NPA Loiret

Mel de Contact : npa.orleans@orange.fr

Au Japon, les vaches irradiées racontent Fukushima

Nous reproduisons un article de Rue89, qui rend bien la situation de l’après accident nucléaire de Fukushima.

Imaginons un tel accident sur les bords de Loire, à Cosne par exemple.

Finis le Sancerre et le crottin de Chavignol! La Loire irradiée écoulerait tranquillement son eau contaminée jusqu’à Nantes… On pourrait avoir le même résultat à Dampierre, St Laurent, Chinon… Finis les Châteaux de la Loire… L’air hautement cancérigène rendrait la ballade quelque peu mortifère…

Au Japon, les vaches irradiées racontent Fukushima

Alissa Descotes-Toyosaki journaliste

Crane de vache morte de faim à l’entrée de la ferme, près de Fukushima (Alissa Descotes-Toyosaki)

Nous longeons les côtes ravagées de Minami-Soma sud qui, comme par temps de guerre, a été coupée en deux.

Les terres à l’intérieur du périmètre de 20 km autour de la centrale ont été évacuées, celles au nord à partir du kilomètre 21 sont habitées.

« Des fois, je me demande vraiment à quoi cela sert de revenir ici », marmonne Masami Yoshizawa.

Comme tous les jours, cet éleveur de 330 vaches irradiées fait l’aller-retour entre sa ferme à Namie et son logement provisoire à Nihonmatsu pour ramener du fourrage.

« Je ne le laisserai pas tuer mes vaches »

Au barrage qui marque l’entrée dans la zone interdite, il passe avec un simple salut de la main. Il a obtenu un permis d’entrée provisoire mais, même sans permis, il serait arrivé à passer.

« Le gouvernement n’abandonnera pas sa décision d’euthanasier les animaux contaminés, et moi je ne le laisserai pas tuer mes vaches. »

Yoshizawa fait partie des irréductibles qui habitent encore dans la zone interdite. Non pas dans l’espoir de reconstruire sur sa terre natale mais pour ne pas abandonner ses animaux.

« Comme à Tchernobyl »

Les vaches de ce périmètre sont toutes contaminées, mais est-ce une raison pour les tuer ? Le gouvernement, en voulant éliminer ces animaux, ne cherche-t-il pas à effacer les traces de l’irradiation ? Ce sont les questions que pose Yoshizawa depuis des mois, à travers des speechs et interviews enflammés.

« Les enfants ne peuvent pas revenir vivre ici, restent les personnes âgées et les animaux. Comme à Tchernobyl. »

Nous croisons des camions conduits par des hommes en combinaison blanche et masques à gaz. A côté de moi, Masami Yoshizawa est comme je l’ai rencontré à Tokyo, le visage découvert.

Vaches à l’état sauvage

Namie, à 14 km de la centrale, n’est plus qu’une ville fantôme. Les 20 000 habitants ont été évacués par vagues successives, dont la dernière en avril 2011.

Devant la mairie, des vaches traversent la route et s’engouffrent dans une rue commerçante. Elles sont revenues à l’état sauvage et s’enfuient en notre présence. Dans cette ville ravagée par le séisme, le tsunami et les explosions nucléaires, la radioactivité oscille entre 5 et 6,0 µSv/h, un seuil bien supérieur à la « norme » des 0,6 µSv/h.

 « On ne pourra plus cultiver cette terre, et les opérations de décontamination pour réhabiliter la région ne sont que du gaspillage d’argent. Tout ce qu’on peut faire de cette terre, c’est l’utiliser comme terrain d’expérimentation. »

Une ferme pour ne pas oublier

Tel un sanctuaire, l’entrée de la « ferme de l’espoir »est marquée par des tracteurs et autres ustensiles agricoles tagués de slogans. Un crâne de vache est posé là, à côté d’un écriteau assassin :

« Tepco, le gouvernement, à quand les dédommagements pour cet énorme gâchis ? »

Yoshizawa est un éleveur en colère et militant anti-nucléaire depuis la catastrophe.

« J’ai entendu le bruit de l’explosion et vu de mes yeux le nuage radioactif. »

Le 17 mars, Yoshizawa est revenu à sa ferme :

« Le réacteur numéro 3 de la centrale qui avait explosé le 14 mars dégageait un épais nuage de fumée. Ce jour-là, il acommencé à neiger subitement, et nous étions tous dehors. »

« Mourir plutôt que de laisser mourir »

Les 16 et 17 mars, des milliers d’habitants de Namie étaient réfugiés autour des camps de fortune.

« Tout le monde a été contaminé de plein fouet. Les fonctionnaires de la mairie ont dit qu’ils avaient oublié dans leur bureau les compteurs Geiger et les pilules d’iode. Ils répétaient qu’ils les avaient oubliés, au lieu d’aller les chercher. »

Yoshizawa dit ne jamais avoir cru au mythe du nucléaire sûr mais depuis qu’il vit dans l’enfer de la radioactivité, il a décidé de tout sacrifier à son combat.

« Quand j’ai vu les forces d’auto-défense venir secourir les gens dans la zone contaminée, je me suis dit que je préférais mourir plutôt que de laisser mourir. »

A 58 ans, cet homme jure que, jusqu’à sa mort, il poursuivra Tepco et le gouvernement pour assumer la responsabilité de leurs actes :

« Fukushima a généré de l’électricité pour Tokyo, maintenant on les traite comme des pestiférés, comme à Hiroshima et Nagasaki.
Mes vaches ont accouché depuis. On parle dans la région de lapins sans oreilles, d’insectes hybrides, sans avoir aucune preuve. Je veux que mes vaches continuent à vivre pour raconter l’histoire du drame de Fukushima, pour que plus jamais il ne se reproduise. » 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 9 mars 2012 par dans anticapitalisme, écologie, international, local, national, nucléaire.