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Autriche : Sur le fil…

<!– Après une interminable attente de 24 heures, c’est finalement l’écologiste Alexander Van der Bellen qui a été élu président fédéral d’Autriche, comme il a été annoncé lundi à la fin du décomptage du grand nombre de votes par correspondance (environ 750 000, soit 14 % du corps électoral).

 Il s’en est fallu de peu pour que Norbert Hofer, 45 ans, un des principaux cadres du FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche) auquel il appartient depuis son adolescence, ne devienne président. Dimanche 24 avril, il avait déjà réalisé un score de plus de 35 % à l’échelle du pays à l’occasion du premier tour de cette élection.

Percée d’extrême droite

Solide dans ses convictions et ferme idéologiquement, Hofer a pourtant été l’un des artisans du lissage récent du profil du FPÖ, une véritable stratégie de « dédiabolisation » (comme dirait Marine Le Pen) à l’autrichienne. Cette dernière a surtout consisté à bannir l’antisémitisme affiché, mais aussi un racisme trop ouvert, au profit d’avertissements contre un « islam conquérant » et une pseudo-laïcité (alors que l’Etat autrichien n’est, lui, pas laïque…).

Menant campagne contre les réfugiéEs et l’immigration, Hofer avait aussi gagné des points de sympathie en affirmant que, lui président, il ne signerait pas le traité de libre-échange transatlantique Tafta. Même si le président fédéral autrichien n’a que des pouvoirs limités, le candidat défait avait aussi annoncé qu’il pourrait limoger le gouvernement actuel – une « grande coalition » centriste entre SPÖ et ÖVP – « s’il travaille mal », provoquant ainsi des élections anticipées. Dans le climat actuel, le FPÖ aurait été assuré de dépasser les 30 % lors de telles législatives anticipées, en gagnant environ 10 % des suffrages…

 

Un président écolo-libéral

Âgé de 72 ans, c’est donc Alexander Van der Bellen qui va entrer à la Hofburg, cet ancien palais impérial transformé en résidence présidentielle. Ancien membre du Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ) dans les années 1980, puis élu des Verts de 1994 à 2012, il se présentait en candidat « indépendant », bien que sa campagne ait été financée par le parti écologiste. Professeur d’université en économie, il est d’orientation socio-économique assez libéral et bien trop centriste à du point de vue de nombreux et nombreuses écologistes.

Ainsi, censé rassurer le centre-gauche et le centre-droit, il est devenu de fait le porte-parole de ces derniers avant le second tour. Le candidat du SPÖ tout comme celui du parti chrétien-démocrate et conservateur ÖVP (« Parti du peuple autrichien ») avaient fini chacun à seulement 11 % des voix… Un vote qui a constitué une sanction terrible pour les deux partis qui se partagent le pouvoir depuis des décennies, avec une interruption seulement entre 2000 et 2006, alors que l’ÖVP avait choisi de gouverner avec l’extrême droite alors dirigée par Jörg Haider.

 

Rien n’est réglé

Toujours est-il que les deux grands partis n’avaient émis aucune consigne de vote claire, nette et sans bavures pour Alexander Van der Bellen avant le second tour, loin s’en faut. Certes, le nouveau chef du gouvernement Christian Kern (SPÖ), un ancien manager des Chemins de fer d’Autriche réputé plutôt technocrate, qui a remplacé au pied levé l’ancien chancelier Werner Faymann le 9 mai dernier, a déclaré qu’« à titre personnel, il votera clairement pour Alexander Van der Bellen ».

Mais son parti, le SPÖ, est divisé sur ses rapports tant avec l’extrême droite qu’avec l’ÖVP. Il faut dire qu’une des particularités de la situation autrichienne est que la social-démocratie locale a gouverné l’Etat-région (Land) de Carinthie avec Jörg Haider de 2004 jusqu’à sa mort, et qu’elle est alliée avec le FPÖ dans le gouvernement régional de la région Burgenland depuis juin 2015. Une partie des syndicats autrichiens, notamment pour des raisons de protectionnisme économique et social, contre la concurrence internationale et contre l’immigration du travail, souhaite et soutient une telle alliance… 72 % des ouvriers de production autrichiens auraient d’ailleurs, selon la chaîne de télévision publique autrichienne, voté pour le FPÖ au premier tour.

Le changement récent à la tête du gouvernement ne donnera qu’un court répit à la social-démocratie autrichienne. Elle reste intensément travaillée par ses contradictions internes. La suite se dessinera aux législatives programmées en 2018.

Bertold du Ryon

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Cette entrée a été publiée le 24 mai 2016 par dans anticapitalisme.