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HISTOIRE : Marseille, 1947 quand la mafia corse en alliance avec le PS … et la CIA était utilisée contre la CGT !

Cet article n’engage pas la responsabilité du Site.

A l’occasion de la diffusion du documentaire (3 parties sur ARTE à partir du 07 février de Pierre Péan sur l’histoire de la mafia corse « Mafia et République« , pour le mouvement syndical il est utile de se souvenir comment cette mafia a été utilisée à Marseille contre la CGT sur le port et contre le PCF en alliance avec la complicité d’un PS et Gaston Defferre alliés à la droite et à une puissance étrangère (Les USA).

Cette véritable guerre à Marseille avec la mort de jeune ouvrier communiste Vincent Voulant abattu par des mafieux du clan Guérini notamment le 12 novembre (Voir ci-après) est concomitante de l’entreprise de scission organisée dans la CGT et directement financée par la CIA.

A Marseille il s’est agi à la fois de contrecarrer l’influence de la CGT et du PCF résultant de l’aura gagnée les armes à la main dans la résistance et s’agissant du port « il était capital pour la politique étrangère américaine de  remporter la victoire à Marseille qui, étant un des plus grands ports internationaux de France, constituait une tête de pont vitale pour les exportations du plan Marshall vers l’Europe. Une influence durable des communistes sur l’administration du port aurait fait peser une menace sur le succès du plan Marshall et de tout autre programme d’assistance ultérieur ».

La French Connection :

Ajoutons pour clore très brièvement l’appréciation de ce qui s’est passé dans cette période :

« Les Guerini retirèrent assez de pouvoir et de notoriété du rôle qu’ils avaient joué dans l’écrasement de la grève de 1947 pour s’affirmer comme les nouveaux chefs de la pègre corse. Mais quoique la CIA eut contribué à rétablir le politique de la pègre corse, ce n’est qu’à l’occasion de la grève des dockers de 1950 que les Guerini acquirent suffisamment de puissance pour prendre le contrôle des quais de Marseille.
Influence politique et mainmise sur les quais créaient de parfaites conditions pour le développement des laboratoires d’héroïne de Marseille « 

Une leçon d’histoire dont les enseignements demeurent d’une brûlante actualité parce que l’explication la plus profonde de ce qui fait la trame de ces évènements c’est que les motivations réelles qui animent les différents acteurs, ce sont les motivations de classe  souvent maquillées sous des atours mensongers!

SOURCE : Institut Régional CGT d’Histoire Sociale de PACA

Les grèves de Novembre-Décembre 1947 à Marseille

Le 16 décembre 1987, l’Institut Régional CGT d’Histoire Sociale de PACA, organisait à Marseille, avec l’Union Départementale CGT des Bouches du Rhône, un Colloque à l’occasion du 40eme anniversaire des évènements des 10 et 12 novembre 1947 à Marseille.

Ce colloque a été l’occasion de solliciter des témoignages  de syndicalistes, élus municipaux de l’époque, ayant participé aux évènements, mais aussi l’analyse de plusieurs historiens dont Antoine Olivesi, Jean Domenichino ou Robert Mencherini, ainsi que du conservateur des Archives départementales, Christian Oppetit. Contributions regroupées au sein d’un ouvrage publié à l’issue du Colloque et d’autant plus précieuses qu’aujourd’hui, nombre de ces témoins ont disparu et seul reste leur témoignage sur ces évènements…

Mais que s’est-il donc passé à Marseille de si important en ces mois de novembre et décembre 1947 qui puisse faire l’objet d’un colloque  ?

Pour comprendre l’importance des évènements, un petit retour en arrière s’impose. A la Libération, le gouvernement mis en place associe toutes le forces politiques ayant participé à la Résistance et à la Libération du pays, y compris les communistes. De part son comportement durant les années 1939-1945, le parti Communiste sort grandi de la Seconde Guerre Mondiale. Son audience est incontournable et il participe naturellement au gouvernement de reconstruction de la France.

Autre force incontournable, la CGT réunifiée, qui compte un nombre d’adhérents jamais égalé et qui a décidé de participer pleinement au mouvement de reconstruction du pays.

A Marseille, le PCF dirige la Mairie, en la personne de Jean Cristofol et cinq députés sur huit élus sont Communistes. La CGT est omniprésente dans la plupart des entreprises et revendique 182 000 adhérents dans les Bouches du Rhônes.

Mais la France, comme l’Italie, du fait du poids du PCF et de la CGT, est une exception qui contrecarre les projets des USA d’utiliser une politique d’aide à la reconstruction des pays européens en échange d’une alliance politique et militaire durable ( Doctrine Truman, Plan Marshall). Pour parvenir à ses fins, il faut affaiblir à la fois le PCF et la CGT. Au niveau syndical, la minorité réformiste de la CGT ( constituée au sein de la tendance Force Ouvrière) reçoit l’appui et l’aide financière des Etats-Unis pour son travail de division interne. Au plan politique, les ministres communistes sont révoqués le 4 mai 1947.

Dans le même temps, les ouvriers qui ont participé sans rechigner à la reconstruction du pays depuis la Libération, tardent à en voir les bénéfices. Les temps sont durs, particulèrement à Marseille, où le ravitaillement est difficile et les rations restent limitées. Un mouvement de mécontentement commence à se faire sentir. Des mouvements de grève éclatent tout au long de l’année 1947.

Pourtant, lors des élections municipales d’octobre 1947, c’est le RPF (droite) qui remporte la mairie de Marseille avec une voix de plus que les communistes. Ce renversement de majorité a été possible grace à l’abstention des élus socialistes (sous la conduite de Gaston Deferre) et du MRP qui font ainsi le choix de donner la Mairie à la droite.

Une des premières décisions de la majorité municipale nouvellement élue est d’augmenter le tarif du tramway marseillais. La CGT appelle à boycotter cette augmentation. Le 10 novembre 3 militants CGT sont arrêtés puis libérés. Lors d’une manifestation devant la mairie qui refuse de revenir sur sa décision d’augmentation du tarif, 5 militants CGT sont de nouveau arrêtés.

Leur procès est programmé pour le 12 novembre au matin. Le Tribunal décide, fait unique dans la période, le maintien en prison des militants arrêtés. Aussitôt la nouvelle connue, des milliers de travailleurs arrivent des usines vers la Palais de Justice qui est envahi. L’après-midi, le Tribunal prononce du sursis et la libération immédiate des militants.

Mais, alors que tout allait rentrer dans l’ordre au Palais de Justice, la nouvelle arrive qu’à la Mairie, l’ancien maire et les élus communistes sont agressés par les gros bras du RPF. La foule décide donc de se rendre en Mairie et met en déroute les agresseurs de l’ancien maire.

En soirée, de nombreux jeunes militants décident d’une opération punitive en direction du quartier de l’Opéra, le repère des gangsters de Marseille et des boîtes de nuit qu’ils contrôlent. Les frères Guerrini, figures de la pègre locale tirent. Le jeune Vincent Voulant est tué.

La grève est alors totale tant dans la Métallurgie, que chez les Marins, les Dockers, dans le Bâtiment, la Chimie ou à la Sécurité Sociale à Marseille. Elle va s’étendre dans tout le pays dans les jours suivants et à de nouvelles corporations. Gaston Deferre, leader de la SFIO Marseillaise, stigmatise les grévistes « fauteurs de troubles » et en appelle à « la défense de la République. »

Le 16 novembre, 75% des travailleurs marseillais sont en grève puis 96% le 19 novembre. Dès le 23 novembre, on dénombre plus de  2 millions de grévistes dans tout le pays. La droite comme la SFIO accusent la Parti Communiste de conduire une grève politique et d’atteindre à « la souveraineté nationale« . A l’interne, dans la CGT, la tendance Force Ouvrière met en garde les travailleurs contre la grève !

Le 2 décembre, grève générale dans les Bouches du Rhône. Violents affrontements avec la police dans le quartier de la Joliette à Marseille. Dans la nuit du 8 au 9 décembre, Sylvain Bettini ( rescapé de Dachau) est froidement abattu dans le dos par la police à l’Estaque alors qu’il revient de coller des affiches.

Le 10 décembre, un appel est lancé à la reprise du travail. Au plus fort de la grève, il y aura eu 3 millions de grévistes dans le pays. De nombreux succès auront été arrachés dans les entreprises en matière d’augmentation de salaire durant ces trois semaines !

Aujourd’hui encore, l’analyse de ces journées divise les historiens. Grève politique ou conjonction d’une situation politique et d’un mécontentement social profond ? Les participants au colloque, 1987, avec la recul, optent pour la seconde alternative. Ils s’interrogent également sur les véritables raisons qui avaient conduit le gouvernement à tant de fermeté vis à vis des grévistes et des manifestants ( refus de dialogue, successions de mesures antisociales, réquisitions, provocations, révocations de policiers jugés trop timorés face aux manifestants, répression violente, emprisonnement, etc…).

L’un des intervenants, Roger Moretti, s’interroge. Pourquoi une telle intransigeance au moment où la CGT avait lancé un large débat démocratique au sein des travailleurs pour contrecarrer l’offensive de division de Force ouvrière. Il semble évident que cette consultation si elle avait eu lieu, aurait condamné les pratiques de division. Les minoritaires n’en voulaient donc pas ! N’en voulaient pas non plus les forces politiques qui tentaient d’affaiblir le mouvement social et la CGT !

Peut-être cette approche permet-elle de mieux comprendre l’attitude gouvernementale et de la SFIO de l’époque, leur intransigeance et tout refus de négocier poussant les travailleurs à l’affrontement et rendant ainsi impossible la consultation nationale telle que l’avait voulue la direction de la CGT …

 

 

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Cette entrée a été publiée le 9 février 2017 par dans anticapitalisme, DOCUMENTS POUR L'HISTOIRE, syndicats.