NPA Comité Orléans Loiret

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Le ministère de l’Intérieur entrave le désarmement de l’ETA !

Le nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux n’a pas tardé à enfiler son plus beau costume de premier flic de France. Vendredi 16 décembre au soir, une vaste opération policière menée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et des policiers de l’unité d’élite du RAID, assistés de policiers de la guardia civil espagnole, a conduit à l’interpellation de cinq « individus en relation avec l’organisation terroriste basque ETA » en présence d’un important arsenal (armes, explosifs et munitions) dans une maison de Louhossoa (Pyrénées-Atlantiques), village de 800 habitants au creux des montagnes basques.

Ce coup de filet antiterroriste d’envergure a été salué comme il se doit par place Beauvau, le lendemain matin. « Cette opération constitue un nouveau coup dur porté à l’ETA » s’est félicité Bruno Le Roux, dans un communiqué de presse avant de rappeler sa « détermination absolue à lutter contre le terrorisme, sous toutes ses formes ». Sauf que derrière les « individus » en relations avec une organisation terroriste du ministère de l’Intérieur se cachent cinq personnalités bien connues du Pays Basque français, figures de proue des mobilisations pacifiques et citoyennes, qui amorçaient en réalité le processus de désarmement de l’ETA, après cinq années d’un invraisemblable blocage sur le sujet.

Au premier rang des personnes interpellées figure notamment Jean-Noël Etcheverry, « Txetx », bien connu des cercles écologistes et non-violents. À la tête du mouvement Bizi!, il est notamment l’un des fondateur de l’initiative Alternatiba, très active en marge en de la COP21. Autre militant célèbre de l’action non-violente à faire partie du groupe : Michel Berhocoirigoin, premier président de la Chambre d’agriculture du Pays Basque et ancien cadre de la Confédération paysanne. Il était accompagné de Michel Bergougnan, coopérateur viticole dans l’appellation basque Irouléguy. Ainsi que de Béatrice Molle-Haran, journaliste expérimentée (propriétaire de la maison où a eu lieu la perquisition), et Stéphane Etchegaray, vidéaste.

Des sources proches de l’opération assurent d’abord à l’Agence France-Presse que le président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme (LDH) Michel Tubiana fait également partie des personnes interpellées. Il n’y était finalement pas, même s’il aurait dû y être. « Je n’ai pas pu m’y rendre mais cela prouve bien que les policiers savaient tout de l’opération, réagit-il auprès de Mediapart. Ils n’ignoraient donc pas que ce qui était derrière (cette réunion), c’était notre volonté d’enclencher de manière symbolique le processus de désarmement de l’ETA ».

Une affirmation à laquelle a répondu, martial, Bruno Le Roux en marge d’un déplacement  dans les Yvelines : « Personne n’a le droit de se proclamer destructeur d’armes », sous-entendant que le groupe aurait cherché à détruire des preuves. « En faisant des trous dans des armes pour les démilitariser ?, feint de s’étonner Michel Tubiana. Tout ça, c’est du pipeau! »

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation aberrante ? Le 17 octobre 2011, au terme d’une conférence internationale présidée par l’ancien secrétaire général des Nations-Unies Kofi Annan, l’ancien premier ministre irlandais Bertie Ahern proclame une déclaration de paix qui fait date dans l’histoire du conflit basque. La déclaration d’Aiete (nom du palais de résidence d’été du dictature Franco, transformé pour l’occasion en maison de la paix) soutenue par Jonathan Powell, l’ancien chef de cabinet de Tony Blair lors des Accords du Vendredi Saint avec l’IRA ou l’ancien ministre de l’Intérieur socialiste Pierre Joxe, vise à instaurer « une paix juste et durable ».

Le premier point stipule d’abord que l’ETA doit déclarer publiquement l’arrêt définitif de toute action armée. Ce préalable est rempli le 20 octobre 2011. Depuis cette date, l’organisation armée, responsable de la mort de plusieurs centaines de personnes depuis sa création en 1959 et membre de la liste noire des organisations terroristes de l’Union européenne, n’a plus commis le moindre attentat et a démantelé ses structures opérationnelles. Le second point, en revanche, invitant les gouvernements français et espagnol à consentir à l’ouverture d’un dialogue traitant exclusivement des conséquences du conflit, fait l’objet de blocage depuis cinq longues années. Les observateurs y voient notamment la main de Madrid, qui refuse entre autres de s’engager dans une politique carcérale plus souple pour les prisonniers de l’ETA.

En 2014, Raymond Kendall, ancien secrétaire général d’Interpol et membre fondateur du « Groupe international de contact » censé mettre en relation les acteurs de la société basque, prend publiquement position pour alerter sur les risques inhérents à l’enlisement du processus de paix : « J’espère que la frustration ne poussera pas ETA à reprendre les armes. Ce n’est pas à l’ordre du jour mais les gouvernements devraient en tenir compte. » « Il y a clairement une posture de vengeance, pas une ambition de faire la paix sans vainqueur ni vaincu » déplore pour sa part Michel Tubiana.

Face à l’inefficacité du politique, des acteurs de la société civile se saisissent finalement du sujet pour éviter une résurgence de la violence et « tourner la page du conflit ». Une démarche détaillée par Michel Tubiana, Jean-Noël Etcheverry et Michel Berhocoirigoin en personne dans un document mis en ligne quelques heures après l’opération policière :  « Chacun doit prendre ses responsabilités pour que le processus de paix aille jusqu’à son terme. La responsabilité d’une paix juste et durable est entre les mains de chacun».

Au Pays Basque, où la volonté de mettre fin à un conflit séculier et sanglant est unanime, les agissements de Paris ne cessent de désespérer l’ensemble de la classe politique. Une lassitude renforcée par l’apparition de la menace djihadiste dans l’Hexagone qui devrait concentrer l’essentiel des efforts des forces antiterroristes.

Samedi 17 décembre, les élus, toutes couleurs politiques confondues, sont apparus sonnés par l’opération policière. Dans la majorité, la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac, proche de François Hollande, a apporté son soutien aux personnes interpellés sur Twitter. Idem pour la députée Colette Capdevielle, vice-présidente de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, qui en appelle son gouvernement à s’inscrire « sans délais » dans un « véritable processus de résolution du conflit ». Une position soutenue sur les réseaux sociaux par l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot et le candidat à l’élection présidentielle Yannick Jadot.

À droite, le vice-président LR du département Max Brisson a aussi condamnél’arrestation de « militants de la paix » en garde à vue au commissariat de Bayonne. « Il ne faut arrêter de se moquer du monde! Nous attendons depuis cinq ans des signes, et que les Etats veuillent bien se mettre autour de la table », confie à Mediapart, Jean-Renée Etechegaray, maire UDI de Bayonne et président du Conseil des élus du Pays Basque, qui se dit « très inquiet » de la tournure des événements.

Depuis 2011, le monde politique ne cesse en effet de réclamer du gouvernement qu’il fasse du désarmement de l’ETA une priorité, malgré le blocage de Madrid. Pour le résultat qu’on connaît aujourd’hui. « Nous sommes traités avec mépris depuis cinq ans. Mais, aujourd’hui, tandis que la société civile s’organise pour suppléer la carence des Etats, les postures sécuritaires ont pris une dimension cynique totalement inacceptable » enfonce Jean-René Etchegaray.

Une manifestation pour la libération des cinq « destructeurs d’armes » et pour l’engagement de discussions entre l’ETA et les gouvernements est prévue à Bayonne. «La réalité est qu’on ne sait même plus trop ce que cherchent les deux gouvernements. Imaginons un instant que l’ETA décide d’abandonner leur arsenal on ne sait où en rase campagne : on les traiterait alors d’irresponsables et c’est bien normal » conclut, désemparé, Michel Tubiana. Comme situation ubuesque, Kafka n’aurait pas fait mieux.

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Cette entrée a été publiée le 20 décembre 2016 par dans anticapitalisme.