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​Maroc : L’affaire Amina met à nu les islamistes


Article de Abdelaziz Mouride (*)


Si l’affaire Amina Filali a été révélatrice du regain de dynamisme de la société civile marocaine, notamment des associations féminines, elle a du même coup mis à nu le crédo par trop conservateur, sinon franchement rétrograde de nos islamistes au pouvoir relatif à la question de la femme et de sa place dans notre société.

Depuis leur accession au pouvoir il y a un peu plus de trois mois, Benkirane, le chef du nouveau gouvernement et ses ministres de même obédience multiplient les déclarations apaisantes sur leur attachement aux valeurs de liberté , d’ouverture et aux principes des droits humains et notamment ceux des femmes. Il fallait convaincre de leur conversion d’une mouvance vaguement religieuse, à un parti politique de gouvernement à l’écoute des réalités de la société et de l’époque.

Il faut reconnaître que son discours a eu un effet de séduction même dans les milieux les plus profanes. Et voilà l’affaire Amina qui vient tout changer. Et d’abord le discours. Sans doute un peu désarçonnés par l’ampleur de l’indignation qui traverse la société, nos islamistes, écartelés entre leurs convictions conservatrices profondes sur la question féminine et leur nouveau discours de circonstance fraichement affiché , n’en savent plus où donner de la tête.

C’est le bouillonnant Ramid, ministre de la Justice et des libertés, qui donne le ton dans une déclaration à la télé, en banalisant le viol en le qualifiant de «relation sexuelle illigitime » et en justifiant le mariage du violeur à sa victime. La mort de la pauvre Amina d’après notre ministre de la Justice serait survenue à la suite de confits entre la victime et son « mari » et avec sa famille. Rien donc à retenir dans ce fait divers somme toute banal bien que dramatique, où la pauvre Amina, bien que mineur, a « fait le libre choix » de vivre en mariage avec son violeur.

Depuis les déclarations des représentants du PJD au gouvernement se multiplient. Une collaboratrice de Mme Haqqaoui, ministre de la famille et de la solidarité, invitée sur le plateau de 2M est ainsi venue nous expliquer sans rire que beaucoup de femmes mariées à leurs violeurs mènent une vie heureuse avec leurs maris, ce qui, tout en décriminalisant le viol, enlève tout caractère scandaleux à cette pratique rétrograde qui faut-il le rappeler, à mener Amina et sûrement d’autres filles avant elles au suicide.

Et puis c’est le tour de la ministre Haqqaoui en personne de monter au créneau . Dans une déclaration publiée par Ya Biladi elle se fait forte de réitérer la position de sa collaboratrice en affirmant que « le mariage de la violée à son violeur parfois ne lui porte pas un réel préjudice ». Le comble c’est lorsque par la suite Mme Hakkaoui livre le fond de sa pensée lors d’une conférence de presse.

En réponse à un journaliste qui lui demande que ferait-elle si elle se retrouvait dans la situation d’une femme violée, elle n’hésite pas à déclarer : « Je ne risque pas d’être violée parce que je ne livre pas mon corps aux regards des hommes ». Ainsi, pour notre ministre de la Famille et de la solidarité, si les femmes se font violer elles ne doivent s’en prendre qu’à elles mêmes et à leur façon « provocante » de s’habiller !

On retrouve là le même discours que tiennent chaque jour, de vieux foqahas bornés et très acquis à l’idéologie wahhabite sur les chaînes satellitaires du Moyen-Orient. Que nous apprennent ces prêcheurs souvent coléreux ?
Que les femmes se doivent de se couvrir de pied en cap afin d’éviter de provoquer la tentation du mâle. Une femme qui se fait violer en fait cherche à l’être du moment qu’elle s’habille « indécemment » ou comme le dit Hakkaoui « livre son corps aux regards ».

C’est ce bricolage iéologico-religieux, fait d’un mélange plus ou moins subtile, de wahhabisme, de salafisme et de coutumes locales le tout enveloppé dans des oripeaux modernistes, qui constitue à ce sujet le credo islamiste en réalité ; qui fonde leurs représentations de la question féminine. N’oublions pas qu’ils s’étaient opposés avec l’acharnement du désespoir à la réforme de l’ancienne Moudouwana en 2002 avant de s’y soumettre sous la pression du Palais.

Y a-t-il un espoir qu’ils tournent un jour le dos à leurs archaïsmes sur ce sujet comme ils l’ont fait sur d’autres ?

Oui, à condition que la société civile, les associations des femmes notamment, les militants des droits humains maintiennent la pression.

(*) Né à Casablanca, Abdelaziz Mouride est membre fondateur du mouvement 23 Mars, un des principaux courants de l’extrême gauche marocaine, à la fin des années 60. Arrêté en novembre 1974, il est condamné à 22 ans de prison. Il sera libéré en 1984 après 10 ans de détention. Aujourd’hui, il est journaliste dans un hebdomadaire marocain. Il est l’auteur de la bande dessinée “On affame bien les rats“, “conçue et amorcée en prison”, où, en noir et blanc, il reprend des dessins réalisés en prison sur les tortures, les grèves de la faim, les parodies de justice, et la mort de camarades.

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Cette entrée a été publiée le 28 mars 2012 par dans Actualités des luttes, femmes, international.