NPA Comité Orléans Loiret

Nos vies valent plus que leurs profits! Mel de Contact : npa.orleans@orange.fr

Rennes, laboratoire de l’ordre En marche

Des intellectuels dénoncent les méthodes de policiers et de magistrats qui, dans la ville bretonne, s’affranchiraient de plus en plus du droit commun.

Tribune initialement parue dans Libération

À quelques jours d’intervalle, il s’est passé à Rennes deux événements d’une extrême gravité, qui ne devraient pas laisser indifférents tous ceux que préoccupe l’état des libertés publiques sur le territoire français. Le 30 mai, à 6 heures du matin, des dizaines de policiers cagoulés munis de fusils d’assaut défoncent des portes de logements à coups de bélier et procèdent à six perquisitions simultanées aux quatre coins de la ville. Sept personnes sont interpellées, dont deux mineurs. Cette opération fait suite à un curieux épisode où c’est pourtant le comportement policier qui mériterait une enquête. Le 27 avril, au cours d’une manifestation de 2 000 personnes répondant au mot d’ordre « ni Le Pen ni Macron », un motard de la police nationale était descendu de sa moto pour braquer son pistolet sur les manifestants. Captée par les journalistes, l’image était devenue virale sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, ce comportement dangereux et injustifiable d’un policier qui n’était nullement menacé, comme le montrent les vidéos, est devenu prétexte à une enquête contre de présumés manifestants pour… violence avec arme (un pommeau de douche dont on se serait servi pour intimider le motard), ce qui a justifié les perquisitions du 30 mai. En outre, le modus operandi de cette opération policière, dès le départ si peu justifiée, correspond à celui d’une interpellation d’individus très dangereux supposés détenir un armement lourd : défonçage des portes, policiers suréquipés, armes braquées, plaquage et menottage au sol des interpellés. Or le choix des « cibles » montre qu’elles ont été choisies non pas en fonction de leur présence présumée sur les lieux de la manifestation (de fait certains ont pu prouver qu’ils n’y étaient pas) mais sur leur appartenance supposée à une mouvance anticapitaliste.

Le 7 juin, toujours à Rennes, était jugé un participant à cette même manifestation du 27 avril, qui était accusé d’avoir jeté des pierres contre la police, ce qu’il a toujours nié. Deux jeunes femmes sont venues témoigner avoir vu des policiers glisser des pierres dans la poche du garçon. Le président du tribunal manifeste son incrédulité et rappelle le danger du faux témoignage. Prophétie autoréalisatrice, événement à peu près jamais vu dans l’histoire de la justice, après que le jeune homme a été condamné à six mois de prison avec sursis, les deux jeunes femmes sont arrêtées et menottées sous l’accusation de faux témoignage et conduites devant un juge d’instruction. Ce dernier, manifestement réticent à les mettre en examen dans ces conditions rocambolesques, les remet en liberté sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Ainsi donc, à deux reprises, des policiers et des magistrats ont manifesté une belle solidarité dans des opérations dont le seul objectif clair est d’empêcher de remettre en cause des pratiques policières et judiciaires de plus en plus affranchies du droit commun, face à certains des adversaires les plus résolus du gouvernement en place. S’il est désormais impossible d’apporter des témoignages contredisant la version policière, si de supposés dissidents de l’ordre libéral peuvent subir des opérations d’une telle brutalité, on n’est plus très loin de ce qui a été théorisé comme « le droit de l’ennemi » : à savoir, en réalité, la réduction à presque rien des droits des personnes décrétées comme telles. D’un côté, on a une police qui, depuis ses manifestations de l’hiver dernier, ne cesse de prendre une forme d’autonomie de plus en plus inquiétante en se montrant notamment toujours plus intolérante à toute critique (comme l’a montrée la récente interpellation d’Amal Bentounsi [la sœur d’Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos par un policier en 2012, ndlr], qui ne faisait qu’exercer son droit de filmer la police), d’un autre un gouvernement qui, tout en préparant son offensive thatchérienne de l’été, annonce vouloir faire entrer l’état d’urgence dans le droit commun. Si l’on tient compte du fait que le chef de cabinet du Président est l’ancien préfet de Bretagne connu pour sa gestion plus que musclée de l’ordre public, et qu’Amnesty International en est déjà à s’interroger sur la difficulté croissante de manifester en France, on peut dire que tout se met en place pour que Rennes soit une sorte de laboratoire pour des formes de répressions de plus en plus affranchies des garanties gagnées par des siècles de luttes sociales et politiques. Raison de plus de ne pas laisser passer les abus des magistrats et policiers rennais. Nous exigeons la libération des interpellés du 30 mai et l’abandon des poursuites contre les témoins du 7 juin.

Signer sur change.org ici

PREMIERS SIGNATAIRES

Serge Quadruppani écrivain ; Eric Hazan éditeur et écrivain ; Frédéric Lordon économiste directeur de recherche au CNRS ; Hugues Jallon éditeur et écrivain ; Leslie Kaplan écrivaine ; La Parisienne libérée chanteuse ; Alain Damasio écrivain ; Pierre Alféri écrivain ; Nicolas Klotz cinéaste ; Elisabeth Perceval scénariste ; Ludivine Bantigny historienne ; Nathalie Quintane écrivaine ; Jérôme Baschet historien ; Raoul Vaneigem essayiste ; Barbara Glowczewski anthropologue.

Rennes : quatre peines de prison après des violences lors d’une manifestation

Deux motards de la police avaient été pris à partie, le 27 avril. L’image de l’un d’eux, braquant les manifestants avec son arme, avait fait le tour des réseaux sociaux.

Des peines de neuf mois à douze mois d’emprisonnement ont été prononcées mercredi 21 juin à Rennes à l’encontre de quatre jeunes hommes, poursuivis pour avoir participé fin avril à une manifestation au cours de laquelle deux motards de la police avaient été pris à partie. L’un des deux policiers avait été pris en photo en train de braquer son arme sur les manifestants, une image qui avait fait le tour des réseaux sociaux.

Le tribunal correctionnel de Rennes, qui a relaxé un cinquième prévenu, a proposé aux trois personnes condamnées à neuf mois de prison un placement sous surveillance électronique, ce qu’elles ont accepté.

Il a été le plus sévère vis-à-vis d’un jeune homme pris en photo par la police équipé d’un tuyau de douche et de son pommeau et portant des coups aux policiers. Il avait contesté être la personne identifiée par les enquêteurs.

Son avocat, William Pineau, avait réclamé la relaxe, se demandant « quel degré de certitude » on pouvait avoir « sur l’identification de son client » chez lequel des vêtements et accessoires saisis lors d’une perquisition correspondaient selon les enquêteurs à ceux du manifestant pris en photo.

Dommages et intérêts

Les faits s’étaient déroulés le 27 avril entre les deux tours de la présidentielle, la manifestation étant émaillée d’incidents avec les forces de l’ordre. Deux motards de la police nationale, un homme et une femme, avaient été pris à partie par des manifestants. Cibles de projectiles, ils avaient aussi reçu des coups alors qu’ils étaient présents pour sécuriser la manifestation.

Agressé par un groupe d’une dizaine de personnes, le motard avait finalement sorti son arme et l’avait pointée vers les manifestants, « la seule manière de me protéger », a-t-il assuré jeudi. « J’ai cru qu’il allait mourir », a dit la policière, soulignant être de son côté « toujours suivie psychologiquement ». Les photos prises par la police avaient servi à l’identification des prévenus au cours de l’enquête.

Les quatre condamnés devront verser solidairement 1 000 euros de dommages et intérêts à la policière et 1 800 euros au policier. Le ministère public avait requis des peines de douze mois d’emprisonnement à l’encontre de trois d’entre eux, et de neuf mois pour les deux autres.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 22 juin 2017 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, armée/police, DEMOCRATIE, REPRESSION.