Alors que la loi Travail est toujours rejetée par 70% des françaises et français, et que son application confirme malheureusement les critiques de la CGT, Emmanuel Macron indique dans son programme vouloir continuer à réformer le code du travail, cette fois par ordonnance et pendant l’été. Il s’agirait, rappelons le, de la 5e réforme ayant fragilisé le code du travail en 5 ans, après la loi dite de sécurisation de l’emploi (avec notamment une réforme des licenciements), la loi Rebsamen sur le dialogue social, la loi Macron et la loi Travail.
La méthode est particulièrement scandaleuse puisqu’elle consiste à contourner le parlement (et les acteurs sociaux) en réformant par décision unilatérale du gouvernement, et pendant les congés estivaux ! Cependant, pour réformer par ordonnance, il faut une autorisation préalable du Parlement. Les élections législatives seront donc déterminantes. Interpellons les candidats aux législatives pour exiger qu’ils refusent de confier au gouvernement le pouvoir de légiférer par ordonnance !
Emmanuel Macron annonce une grande réforme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle :
Les propositions d’Emmanuel Macron sur la fonction publique posent 3 questions :
Emmanuel Macron a affirmé à plusieurs reprises vouloir réduire la dépense publique et supprimer 120 000 postes dans la fonction publique en 5 ans, dont 70 000 dans les collectivités territoriales et 50 000 dans la fonction publique d’Etat.
L’UGICT CGT regrette l’absence de débat de fond durant la campagne électorale sur les missions de services publics et l’appareil d’Etat. A aucun moment un vrai débat de fond sur ce dont la France a besoin en matière de services publics n’a été mené. Et pour cause, il y a eu une absence totale d’ambition pour un modèle social de société. Pis encore, Emmanuel Macron ne précise à aucun moment les missions qui seront visées par la suppression des 120 000 postes dans la fonction publique.
Cette mesure empreinte de populisme pour gagner de l’électorat en montant les salariés contre les fonctionnaires est donc irresponsable.
Emmanuel Macron affirme dans son programme de campagne qu’il développera le recrutement sur contrat dans les fonctions non régaliennes.
Il s’agit bel et bien d’une attaque flagrante sur le statut général et le principe républicain de recrutement par voie de concours. Ainsi, les dérives seront nombreuses concernant le recrutement de « ces professionnels d’expérience en fonction des besoins ». Le risque de voir débarquer dans la fonction publique à des postes de décisions des agents non titulaires inféodés au gouvernement est donc réel. Emmanuel Macron tente donc à travers cette proposition de casser la fonction publique française pour la calquer sur la fonction publique américaine, au sein de laquelle les agents publics sont embauchés par le parti politique au pouvoir et débarqués, une fois que celui-ci n’est plus au pouvoir.
Cette mesure est grave de sens pour l’égalité de traitement de la population. Elle remettra forcément en cause les valeurs de neutralité et d’impartialité inscrites dans le statut général de la fonction publique. Ces valeurs garantissent un traitement identique de tous les administrés. Ce sont les valeurs d’égalité portées par notre République qui seront remises en cause.
La preuve en est la proposition d’aligner le statut de ces nouveaux contractuels sur le code du travail, c’est-à-dire le privé. Ils ne seront donc plus liés au statut général qui garantissait aux administrés une également de traitement.
Il s’agit bien dans cette proposition de passer à une individualisation de la rémunération, notamment pour les fonctionnaires de catégorie A. Le risque existe sur l’émergence de la fameuse rémunération au mérite basée sur des critères de performance et sur « la manière de servir ». S’agissant de ce dernier point, s’il est mis en corrélation avec le recrutement d’agents non titulaires proposés ci-dessus il apparaît clairement que les fonctionnaires qui s’opposeront à toute directive manifestement illégale ou contraire aux valeurs de la fonction publique verront leur rémunération grandement diminuée.
Emmanuel Macron annonce une réforme d’ensemble du système de retraite pour le 1er semestre 2018. La proposition de transformer notre système de retraite en retraite par points pourrait sembler séduisante si on se contente d’un coup d’oeil superficiel. Mais pour les ICTAM comme pour l’ensemble du salariat, derrière cette proposition en trompe l’œil, ce sont des baisses drastiques de droits à retraite qui se profilent.
C’est d’abord une proposition insoutenable.
Pour qu’un euro cotisé donne le même droit pour tous, toutes générations confondues, il faudrait que la pension soit calculée en fonction de l’espérance de vie à la retraite et de surcroît de l’espérance individuelle. Tout le monde récupèrerait alors le montant de ses cotisations au cours de sa période de retraite. Sauf qu’aucun organisme n’est capable de pronostiquer des espérances de vie individuelles. Les assureurs, grands spécialistes du calcul des rentes, se réfèrent donc à des espérances de vie moyenne par génération.
Auquel cas, toutes les personnes qui ont une espérance de vie inférieure à la moyenne seraient pénalisées, car leur rente serait minorée par un calcul tenant compte d’une espérance de vie supérieure à la leur.
Inversement, les personnes qui ont une espérance de vie supérieure à la moyenne seraient favorisées par un calcul qui majore leur rente en tenant compte d’une espérance de vie inférieure à la leur. Ce qui amène nombre de commentateurs à considérer que le système ferait des gagnants et des perdants. En conséquence, le principe d’égalité justifiant la proposition d’Emmanuel Macron ne pourrait être, en aucun cas respecté, pour une raison toute simple : les individus n’ont pas tous la même espérance de vie.
La réponse est clairement non. Tel qu’il est formulé, il institue un droit à retraite strictement proportionnel à la cotisation. Or seuls les salaires sont assujettis à cotisation. Il s’ensuit que les périodes indemnisées au titre de la maladie, du chômage ou de la maternité ne sont pas cotisées : dans le système Macron, elles n’ouvriraient donc aucun droit à retraite alors que dans le système actuel elles sont prises en compte (validées) de façon à minimiser les effets sur le montant de leur retraite des aléas de carrière subis par les salariés.
La mise en œuvre de la proposition Macron, à défaut d’un emploi garanti à vie, pénaliserait doublement les salariés : pendant leur activité et pendant leur retraite. De ce côté-là, c’est donc bien tout le monde qui serait perdant.
Par ailleurs près de 38 % des retraités bénéficient aujourd’hui du minimum contributif : ce sont des personnes qui ont une carrière complète, mais qui ont cotisé toute leur vie sur des petits salaires. Ce dispositif leur garantit le versement par leur(s) régime(s) de base d’un minimum de 629,62 euros de retraite mensuelle.
Le système proposé, en créant une stricte proportionnalité entre la cotisation et le montant de la retraite, priverait ces 4,9 millions de retraités de ce minimum, pourtant bien insuffisant …
Quant aux régimes complémentaires ARRCO et AGIRC, ils versent pour 100 euros cotisés par an, parts « salariales et patronales » confondues, 6 euros de pension annuelle (auxquels s’ajoutent les prestations sociales). En conséquence, au bout de 16 ans et demi (100/6=16,66), les salariés ont récupéré toutes leurs cotisations de carrière.
Avec une espérance de vie moyenne à la retraite de 28 ans pour les femmes et de 24 ans pour les hommes, il s’ensuit qu’en moyenne, les femmes et les hommes récupèrent respectivement 1,75 et 1,5 fois leurs cotisations de carrière pendant leur retraite. Mais avec la proposition Macron, qui transforme la pension en rente viagère, ils ne récupèreraient au maximum que leurs cotisations de carrière.
La proposition de Macron aurait donc pour conséquence une baisse des pensions pour tous les salariés, baisse de surcroît très inégalitaire puisqu’elle affecterait plus les femmes que les hommes, celles-ci cotisant moins en raison des inégalités de salaire dont elles sont victimes pendant leur carrière : selon la DARES, leur salaire horaire net est en moyenne inférieur de 16, 3 % à celui des hommes.
Une baisse qu’Emmanuel Macron admet implicitement en annonçant que « sans que cela ne revienne plus cher aux employeurs, nous réduirons les cotisations payées par les salariés », « nous aiderons les entreprises à embaucher en baissant les cotisations sociales employeurs » ou encore « nous réduirons leurs charges. »
Voilà qui serait fâcheux dans un système où le montant de la retraite serait proportionnel à la cotisation. En d’autres termes, pour augmenter son pouvoir d’achat d’actif, il faudrait renoncer à son futur pouvoir d’achat de retraité ! Et pour avoir un emploi, il faudrait renoncer à une partie de son salaire constituée par les cotisations ! Diminuer le financement des retraites alors que les évolutions démographiques attestent d’une augmentation du nombre de retraités, cela signifie sans ambiguïté … la baisse des pensions.
Emmanuel Macron est discret sur le sujet. Il se borne à indiquer « Nous ne toucherons pas (…) au niveau des pensions ». Ce qui précède indique clairement le contraire. Sauf à reporter la liquidation de leur pension de plusieurs années au-delà de 67 ans, les salariés essuieront un décrochage insoutenable de leur niveau de vie. C’est la logique de la rente viagère : plus on part tôt, plus elle est basse, plus on part tard, plus elle augmente.
En Suède, où un système à la Macron est d’ores-et-déjà en place, le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, déclarait dès février 2012 que les actifs devraient travailler jusqu’à 75 ans s’ils voulaient pouvoir bénéficier du même niveau de retraite qu’en 2011.
L’âge de départ cesserait ainsi d’être un droit pour devenir un arbitrage individuel que chacun pourrait exercer à partir de 62 ans. Ce qui permet à Emmanuel Macron d’annoncer tranquillement : « Nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite ».
Elle se résume à trois engagements :
Ces trois engagements fondent la solidarité entre les générations qui est le socle de notre système de retraite et qui a fait largement ses preuves depuis 1945. Tout le reste n’est qu’enfumage ou mystification…
Par UGIC-CGT