NPA Loiret

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1986-2016, les 30 ans du mouvement contre le projet de réforme Devaquet

Le mouvement contre le projet de loi dit « Réforme Devaquet » de novembre-décembre 1986 s’est déroulé il y a trente ans. Trente ans c’est en général dans la société l’espace d’une génération, mais pour les étudiants le cycle des générations – ou des cohortes, est bien plus bref : 5 ans en général, à 10 ans même parfois. L’espace d’une génération au sens des démographes est donc celui de 5 à 6 générations étudiantes. Pour ceux qui ont vécu l’évènement – la discussion demeure ouverte pour savoir si l’on peut parler d’une « génération » Devaquet comme l’on parle d’une « génération 68 » ou « génération des tranchées » – le sentiment n’est évidemment pas le même que pour les cohortes ou générations suivantes pour qui il s’agit d’évènements de l’histoire et non de leur histoire individuelle. Et il faut prendre en compte la distinction entre militants et non militants, puisque pour les premiers ce sont aussi des enjeux collectifs, le mouvement étant une référence (ou contre-référence) identitaire de leurs organisations.

1986  dans le  « roman national étudiant » ?

A une moindre échelle que pour le « roman national » sans cesse réécrit, Devaquet serait-il un moment du « roman étudiant » comme le printemps 1968 ou le CPE de 2006 ? Et pourquoi alors 1973, 1976, 1984 (Savary), le LMD, peut-être la LRU ne rentrent pas dans ce roman ?

Le film « Devaquet si tu savais » a été projeté à plusieurs reprises lors de commémorations mais il a aussi servi durant des années à animer les réunions de rentrée de nombreuses AGE de l’UNEF ID, puis de l’UNEF, constituant une sorte de ciment identitaire commun jusqu’à ce que la bataille, et la victoire du CPE devienne la dernière référence du « roman syndical étudiant » sans que le moment Devaquet ne tombe dans l’oubli.

D’une commémoration à l’autre

Il est intéressant de se retourner sur les commémorations précédentes, puisqu’il y en eût sous des formes et des publics différents. Dix ans jour pour jour après l’assassinat de Malik Oussékine, le 6 décembre 1996 l’UNEF ID, présidée par Pouria Amirshahi, organisait à Paris une projection de « Devaquet si tu savais » au Panthéon (Paris 1)  suivie d’un débat avec Francis Kandel, David Assouline, Philippe Darriulat, Malik Larabi, Robi Morder et Isabelle Thomas. Cette réunion visait donc un public militant, de surcroît d’une seule organisation, l’UNEF-ID. L’écrasante majorité dans la salle n’avait pas vécu 1986 (ou parfois comme jeunes lycéens, tel Pouriah Amirshahi lui-même) mais venait d’être confrontée à une mobilisation à la fois étudiante et de salariés de novembre-décembre 1995. En 2006, soit 20 après, c’est à « l’espace Confluences » dans le 20ème arrondissement de Paris (dirigé à l’époque par Frédéric Hocquard, (lycéen en 1986 il fut président de la FIDL en 1987/1988 puis à la direction de l’UNEF-ID) qu’à nouveau une projection de « Devaquet si tu savais » suivie de quelques échanges avec Francis Kandel, Bruno Juillard, président de l’UNEF (les deux branches de l’UNEF de 1986 ayant fusionné en 2001), Sylvia Zappi, devenue journaliste au Monde et David Assouline, devenu sénateur en 2004 après avoir été adjoint à la vie étudiante à Paris depuis que la gauche avait pris l’Hôtel de Ville en 2001 et d’un pot convivial. Ce n’est pas en décembre mais le 15 avril que cet évènement avait lieu, juste après la grève contre le CPE et la victoire puisque c’est le 13 avril que le Sénat confirme le vote de l’Assemblée nationale du 12 remplaçant le CPE. En octobre, dans le programme « Mémoires vives étudiantes en Rhôna-Alpes » promu par la future Cité des mémoires étudiantes et le Germe, nous projetions le film. Enfin, c’est sous l’impulsion de David Assouline que le 7 décembre 2006 la Mairie de Paris faisait apposer une plaque devant le lieu du supplice de Malik Oussékine rue Monsieur le Prince en présence de la famille Oussékine, du Maire de Paris Bertrand Delanöe, et de nombreux responsables. La plaque indique que Malik Oussékine a été « frappé à mort » mais ne mentionne pas les auteurs – policiers – des coups mortels. En 2011, un quart de siècle s’est écoulé, et au cinéma la Clef près du centre Censier la Cité des mémoires étudiantes dans le cadre d’un cycle de projections-débats programmait à nouveau « Devaquet si tu savais » le 7 décembre et s’ensuivit un débat préparé avec le Germe, en présence de Francis Kandel, discussion mêlant des anciens, des chercheurs, des citoyens non engagés dans le mouvement à l’époque, séance se situant dans une dynamique d’analyse plus que de commémorations.

Novembre-décembre 2016

Enfin, en 2016 plusieurs initiatives rythment les trente ans : les 8èmes journées archives et mémoires étudiantes du 17 au 19 novembre en Ile de France et à Reims, un évènement convivial le 3 décembre précédé d’une table ronde (avec d’ailleurs quasiment les mêmes acteurs qu’en 2006) coorganisé par l’AAUNEF, la Cité des mémoires étudiantes et le Germe, et une cérémonie le 6 décembre en mémoire de Malik Oussékine avec dépôt de gerbe de l’AAUNEF, un panneau de la Cité des mémoires étudiantes rédigé avec le Germe, et des prises de parole et puis sans doute d’autres initiatives.

C’est pour être utile aux chercheurs, aux acteurs d’hier et d’aujourd’hui, aux observateurs, aux citoyens que nous ouvrons ce nouveau dossier sur notre site, comportant des outils de référence (chronologie, bibliographie, présentation et liens vers sources archivistiques et documentaires et notamment vers la Cité des mémoires étudiantes), avec des documents attachés pour aller plus loin. En retour, les lectrices et lecteurs sont invité-e-s à réagir, corriger, rajouter des dates, des références, et bien sûr à verser leurs archives, photos à la Cité des mémoires étudiantes.

Le contexte antérieur
  • 1982/1984 : élaboration et adoption sous le gouvernement de gauche de la Loi Savary de réforme de l’enseignement supérieur.
  • Manifestations de masse pour « l’Ecole libre » (privée) débouchant sur un retrait.
  • Manifestations de jeunes pour la radio NRJ.
  • Manifestations, rassemblements, développement de SOS Racisme, notamment dans les lycées.
  • Avril 1986 : la droite RPR-UDF (gaullistes et centristes) gagne les élections législatives. Cohabitation Mitterand (président), Chirac (Premier ministre). Plusieurs dossiers : Chirac promet l’abrogation de la loi Savary, vers un Code de la nationalité,etc.
  • Les membres du PCI (trotskyste « lambertiste ») qui constituent la majorité de l’UNEF ID quittent le PCI.
Processus de réforme et mobilisations
  • Avril 2016. Dès le début de la législature :
  • 11 avril. Dépôt de la proposition de loi (reprise pure et simple du texte élaboré bien avant les élections par le Groupe d’études pour la rénovation de l’Université française (GERUF), qui rassemble plusieurs organisations d’universitaires de droite) :
  • 30 avril à fin mai. Manifestations et AG contre le projet du GERUF dans plusieurs villes de province (Brest, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Quimper). .
  • Mai/juin : Le ministère reprend la main et s’engage dans l’élaboration d’un projet de loi.
  • 9 juin : projet soumis au Conseil d’Etat
  • 12 juin : présentation à la réunion de la Conférence des présidents d’université, conférence de presse d’Alain Devaquet.
  • 14 juin : 200 000 personnes pour un rassemblement de SOS Racisme à la Bastille.
  • 11 juillet projet adopté au Conseil des ministres et dépôt du projet de loi au Sénat.
La réntrée 1986/1987
  • 6 et 7 septembre : Conseil national des JCR.
  • 4 octobre : CN de l’UNEF ID, décide
    • de convoquer des AG d’information dans les universités le 16 octobre
    • la participation à la journée de grève fonction publique du 21 octobre
    • l’organisation d’états généraux étudiants le 22 novembre
  • A partir d’octobre, mise en place de comités (d’information, de mobilisation, etc. contre le projet Devaquet).
  • 21 octobre : journée de grève dans la fonction publique, à Caen AG de 400 étudiants réunis par l’UNEF ID lancent un appel national pour le retrait du projet et la constitution de comités unitaires syndiqués et non syndiqués
  • 23 au 29 octobre : examen du projet de loi au Sénat
  • 24 octobre : BN de l’UNEF ID, proposition par I. Thomas d’un mot d’ordre de grève, rejeté par la majorité.
  • 6 novembre :contacts entre comités de Caen, Rouen, Nantes, Lille, Le Mans pour coordonner leurs actions sur la base de l’appel de Caen.
  • 10 novembre : convocation par Caen d’une coordination nationale
  • 15 novembre, « coordination de Caen » avec une dizaine de villes, proposition de grève générale, participation décidée aux états généraux du 22 novembre, et appel à une coordination à Jussieu la veille, le 21 novembre.
  • 16 novembre : journée nationale de SOS Racisme ; colloque du MJS sur l’ordre moral.
La grève générale
  • 17 novembre : vote de la grève à Villetaneuse
  • 18 novembre : vote de la grève à Caen
  • Extension aux facs de l’Ile de France et en région
  • 21 novembre : réunion nationale des 10 comités de grève à Jussieu, dont Caen et Le Mans
  • 22 novembre : Etats généraux de l’UNEF ID qui se transforment en Etats généraux du mouvement étudiant, avec les 10 facs en grève à la tribune.Le lycée Jules Ferry appelle à une coordination lycéenne. Appel
  • 23 novembre : cortège étudiant dans la manifestation de 100 000 personnes de la FEN
  • 24 novembre : coordination nationale étudiante au Panthéon.
  • 24 au 27 : généralisation de la grève étudiante, extension aux lycéens (réunion d’une coordination lycéenne le 25 novembre).
  • 27 novembre : première grande manifestation nationale , s’achève pacifiquement à l’Assemblée nationale, les délégations étudiantes reçues par les groupes parlementaires, coordination au Panthéon qui décide (texte adopté)
    • se prononce pour le retrait du projet
    • appel à manifester le 4 décembre
    • élection d’un bureau de la coordination
  • 28 novembre : Monory annonce le reexamen de points litigieux du projet.
  • 2 décembre : coordination nationale à Jussieu, mise en place d’un bureau de coordination, adoption d’une plate-forme en 10 points
  • 4 décembre 2ème manifestation nationale. 19 h Rencontre entre le bureau de coordination et Devaquet et Monory, précédée à 17 h par la réception par Monory de « non grévistes ». Repression Place des Invalides.
  • 5 décembre : occupation et évacuation de la Sorbonne,
    • conférence de presse de la coordination au centre Censier
    • manifestations au Quartier latin
    • A 20 h, annonce par Monory du retrait de la réforme des lycées
  • 5/6 décembre : décès de Malik Oussekine dans la nuit du 5 au 6
  • 6 décembre,
    • démission d’Alain Devaquet et annonce du retrait du projet
    • manifestation de la Sorbonne à la Pitié-Salpétrière avec parents d’élèves, salariés, etc.
    • Fête des dix ans du RPR, discours de Pasqua
  • 6/7 décembre : Coordination nationale étudiante à Jussieu avec appel à manifestation le 10 décembre s’adressant à toutes la population, les confédérations. Adoption d’une motion générale.
  • 7 décembre : dans la soirée, entretien Mitterand / Chirac
  • Lundi 8 décembre  : Au cours de la journée, Des minutes de silence, des prises de parole, des arrêts de travail également dans de nombreuses entreprises pour protester contre la repression.. 13 h Annonce par Chirac du retrait du projet de loi. (Au cours des jours précédents, selon eux, Edmond Maire (CFDT) et André Bergeron (FO) rencontrent Jacques Chirac pour le convaincre de retirer le projet de Loi.)
  • Mercredi 10 décembre :
    • La CGT, la FEN, la FCPE maintiennent leur appel à manifester
    • manifestation silencieuse : 300 00 à 400 000 entre Denfert et Nation sur le thème « plus jamais ça »
  • Jeudi 11/vendredi 12 décembre : la coordination nationale décide:
    • Dissolution de la coordination nationale
    • après avoir adopté un appel à des Etats généraux au printemps 1987
  • 18 décembre, début de la plus longue grève à la SNCF depuis 1968.
  • Janvier 1987, « Matière Grise » se lance en janvier à la Sorbonne, puis c’est un Comité de liaison national qui prépare des Etats généraux qui se tiennent en mars 1987 à Saint-Denis).

Texte issu du site : http://www.germe-inform.fr

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Cette entrée a été publiée le 10 novembre 2016 par dans anticapitalisme.