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Critique du film « Le prix à payer »

evasion fiscale - copie

Sur le film Le Prix à payer (The Price We Pay) – documentaire canadien réalisé par Harold Crooks, sorti en 2014.

Ce film documentaire est inspiré du livre La Crise fiscale qui vient, de la fiscaliste canadienne Brigitte Alepin.

Sur la forme il se présente comme un documentaire à l’américaine avec effets spéciaux simulant des tempêtes entre chaque interview et musique menaçante semblant prévenir l’apocalypse. On a envie de faire un peu trembler le spectateur mais on n’y arrive pas vraiment (n’est pas Cronenberg qui veut).

Sur le fond le film porte sur les mécanismes d’évasion fiscale grâce auxquels les multinationales parviennent à ne pas payer des milliards de dollars en impôt. Dès le début on nous rappelle que cette évasion fiscale conduit à un accroissement des inégalités de revenu, et appauvrit les classes moyennes dans le monde. Le film s’efforce en particulier de montrer le rôle de la place financière de Londres (la City) dans cette évasion fiscale.

L’idée de départ semble donc intéressante, et l’envie d’aller voir le film certaine, surtout après les nouveaux scandales autour d’HSBC. Malheureusement on n’y apprend absolument rien, si ce n’est quelques chiffres toujours plus astronomiques qui transitent par les Caïmans et autres paradis fiscaux…

 

Au début du film on a quand même droit à un petit rappel sur l’origine du renforcement des inégalités. Le gouvernement britannique par exemple, privatise depuis des dizaines d’années les services publics, détruit les assurances sociales, augmente les impôts pour le prolétariat, bref réduit les « dépenses ». Et en parallèle il encourage l’installation de multinationales sur son sol en les appâtant par des promesses d’exonérations d’impôts ou juste en fournissant les adresses des paradis fiscaux de ses anciennes colonies (Caïmans, Bahamas, Singapour…). L’écart de richesse entre riches et pauvres se creuse donc à l’infini. Bon, jusque là tout va bien…

Mais la plupart des « experts » interviewés ne sont que des anciens gérants du système capitaliste (qui de telle banque, ou de telle institution économico-politique etc.). Leurs discours est toujours le même, tout est convenu, accepté comme tel, a fortiori politiquement correct. Par exemple ces experts nous expliquent en gros que les paradis fiscaux ne sont pas vraiment illégaux mais immoraux ! Ah, nous voilà rassurés ! Mais rien sur le fait que s’ils sont en fait « légaux » c’est bien parce que depuis des années les banques et les institutions à leurs services (Troïka et gouvernements) n’ont cessé de pondre des textes constitutionnels favorisant la « liberté de circulation des capitaux » (cf traité de Maastricht par exemple).

Mais là où il fait fort, c’est que le film a le culot de montrer des images d’une commission parlementaire britannique s’en prenant à des avocats des grandes multinationales comme Amazon ou Google, s’indignant sur un ton paternaliste que ce qu’ils font n’est vraiment pas bien… Sauf que ces multinationales sont en fait dans la légalité et ont tout loisir d’échapper au contrôle fiscal grâce à ces mêmes parlementaires qui signent des lois et décrets depuis des années favorisant l’évasion fiscale…

Alors, après cette « dénonciation » et le constat que l’on ne peut pas faire grand-chose (et c’est bien là le seul mérite du film) car ce ne sont pas les gouvernements qui décident de l’économie mondiale mais bien les CA des multinationales, le film met en avant une solution : la taxe Robin des Bois (appelée aussi taxe Tobin). Mais appliquer une telle taxe c’est acter le fait que les paradis fiscaux existent et qu’on ne peut rien y faire. Alors, comme le dit à juste titre une économiste du film : « Au lieu de tuer le monstre, à chaque fois qu’il agit, on prendrait quelques miettes de ses bénéfices pour les redistribuer à la population…» Merci de la générosité ! De plus les pays qui appliqueraient cette taxe verraient leurs multinationales s’évader dans des contrées (nombreuses) où elle ne serait pas appliquée… Et pour l’anecdote, Warren Buffet, capitaliste de renom qui avait déclaré en 2005 sur CNN : « It’s a class warfare, and my class is winning … » est partisan d’une telle taxe.

Cette taxe est donc inutile et complètement pro-libérale car elle ne s’oppose pas à l’extension mirobolante, inégalitaire, et inhumaine des profits, mais renforce en réalité son existence.

 

Pour finir le film brandit la menace du fascisme qui risque (qui risquait encore) d’éclater dans les pays fragilisés économiquement comme la Grèce ! Attention, si on ne fait rien le fascisme risque de frapper à nos portes… Argument bien connu des sociaux-libéraux pour appliquer leurs plans d’austérité et renforcer, in fine, le capitalisme.

Pas un mot sur la nécessité de la transparence, sur l’ouverture des livres de comptes, sur les privatisations scandaleuses des banques…

Rappelons nos revendications. Pour éviter toute cette barbarie il n’y a pas d’autre solution que l’expropriation des banques et des grands groupes capitalistes, sans indemnité, ni rachat, et la socialisation de tous les moyens de production, seul moyen pour qu’il y ait un véritable contrôle des travailleurs sur les richesses créées.

 

Pour conclure Le prix à payer est un film inutile aux anticapitalistes, inutile tout court. Il peut seulement donner bonne conscience aux sociaux-libéraux qui culpabilisent sans doute parfois un peu de fournir des nœuds coulants tout-faits aux bourreaux capitalistes pour les aider à pendre les classes populaires…

 

                                                                                                         Sacha Kovsky

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