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Merci de votre visite, Donald. Maintenant, montrez-nous vos intentions réelles

– Basheer Nafi

Tuesday 23 May 2017 11:52 UTC

23 mai 2017

On s’attendait à ce que la Grande-Bretagne soit la première étape du président américain Donald Trump lors de son premier voyage à l’étranger, après l’invitation de la Première ministre Theresa May à faire une visite officielle plus tôt cette année.

Cependant, la Grande-Bretagne est maintenant concentrée sur les élections qui auront lieu en juin et, plus important encore, ce n’est pas un pays qui devrait offrir un environnement accueillant au président.

Surestimer les intentions et les promesses de Trump ou s’attendre à un changement considérable par rapport aux politiques d’Obama ne peut aboutir à une fin heureuse

L’élection de Trump a généré un sentiment général de consternation dans l’opinion publique britannique, lequel s’est approfondi par le style de gouvernance du président et les décisions adoptées jusqu’ici par son administration.

Bien qu’officiellement la Grande-Bretagne soit désireuse de renforcer sa « relation spéciale » avec les États-Unis, l’arrivée de Trump en Grande-Bretagne – s’il accepte vraiment l’invitation – ne passera pas sans manifestations et protestations.

En ce sens, l’Arabie saoudite devait sembler être un endroit beaucoup plus sûr, plus accueillant et rassurant pour le dirigeant du pays le plus important au monde.

Espoirs

De manière générale, et compte tenu des évaluations et des motivations de Trump, l’Arabie saoudite a le droit de célébrer sa visite. Le fait que le royaume soit sa première destination souligne non seulement l’importance des relations américano-saoudiennes, mais également la place de choix occupée par le Moyen-Orient dans la liste de priorités de son administration.

Pendant les années Obama, au cours desquelles le président américain a fait plusieurs visites en Arabie saoudite, le Moyen-Orient n’était pas au sommet de l’ordre du jour de Washington. Ce n’est que lorsque l’État islamique (EI) a pris le contrôle de plus d’un quart de l’Irak et d’une vaste partie de la Syrie que l’ancien président s’est senti obligé de prêter attention à la région.

La visite de Trump montre donc que son administration fait évoluer la politique étrangère des États-Unis et fait de l’Arabie saoudite sa porte dans la région – du moins, c’est ce qu’il semblait au départ.

Quelques heures après son atterrissage à Riyad samedi, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont signé une série d’accords, notamment un énorme accord d’armement de 110 milliards de dollars. Les Saoudiens ont également annoncé récemment qu’ils avaient l’intention d’investir des milliards dans des projets d’infrastructure américains.

Ces deux mesures sont considérées comme la décision de Riyad de contribuer au succès de l’administration Trump, en l’aidant à respecter son engagement à rétablir la confiance dans l’économie américaine et à redynamiser les capacités nationales américaines.

Riyad a invité de nombreux dirigeants arabes et musulmans connus pour être en bons termes avec l’Arabie saoudite et les États-Unis à rejoindre la réunion au sommet avec Trump, preuve supplémentaire des espoirs attachés à l’administration américaine et à ce qu’elle peut aider à accomplir dans cette région emplie de crises.

Premiers pas rassurants

Ces espoirs ne sont pas nés du néant. Du point de vue de Riyad – et aussi du point de vue de plusieurs autres pays arabes et musulmans – pendant ses trois premiers mois en fonction, Trump a rassuré de plusieurs façons.

Alors que ses décisions de politique intérieure ont montré des signes de faiblesse et d’incohérence, la stratégie de politique étrangère de Trump semble être plus cohérente. Pour les principaux postes de sécurité nationale et de politique étrangère dans son administration, Trump a nommé plusieurs personnes connues pour leur opposition aux inclinations expansionnistes de l’Iran et pour avoir passé une partie de leur vie professionnelle au Moyen-Orient.

Outre son opposition répétée à l’accord sur le nucléaire iranien, Trump a également déclaré sans équivoque qu’il repousserait l’expansionnisme iranien.

Malgré les rumeurs – et ses propres suggestions lors de la campagne électorale – selon lesquelles Trump serait davantage prêt à coexister avec le régime d’Assad, il n’a pas hésité à frapper la base aérienne d’Assad depuis laquelle le dirigeant syrien avait lancé l’attaque chimique récente contre son peuple à Khan Sheikhoun.

Et même en ce qui concerne le problème le plus chronique du Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien, le président américain a affirmé son intention de réaliser un effort particulier pour parvenir à un accord.

Voilà le contexte de l’optimisme de l’Arabie saoudite et de ses alliés vis-à-vis de l’administration Trump ; optimisme qui a conduit à des préparatifs cérémonieux pour l’accueillir et célébrer sa visite.

Toutefois, le problème est que toute enquête approfondie sur la politique étrangère de Trump, ou du moins ce qui en est ressorti jusqu’ici, conduit à une évaluation plus réservée et à procéder prudemment quant à la façon dont son approche diverge de celle de l’administration Obama.

Les inconnues

Peu de choses sont ressorties jusqu’à présent pour révéler la vision stratégique du monde entretenue par Trump. Quelle est sa vision pour les relations avec la Russie et la Chine ? Avec les alliés européens et l’OTAN ? Ou avec les principales institutions internationales, des Nations unies à l’Organisation mondiale du commerce ? Quels sont les principaux objectifs qu’il entend remplir à l’échelle internationale ? Mis à part quelques retraits vis-à-vis de promesses populistes et une conception obscure de ses moyens et objectifs, rien n’est clair.

Mis à part quelques retraits vis-à-vis de promesses populistes et une conception obscure de ses moyens et objectifs, rien n’est clair

Contrairement aux slogans de campagne laissant entendre que les États-Unis sous Trump allaient livrer une guerre économique contre la Chine, Trump semble enclin à établir une relation avec Pékin et à négocier un accord sur la Corée du Nord. Et en lieu et place de la politique de compréhension et de coopération avec la Russie, un recul semble désormais se produire vers les mêmes positions de désaccord qui ont caractérisé les années qui ont suivi 2012. Quant au souhait de ridiculiser l’OTAN et les alliés européens, Trump semble aujourd’hui prêt à réaffirmer l’engagement des États-Unis envers ces deux parties.

En ce qui concerne le Moyen-Orient, rien n’indique un changement considérable dans la politique adoptée par Obama pendant son second mandat. L’administration Trump n’a montré aucun intérêt pour la question de la transition démocratique, ni pour les véritables causes du chaos régional et de l’instabilité. L’administration n’a pas encore décidé si elle s’engageait en faveur de la solution à deux États au sujet de la problématique palestinienne.

La guerre contre le groupe État islamique et le terrorisme demeure la priorité des États-Unis, mais une priorité qui, bien sûr, ne doit pas exiger un engagement américain coûteux sur le terrain. La rhétorique de Washington envers le régime d’Assad a légèrement changé, sans toutefois se traduire en un changement tangible de la donne sur le terrain.

Les milices sectaires se répandent en Syrie. Le régime continue sa politique de déplacement et de manipulation sectaire de la population dans diverses parties du pays sans que l’administration américaine ne se prononce. Même si Washington réagit au recours aux armes chimiques, aucune limite que ce soit n’a été imposée à l’emploi par le régime de toutes les autres armes utilisées pour exterminer son peuple et opprimer ses adversaires.

En d’autres termes, si l’administration Trump est de plus en plus déterminée à voir le départ d’Assad et de son régime, rien ne prouve jusqu’à présent qu’elle effectue quelque chose de tangible en vue d’atteindre cet objectif.

La même politique, plus de rhétorique

La position de l’administration Trump envers l’expansionnisme iranien n’est pas moins ambiguë que sa position envers le régime d’Assad.

En Irak, les États-Unis sont toujours préoccupés par la lutte contre l’État islamique et, ce faisant, sont alliés aux Unités de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi), qui sont fidèles à l’Iran. L’administration américaine n’a pas déployé d’efforts jusqu’ici pour provoquer un changement considérable dans la structure sectaire du régime irakien ou dans la manière dont le régime traite les provinces majoritairement sunnites.

Jusqu’à présent, Washington a également montré peu de signes de l’adoption d’une politique exigeant le retrait de l’Iran et de ses milices chiites de Syrie malgré l’énormité des crimes qu’ils commettent contre les Syriens, des crimes qui les mettent sur un pied d’égalité avec l’État islamique.

En ce qui concerne le Yémen, il y a certes eu un déclin des déclarations critiquant l’Arabie saoudite et ses alliés, mais personne ne sait jusqu’ici ce que l’administration Trump proposera comme aide pour défaire les rebelles et mettre fin à la guerre
Les prochains mois apporteront peut-être des réponses à ces questions. Néanmoins, ce que la Turquie a découvert sur les positions sans ambiguïté de l’administration Trump – avec l’expansion en Syrie du PKK et la poursuite du soutien armé aux organisations kurdes – n’est pas du tout rassurant.

Surestimer les intentions et les promesses de Trump ou s’attendre à un changement considérable par rapport aux politiques d’Obama ne peut aboutir à une fin heureuse. Obama n’avait aucun problème à l’idée de faire porter aux Arabes la responsabilité de leur propre défense. Il est très probable que Trump finisse par adopter exactement la même politique en haussant le ton du soutien rhétorique à ses alliés du Golfe.

 

– Basheer Nafi est chargé de recherche principal au Centre d’études d’Al-Jazeera.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale du NPA.

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Cette entrée a été publiée le 23 mai 2017 par dans anticapitalisme, USA.