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Fillon : Le candidat du capital brutal !

Le grands vainqueur de la primaire de la droite (et soi-disant du centre) est celui qui, pour prendre le contrepied du petit teigneux Sarkozy, a joué le rôle de grand garçon sage et modéré. Pourtant la sagesse et la modération de Fillon se révèlent un grave danger pour la très grande majorité de la population puisque il promet un « choc libéral » à la Thatcher et demande aux Français de « faire des efforts » (travailler plus en gagnant moins ou troquer des statuts un minimum protecteurs pour celui d’auto-entrepreneur). Origines sociales : Un enfant de bourgeois

François Fillon a le parcours d’un fils de bonne famille : scolarité dans des institutions privées catholiques, scout, études de droit. Dès la fin des années 1970, il se rapproche de la politique et de la droite en étant le collaborateur de Joël Le Theule, député de la Sarthe et un temps ministre des Transports puis de la Défense. Après la mort de ce dernier, François Fillon, en notable de province – image qui lui collera longtemps à la peau –, va peu à peu reprendre ses mandats : député en 1981, maire de Sablé-sur-Sarthe en 1983, président du Conseil général en 1992. À ce moment-là, Fillon est censé être « gaulliste social » et s’oppose notamment au traité de Maastricht. Il devient ministre de Balladur, puis de… Juppé, faisant voter la privatisation de la Poste. Pendant l’intermède de l’alternance de la « Gauche plurielle » (1997-2002), il devient président du Conseil régional des Pays de la Loire, mais il revient aux affaires dès 2002 comme ministre des Affaires sociales et du Travail, puis de l’Éducation nationale. Resté sans portefeuille ministériel en 2005, il devient sénateur de la Sarthe. Il sera ensuite le Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012.

 

Train de vie de notable riche

Fillon, s’ils n’est pas le plus riche des politiciens, détient un patrimoine déclaré qui de fait l’installe parmi les classes supérieures[1].  François Fillon avait déclaré en 2013 : « Je suis propriétaire d’une maison dans la Sarthe, achetée il y a vingt ans, 440 000 euros. J’ai moins de 100 000 euros d’épargne, et j’ai deux voitures qui ont plus de dix ans. Ma maison, je l’ai achetée 440 000 euros, en empruntant, aujourd’hui je pense qu’elle vaut à peu près 650 000 euros. C’est mon seul patrimoine. » Il avait malencontreusement oublié la société de conseil 2FConseil, créée deux semaines avant son élection comme député de Paris, le 20 juin 2012, afin de contourner le Code électoral qui stipule qu’ « il est interdit à tout député de commencer à exercer une fonction de conseil qui n’était pas la sienne avant le début de son mandat ». François Fillon a pu tranquillement rentabiliser son carnet d’adresses auprès de « tout État et […] tout organisme international, européen, national, étatique, régional, départemental, municipal ou local, français ou non […] » (selon les statuts de sa société). Ainsi, en 2013, cette société lui avait rapporté 142 500 euros, selon sa « déclaration d’intérêts et d’activités au titre d’un mandat parlementaire ».

Fillon s’inscrit donc dans la tradition des notables, ces riches habitués à diriger les affaires publiques – quel que soit le régime politique – et à en faire profiter leurs semblables. Il propose donc un programme politique cohérent avec leurs intérêts, leur appartenance de classe, en faisant la part belle au libéralisme économique.

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Un hommes responsable de l’état actuel du pays

Ce n’est pas un perdreau de l’année, tout le monde s’accorde là-dessus. Mais c’est justement son expérience qui leur donnerait du crédit. Pourtant, à bien y regarder, le gouvernement qu’il a dirigé ou auxquels il a participé depuis plus de trente ans nous ont menés à l’état actuel des choses : plus de 10 % de chômage, des inégalités inacceptables, le risque terroriste, etc.

François Fillon a mené dès 2002 une politique d’assouplissement des 35 heures, qu’il souhaite enterrer définitivement aujourd’hui. Son combat le plus marquant reste la « loi Fillon » sur les retraites, consistant à repousser l’âge de départ à la retraite (40 années d’activité pour tous les actifs en 2008, 41 ans en 2012 et 42 ans en 2020), augmenter les cotisations et favoriser l’épargne individuelle. En tant que ministre de l’Éducation nationale, il provoque de belles manifestations lycéennes avec la réforme du bac et fait envoyer les CRS dans les établissements scolaires.

Fillon, au fil des décennies,  artisan d’une politique visant à détruire les protections socialisées mises en place avant-Guerre par le Front populaire et après-Guerre par le Conseil national de la Résistance, visant à exonérer de charges les entreprises tout en précarisant les travailleurs, et ce sans le moindre résultat sur le niveau de l’emploi, contrairement à ce qui était promis pour faire passer la pilule. Un membre de la caste, au pouvoir depuis les années 1980 et responsable de ce qu’il critique aujourd’hui. Pourtant, 2017 marque le grand retour sur le devant de la scène de ce vieu pourris. A-t-il donc du nouveau à nous proposer ?

Le programme : Un Robin des bois à l’envers

Le leitmotiv de François Fillon n’a pas varié depuis 10 ans : de son livre La France peut supporter la vérité en 2006 à son slogan « le courage de la vérité » pour la primaire de la droite en 2016, il dessine un pays qui doit se soumettre à une cure d’austérité, pour diminuer la dette publique, et de libéralisme, pour rendre les entreprises françaises compétitives (avec les entreprises chinoises ?) et donc retrouver l’emploi et la croissance. Son programme économique est construit autour de ces idées, avec un seul but réel : Rendre la France au patronat et aux riches au détriment de la majorité.

1 – Prendre aux pauvres…

Fillon veux réduire les services publics en supprimant des fonctionnaires : 500 000. Quand on parle de fonctionnaires, on imagine toujours des personnes désœuvrées dans des bureaux. Mais il faut rappeler que la fonction publique fait vivre notamment notre système d’éducation (plus d’un million de personnes travaillent pour l’Éducation nationale) et notre système de santé (un million de personnes dans la fonction publique hospitalière). Faire des coupes budgétaires nuit d’abord aux moins fortunés qui n’ont pas les moyens d’aller dans les cliniques privées ou de payer des cours particuliers à leurs enfants.

Il prévoie aussi d’accentuer la destruction du droit du travail. François Fillon donne un objectif de 500 000 auto-entrepreneurs plutôt que d’essayer de créer de l’emploi salarié. Pour ceux qui auront encore un contrat de salariat, c’est la fin des 35 heures au profit de la négociation d’entreprise dans le cadre légal européen de 48 heures maximum. François Fillon veut aussi aller plus loin que la « loi El Khomri » dans la négociation du droit du travail au niveau de l’entreprise et restreindre ce qu’il reste du Code du travail à une charte de 150 pages. Sur les retraites, il compte enfin réaliser le rêve d’aligner les retraites du public sur celles du privé et de repousser l’âge de départ à 65 ans. Il veut même carrément mettre en place un système de retraite individualisé dit « par capitalisation ». Cette politique sociale vise donc avant tout les travailleurs précaires, intérimaires, indépendants, jeunes qui peinent à trouver un emploi, ouvriers dont l’entreprise menace de délocaliser l’activité, petites retraites, etc.

Sur la fiscalité, Il est d’accord pour une hausse de la TVA – un impôt qui n’est pas calculé sur les revenus mais la consommation et pénalise donc ceux qui ont peu, c’est pourquoi on dit que c’est un impôt dégressif.

Moins d’emplois publics, des carrières allongées, moins de partage du travail, moins de protection sociale, des retraites affaiblies, plus d’impôts sur la consommation. Pour nous faire accepter cela,  Fillon nous parle de « vision à long terme » mais on voit mal comment ces mesures pourraient améliorer les conditions de vie de la majorité de la population à court ou à long terme. L’hostilité aux pauvres est explicite, avec cette guerre à « l’assistanat » pour les gens qui touchent 500 euros par mois. Et se dire que parmi les 4 millions de votants au premier tour de la primaire, il y en a qui vont subir ces politiques fait vraiment mal au cœur.

2 – … Pour donner aux riches :

Le candidat prétend  que cette cure d’austérité servira à rembourser la dette publique, mais c’est faux. Il s’agit simplement de financer la vie facile des riches.

Fillon tient particulièrement à supprimer l’impôt sur la fortune (ISF), qui ne concerne pourtant que 0,5 % de la population (les plus riches) et qui porte sur le patrimoine, une ressource qui, en France, est héritée dans les deux tiers des cas. D’ailleurs, il souhaite aussi réduire à néant les droits de succession, pour que les empires financiers et patrimoniaux des riches se transmettent sans encombre et que les jeunes héritiers profitent encore mieux de l’argent qu’ils n’ont pas mérité.

Récompenser la rente plutôt que le travail est un véritable objectif : Fillon souhaite diminuer le taux d’imposition des entreprises et leur offrir encore 10 milliards d’exonération de cotisations sociales ; Il parle en tout de 50 milliards (impôts et « charges »). Pourtant on sait très bien que tous ces efforts de compétitivité ne mènent pas à des créations d’emploi si les entreprises n’y sont pas forcées. Le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) de François Hollande s’est volatilisé dans les augmentations de dividendes de 11 % constatées dans les entreprises françaises au deuxième trimestre 2016. Les PME n’en profitent qu’à la marge et continueront à souffrir : si Fillon veut abaisser les délais de paiement pour les aider, il ne nous dit pas quelle formule magique contraindra les grosses entreprises à respecter les délais.

Le programme économique de Fillon est ultra-violent pour les travailleurs et ultra-favorable aux plus riches. Ce qui prouve que Fillon est un ultra et non un modéré.

Alors bien sûr, s’il plait, c’est qu’il a des « atouts ». Fillon a pour lui son traditionalisme qui séduit les bons vieux bourgeois. Il faut rappeler qu’il est profondément hostile à l’égalité des droits pour les homosexuels : en tant que député, il a voté contre la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 et, plus récemment, il a soutenu La Manif pour tous, cette organisation qui s’est opposée avec violence au mariage homosexuel et qui lui rend la pareille en le soutenant aujourd’hui, notamment sur Internet. Il est aussi dans la droite ligne de l’ « identité nationale » tracée par Nicolas Sarkozy.

Mais ces différences ne sauraient masquer un programme, cohérent avec leur appartenance sociale et avec les décisions prises au cours de sa longue carrière politique. Fillon n’est pas le moins du monde un modéré. Il défend les intérêts des classes supérieures dont il fait partie. C’est le candidat des riches qui compte reprendre le travail de redistribution des richesses créées vers le haut, vers ceux qui ont déjà, et continuer leur travail de sape des mécanismes de protection socialisés. Il a dû laisser tout ça en plan en 2012, mais le PS au pouvoir depuis a repris le flambeau. Les mêmes recettes ont été appliquées par les mêmes hiérarques au pouvoir depuis trente ans aussi (Hollande, Sapin, Royal, Fabius et consorts), avec le même succès pour leur classe.

Les idées de Fillon ne sont pas pragmatiques ou réalistes mais guidées par leur position. Et elles n’ont donc rien d’un « choc » libéral puisqu’elles s’inscrivent dans la juste continuité des choix de nos élites politiques, dont il ne représente que la frange la plus décomplexée.

[1]             Le patrimoine tel que défini par l’Insee : « le patrimoine brut correspond au montant total des actifs détenus par un ménage incluant la résidence principale, les éventuelles résidences secondaires, l’immobilier de rapport – c’est-à-dire rapportant un revenu foncier –, les actifs financiers du ménage, et les actifs professionnels lorsque le ménage a une activité d’indépendant à titre principal ou secondaire. Il inclut également depuis 2010 le patrimoine « restant » : les biens durables (voiture, équipement de la maison, etc.), les bijoux, les œuvres d’art et autres objets de valeur. »

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Cette entrée a été publiée le 16 décembre 2016 par dans anticapitalisme, présidentielles.