment le patro­nat, c’est l’inco­hé­rence du RN, abonde l’essayiste Oli­vier Babeau. Il n’y a d’ailleurs, à ma connais­sance, aucun éco­no­miste qui planche sur son pro­gramme ni même qui le sou­tienne. »

Jor­dan Bar­della béné­fi­cie d’une image plus libé­rale que Marine Le Pen, même si ses posi­tions antiU­nion euro­péenne ou anti-libre échange ne dif­fèrent en rien de la tra­di­tion fron­tiste. « Il y a beau­coup de patrons qui estiment qu’il sera docile », souffle Sophie de Men­thon, pré­si­dente du cercle patro­nal Ethic. « C’est l’illu­sion marion­net­tiste à laquelle suc­combe une par­tie du patro­nat, déplore le consul­tant Alain Minc, alors que rien ne per­met de dire que Jor­dan Bar­della opé­rera les mêmes virages que Gior­gia Meloni en Ita­lie. » Une gageure. ■

Challenges

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Cette entrée a été publiée le 23 février 2026 par dans MEDEF, RASSEMBLEMENT NATIONAL.