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Daniel Ortega, grand vainqueur au Nicaragua !

Le Nicaragua vient de réélire, le 6 novembre, pour la troisième fois consécutive et pour un quatrième mandat, Daniel Ortega, du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) à la tête de l’Etat, avec comme candidate à la vice-présidence son épouse, Rosario Murillo.

Avec 72,5 % des voix, la victoire d’Ortega aurait bien pu avoir une saveur amère si elle ne s’était pas produite dans des circonstances exceptionnelles. En effet, le scrutin de 2016 vient couronner un cycle d’élections progressivement vidées des attributs de la démocratie représentative. Un cycle qui commence par le retour au pouvoir d’Ortega, en 2006, à la faveur du «Pacte» conclu entre les deux principaux leaders de l’opposition Arnoldo Aleman du parti libéral constitutionnel (PLC) et Ortega dans lequel ils se partagent les nominations au sein des principales institutions du pays, dont le controversé Conseil suprême électoral (CSE). Ils vont également modifier la loi électorale afin que le premier candidat ayant obtenu plus de 35 % des votes avec 5 % d’avance sur son principal concurrent puisse gagner les élections dès le premier tour, accord qui favorise le FSLN, stable autour de 38 % lors des votes précédents.

Un taux d’abstention de 78 %

Cycle qui prend un tournant autoritaire lorsque, après la fraude avérée pendant les élections municipales de 2008, le pouvoir réprime les grandes manifestations qui se tiennent alors pour la dénoncer et maintient à la tête du CSE le principal instigateur de la fraude, Roberto Rivas.

Cycle qui semble enfin trouver son aboutissement dans des élections générales de 2016 sans partis d’opposition, sans campagne et, moins attendu, sans électeurs. En effet, un taux d’abstention extraordinaire, de l’ordre de 78 % selon le «Front ample pour la démocratie» (FAD), dans un pays habitué à se rendre aux urnes, souligne que le peuple nicaraguayen n’est pas dupe du projet dynastique des Ortega.

De fait, depuis son retour en janvier 2007, Daniel Ortega administre le pays avec sa femme comme sa maison. Ils ont progressivement mis en place un système de pouvoir où règne le népotisme, le clientélisme politique, le contrôle de toutes les institutions de l’Etat, de tous les médias – propriété des enfants du couple –, de tous les citoyens via les cellules de proximité du parti des «Comités de pouvoir citoyens» (CPC), et l’enrichissement démesuré du clan et des élites alliées économiques. Sous la mandature de 2011, il n’y a même plus rien d’inconstitutionnel qui ne puisse magiquement devenir constitutionnel. Trois ans plus tard, Ortega obtient finalement du Conseil suprême de justice la réforme qu’il appelle de ses vœux : la réélection indéfinie.

Les mois qui précèdent l’élection voient se succéder une série d’événements relevant de la tragicomédie tropicale. En juillet 2016, le principal parti d’opposition et deuxième force politique en 2011, le Parti libéral institutionnel (PLI) est privé par le CSE de sa personnalité juridique. Son candidat, Eduardo Montealegre, est mis hors jeu. Quelques semaines plus tard, les 28 députés et suppléants de l’opposition (alliance PLI–MRS, mouvement de rénovation sandiniste) apprennent par un communiqué télévisuel qu’ils ont été démis de leur fonction. Dernier acte, le FSLN ne pouvant concourir seul, le CSE repêche les partis éliminés lors de la dernière élection présidentielle pour ne pas avoir obtenu les 4 % nécessaires, selon la loi électorale, à leur maintien aux scrutins suivants. Le CSE remet ainsi en jeu quatre partis ayant obtenu de très faibles résultats en 2011 et trouve même un candidat proche du FSLN pour porter les couleurs du PLI. Pour la première fois dans l’histoire « démocratique » du pays, le FSLN est de fait le seul vrai parti en lice. Tous les autres candidats ne sont connus de personne, d’autant qu’il n’y a aucune campagne électorale : «A quoi bon une campagne, tout le monde sait qui va gagner», s’insurge un ancien militant sandiniste. A savoir que la majorité des cadres du FSLN ayant participé à la révolution ont démissionné de cette caricature de parti !

Une «farce électorale»

A partir du mois d’août, l’opposition répond en formant le Front ample pour la démocratie. Près d’une cinquantaine de manifestations sous le slogan «Yo no boto mi voto» («je ne jette pas mon vote») sont organisées dans tout le pays. Quelques jours avant l’élection, les manifestations anti-vote réunissent encore plusieurs milliers de manifestants en majorité paysans, libéraux et anciens contras («contre-révolutionnaires» antisandinistes) qui s’opposent non seulement à la «farce électorale» mais aussi à la loi 840 qui octroie à une entreprise chinoise, HKND, la possibilité d’exproprier des terres dans le cadre d’un méga-projet de canal interocéanique. De fait, l’opposition à Ortega a reconfiguré les appartenances partisanes et divise maintenant une gauche sandiniste entre partisans et opposants à Ortega, et réunit une droite libérale et conservatrice désormais massivement contre le gouvernement.

En outre, l’ampleur de l’abstention pourrait bien signifier que la campagne contre le vote a fait des émules bien au-delà des seuls opposants politiques. Aussi, le soir des élections, tandis que le FAD ne cesse de publier en ligne les photos de bureaux de vote désertés, les chaînes de télévision se félicitent l’une après l’autre d’un processus électoral réussi. Le lendemain, les affrontements sur la côte atlantique qui suivent les résultats montrent que la victoire ne sera pas si simple. Une «farce électorale» aux dires de l’opposition.

Le 21 septembre 2016, aux USA, 435 députés (démocrates et républicains) de la Chambre des représentants ont approuvé le Nicaragua Investment Conditionality Act H.R. 5708 (ou Nica Act), qui conditionne les prêts d’institutions financières à la tenue d’élections libres. Cette loi n’a pourtant pas été approuvée par le Sénat nord-américain, mais plane toujours comme une menace réelle contre Managua.

Loin d’être surpris par la position des députés nord-américains, qui exprime la tentative de récupérer l’hégémonie en Amérique centrale, « ce qui m’a surpris, ce fut la réponse critique de la grande majorité des secteurs nationaux, politiques, religieux ou patronaux, à cette attitude nord-américaine », explique le sociologue Orlando Nuñez Soto. Directeur du Centro para la promoción, la investigación y el desarrollo rural y social (CIPRES), à Managua, il participe également à la rédaction de la revue Correo.

Un axe programmatique essentiel du sandinisme dans cette nouvelle étape gouvernementale est « la politique interne d’alliances avec tout le monde, consciente du fait que le noyau basique du FSLN s’élève à 35 % de l’électorat ». Des alliances avec divers secteurs politiques, avec les mouvements sociaux – qui ont une grande force dans ce pays centroaméricain -, avec les Eglises évangéliques et catholique romaine. « Peut-être, la plus significative est avec le secteur privé, c’est-à-dire avec les principales associations patronales du pays, y compris le capital étranger… », relève Orlando Nuñez en interview avec Le Courrier.

Quel argument explique-t-il la nécessité d’un accord de cette nature ? « Le manque évident de capital, dont souffrent les petits et moyens producteurs, ainsi que le gouvernement pour gérer son budget ».

Dans le bilan rétrospectif depuis le retour du FSLN au gouvernement, Nuñez souligne les avances productives et sociales. « Le gouvernement sandiniste a hérité en 2007 du second pays le plus pauvre d’Amérique latine, après 17 ans de gouvernements néo-libéraux ». Durant la dernière décennie, « grâce à la coopération de Cuba, du Venezuela et des organismes internationaux, ainsi que grâce aux politiques publiques, le gouvernement a réussi à augmenter le produit intérieur brut (PIB) de 40 %. Il maintient une croissance moyenne annuelle de 4,5 %, plus de double de ce qui existe dans toute l’Amérique latine – à l’exception de Panama ». Avec une particularité : l’économie populaire produit 45 % du PIB. Et elle a réussi dans la souveraineté alimentaire, vu la production diversifiée de nourriture, y compris une surproduction de viande et de lait affectée à l’exportation.

Ces données se traduisent dans la vie quotidienne du Nicaragua : « avances dans la construction de routes et dans l’électrification, hautement appréciées par les gens. L’éducation et la santé publiques et gratuites. Des plans sociaux importants comme Hambre Cero, Usura Cero, Bono Productivo, etc. La haute sécurité citoyenne, qui marque la différence avec des pays comme le Honduras, El Salvador ou le Guatemala, dans une région qui est l’une des plus violentes du monde ».

Le sandinisme pourra-t-il dans les urnes et dans la continuité éventuelle de sa gestion échapper à la contre-offensive néo-libéral qui prend force en Amérique latine ? demandons-nous en matière de bilan final. Sans doute, il s’agit de l’exception nicaraguayenne – et d’une révolution singulière -, répond Orlando Nuñez. Et de confirmer les éléments qui différencient le sandinisme d’autres processus latino-américains en recul : « l’ampleur des alliances pour disputer l’hégémonie et les institutions publiques ; une opposition divisée ; notre manière particulière de comprendre et d’intégrer le marché ; les avances dans la croissance, qui se traduisent par l’amélioration des conditions de vie de toute la population ».

Des échecs ou des tâches en attente ? « Pouvoir mieux traduire les conquêtes, les avances et les particularités du sandinisme sur le plan international. Et dégager les interrogations – le secret ou la formule, selon certains – sur le cas nicaraguayen, où le sandinisme au lieu de perdre continue de gagner en popularité, à la différence de ce qui se passe dans d’autres pays latino-américains », où se produit un recul des processus populaires, conclut Orlando Nuñez.

 

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Cette entrée a été publiée le 14 novembre 2016 par dans anticapitalisme.