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Espagne 17 et 18 juillet 1936 L’armée, les riches, la droite, l’Eglise et les fascistes lancent un coup d’état contre la république

« C’est en Espagne que les hommes ont appris qu’il est possible d’avoir raison et cependant de souffrir la défaite. Que la force peut vaincre l’esprit et qu’il y a des moments où le courage n’a pas de récompense. C’est sans doute pourquoi autant d’hommes dans le monde considèrent le drame espagnol comme un drame personnel. » (Albert Camus)

1) Le contexte

Tout a commencé en 1930 avec le Pacte de San-Sebastián signé le 17 août 1930 par des syndicalistes, des courants « républicains », des autonomistes catalans et des socialistes. Ce front électoral remporte les élections municipales du 12 avril 1931 dans 41 capitales de province sur 50. Deux jours plus tard, le roi Alphonse XIII quitte le pays. La deuxième république est proclamée le 14 avril.

14 avril 1931 : Proclamation de la République en Espagne

1931-1939 : naissance et mort de la Seconde République espagnole

Les républicains sortent à nouveau victorieux des élections législatives de juin 1931. Une majorité de gauche siège à présent aux Cortes. Plusieurs mesures significatives sont prises comme une nouvelle constitution, le suffrage universel pour les femmes, la reconnaissance de droits sociaux (protection du travail, éducation publique, santé, logement). Cependant, le gouvernement républicain bourgeois de Manuel Azaña ne comprend pas l’importance et l’urgence des questions sociales dans l’Espagne des années 1930. Il veut construire un Etat républicain sans avoir à se situer du côté des classes possédantes ou du côté des classes populaires. Ainsi, il supprime par exemple l’enseignement catholique mais massacre les ouvriers agricoles d’Andalousie en lutte contre les grands propriétaires.

Confrontée à l’opposition virulente et coordonnée des fascistes, des possédants, de la droite et de l’Eglise, l’alliance de gauche hésite, tarde à prendre des mesures sociales, se coupe du peuple.

En 1933, la droite liée aux fascistes revient au pouvoir et pratique une politique revancharde contre le mouvement ouvrier.

29 octobre 1933 : Fondation de la Phalange fasciste espagnole

5 octobre 1934 Premier jour de l’insurrection ouvrière des Asturies

2) De la victoire du Frente popular au coup d’état fasciste

L’envie de faire avancer ses aspirations et revendications s’est emparée des citoyens espagnols depuis 1931. Le dimanche 16 février 1936, le Frente popular emporte les élections législatives et rafle à lui seul les cinq sixièmes des députés.

16 février 1936 Le Frente Popular gagne les élections législatives en Espagne

La gauche élit à nouveau Manuel Azaña comme chef du gouvernement puis en mai comme président de la république. Celui-ci veut mener une politique de « paix civile » à la tête d’un « gouvernement modéré ». Or, le climat social du pays n’est pas à la « paix civile ».

Les salaires, horaires, conditions de travail des ouvriers sont trop mauvaises pour que ceux-ci attendent sans cesse des progrès par la loi qui n’arrivent jamais comme de 1931 à 1933. Surtout, le patronat a licencié énormément de cadres syndicaux de 1933 à 1935 ; beaucoup de grèves éclatent dès la deuxième moitié de février pour leur réintégration. Le 29 février, un décret gouvernemental impose cette réintégration des salariés licenciés pour « motif politique » mais les patrons s’y opposent évidemment, jouent sur les mots… l’affrontement social prend un tour de plus en plus violent.

Les millions d’ouvriers agricoles et paysans pauvres vivent trop dans la misère pour ne pas entrer en lutte au moment où le Frente popular leur apparaît comme un gouvernement pour le peuple. Entre d’une part les grands propriétaires disposant de milices (plus souvent de l’appui de la garde civile) et d’autre part les milices populaires auxquelles poussent anarchistes et socialistes, la situation s’envenime sans cesse.

Quant à la droite, elle n’est absolument pas prête à jouer le jeu d’une opposition politique légale dans un cadre de « paix civile » ; au Parlement, elle utilise sans cesse la violence verbale et même la violence physique malgré son petit nombre d’élus. La Phalange joue le rôle habituel des forces fascistes : elle constitue le bras armé de la réaction et abat chaque jour de nouveaux militants ouvriers ou petits paysans.

Le contexte social et politique :

pousse donc la droite, le patronat, l’Eglise et l’armée de plus en plus à droite

pousse donc les classes populaires et la gauche de plus en plus à gauche, de plus en plus à l’unité des organisations socialistes pour le socialisme.

L’exemple le plus connu de cette radicalisation concerne le Parti socialiste dont la gauche (Largo Caballero) comprend l’impasse du gouvernement modéré d’Azaña, ne veut pas y participer. La Fédération socialiste de Catalogne et les communistes catalans fusionnent au sein du PSUC (Parti Socialiste Unifié de Catalogne). Les Jeunesses socialistes et les Jeunesses Communistes fusionnent également (secrétaire général : Santiago Carrillo).

3) Le déclenchement du coup d’état le 17 juillet 1936

Les officiers supérieurs de l’armée espagnole se situent en grand nombre dans l’extrême droite monarchiste. Tel est le cas en particulier du général Sanjurjo qui a tenté un coup d’état pour rétablir la royauté dès 1932. Depuis, il s’est réfugié au Portugal d’où il conspire sans cesse pour préparer un coup d’état militaire.

Après la victoire électorale du Frente popular en février 1936, d’autres généraux rejoignent les monarchistes pour en finir avec la République et les Républicains, pour rétablir « leur » Espagne, pure, catholique, conservatrice, au service des riches.

Début juillet 1936, le lieutenant Castillo est abattu (très probablement par des phalangistes). Le 13 juillet, des gardes d’assaut veulent venger cet assassinat et exécutent le principal dirigeant de la droite dure : Calvo Sotelo. Dès lors, la préparation d’un soulèvement militaire devient de notoriété publique ; pourtant le gouvernement attend.

Le 17 juillet 1936, la garnison de Melilla (au Maroc) se soulève contre la république, bientôt rejointe par toutes les autres forces armées espagnoles d’Afrique dont Franco prend le commandement. Au sein de ces troupes, les opposants au coup d’état sont rapidement arrêtés et fusillés.

C’est le signal pour un soulèvement généralisé le lendemain, 18 juillet.

4) L’armée espagnole, force de choc du soulèvement fasciste de juillet 1936

Durant tous les 19ème et 20ème siècles, les armées ont constitué le principal danger antidémocratique, putschiste, fasciste et terroriste. Parmi plus de 200 cas significatifs, citons :

2 décembre 1851 : Coup d’état du futur Napoléon III

17 décembre 1926 Coup d’état fasciste en Lituanie

12 septembre 1919 : l’armée charge Hitler de construire le parti nazi

Le coup d’état au Honduras ce 28 juin 2009 rappelle quelques vérités sur le fascisme, le patronat, les militaires, l’Eglise et les USA

En juillet 1936, le gouvernement légal espagnol issu des élections législatives est républicain, c’est à dire construit autour des partis de gauche face à la droite monarchiste, fasciste, cléricale et « libérale ». La majorité des centres urbains et villes de garnison restent républicaines malgré le coup d’état militaire. Pourtant, la très grande majorité des officiers entre en guerre contre la république ou ne la défend pas.

Au sein du haut commandement, sur 17 généraux, 2 seulement restent fidèles au gouvernement légal.

Parmi les 15000 officiers de l’armée de terre, ceux qui se trouvent dans les régions conservatrices rebelles au pouvoir légal participent presque tous, très activement, à l’armée fasciste. Seulement 20% de ceux qui sont en poste dans une zone républicaine restent fidèles au pouvoir légal.

L’armée d’Afrique (47000 hommes dont 13000 Marocains) constitue la force d’élite ; elle combat, en bloc, du côté fasciste.

Concernant les policiers, notons qu’ils ont apporté au fascisme espagnol ses deux principaux symboles :

la défense de Alcázar de Tolède (847 membres de la Guardia civil aux côtés de 85 phalangistes et militants d’extrême droite, plus 8 cadets de l’École militaire).

la défense de Santa Maria de la Cabeza dans les Asturies (200 membres de la Guardia civil encadrant environ un millier de civils armés dont fascistes).

5) L’Eglise catholique au coeur du soulèvement fasciste de juillet 1936

Dès le coup d’état, les généraux putschistes et activistes fascistes ont présenté leur action comme une défense de la foi chrétienne.

De son côté, l’Eglise développe une propagande politique dans ses journaux et lors des sermons dominicaux pour justifier en droit le soulèvement militaire :

les élections auraient présenté un caractère frauduleux (en comparaison des élections italiennes de 1924 et allemandes de 1933 où l’Eglise n’a rien dit, seuls des faits très mineurs peuvent contribuer à valider cette thèse en Espagne)

6 avril 1924 Comment la droite italienne (fascistes et libéraux) gagne les élections

12 novembre 1933 : Même les prisonniers des camps de concentration plébiscitent Hitler

le putsch militaire fasciste constitue une guerre sainte pour la défense du catholicisme. Emile Témime cite le prêtre propagandiste Pijuan, largement cité à l’époque, pour qui « Le mouvement qui éclate le 18 juillet 1936… c’est le soulèvement d’un peuple pour la défense de sa foi et de son honneur… La guerre que vit l’Espagne – la véritable Espagne – est une guerre sainte, bien mieux, elle est la grande croisade du vingtième siècle. Pour la troisième fois de son histoire, ce pays sauve la civilisation occidentale et avec elle, la religion. »

En France, le sénateur Henry Lémery (bientôt ministre des Colonies du gouvernement Laval sous le régime de Vichy) brode sur le même thème dans La tragédie espagnole « La rébellion éclata. Elle était naturelle. Elle était légitime. Elle était sainte. »

Pour le Père Vilarino, la guerre d’Espagne met aux prises « D’un côté les bons, les amis de l’ordre, les partisans de la paix et de la prospérité de la patrie, c’est à dire tous les Espagnols… (De l’autre), les voleurs, les assassins, les ennemis de la patrie. »

LETTRE COLLECTIVE DES ÉVÊQUES ESPAGNOLS Á CEUX DU MONDE ENTIER Á PROPOS DE LA GUERRE D’ESPAGNE 1er JUILLET 1937

6) Fascistes traditionalistes et cléricaux

Ils jouent évidemment leur propre rôle dans le soulèvement des 17 et 18 juillet 1936.

Leur place politique au sein de la droite espagnole ne date pas de la victoire électorale du Frente Popular mais s’intègre dans le fourmillement de la constellation fasciste en Europe de 1917 à 1944.

Phalange espagnole, un mouvement fasciste

Fascismes de 1918 à 1945 : naissance, caractéristiques, causes, composantes, réalité par pays

L’armée, l’Eglise et la droite présentent leur putsch comme une croisade pour défendre la « vraie » Espagne et la civilisation chrétienne face à des assassins, voleurs et ennemis de la patrie. Les fascistes retrouvent là, pour l’essentiel, leur propre credo.

Toute croisade nécessite des soldats et un récit apte à convaincre des hésitants. La presse nationaliste utilise dès le début le symbole des requetes navarrais, courant monarchiste espagnol créé en 1833 et maintenu sur une orientation proche des Camelots du Roi français. Parmi les nombreuses louanges aux requetes, Emile Témime cite celle-ci « Passez par un village de Navarre ; vous n’y rencontrerez que des femmes ; les hommes sont pratiquement tous en train de combattre et de mourir sur le front. »

7) 18 juillet 1936 : les difficultés du coup d’état

La majorité des garnisons annonce son ralliement au soulèvement militaire. Cependant, plusieurs évènements vont le contrarier.

un seul navire de guerre transporte des soldats d’Afrique en Espagne pour aider la garnison d’Algésiras. La marine de guerre reste loyale au gouvernement républicain après une mutinerie des marins qui ont exécuté un nombre important d’officiers putschistes. Aussi, le passage du détroit de Gibraltar par les forces franquistes va être retardé.

le général Sanjurjo, vrai chef du pronunciamento, meurt dans un accident d’avion en quittant le Portugal pour rejoindre les autres militaires conspirateurs

les chefs politiques de droite liés à la conspiration ne peuvent apporter leur aide : Calvo Sotelo a été exécuté à Madrid et José Antonio va être exécuté à Alicante

Surtout, les généraux ont prévu un plan échelonné d’offensive misant sur l’incapacité du gouvernement républicain. Sur ce point, ils ont eu raison. Par contre, l’offensive rapide des milices populaires contre les garnisons pro-fascistes modifie la situation.

5) 19 et 20 juillet 1936 : la révolution espagnole combat le coup d’état franquiste

6) Du coup d’état à la guerre civile

Les républicains doivent affronter :

des troupes d’Afrique (maures et Légion étrangère) qui vont débarquer en Andalousie

des requetes (paysans soldats catholiques royalistes traditionalistes de Navarre)

de nombreuses unités militaires et vaisseaux de guerre

des milices fascistes

la propagande catholique royaliste relayée dans tout le pays par une grande majorité de prêtres

En trois jours, les putschistes deviennent maîtres de plusieurs territoires : la Galice, la Vieille-Castille, une partie de la Navarre, du Léon et des Asturies. Mais les milices ouvrières ont fait échouer le soulèvement dans les grandes villes ; une moitié de l’armée (en partie grâce à l’action des soldats) est restée loyale au gouvernement.

La solidarité européenne des fascistes va faire pencher la balance en faveur des fascistes espagnols.

Depuis 1931, le Portugal fasciste de Salazar est le centre de toutes les conspirations de la droite espagnole. C’est à Lisbonne que le général Sanjurjo a préparé une insurrection militaire. C’est par le Portugal qu’arrive une grande partie du matériel nécessaire aux troupes franquistes. Plus de 20000 Portugais sont intégrés dans ces unités. C’est grâce à la collaboration portugaise que les troupes de Franco envahissent la province d’ Extremadura conclue par le massacre d’une bonne partie de la population de Badajoz le 14 août 1936.

L’Italie de Mussolini envoie environ 100000 soldats, des milliers de canons, des centaines de blindés, des canons, 763 avions… Les sous-marins italiens s’attaquent aux navires ravitaillant les républicains.

L’Allemagne de Hitler est représentée aux côtés des fascistes espagnols par environ 10000 militaires d’élite dont la célèbre légion aérienne Condor.

En décembre 1936, ces Etats reconnaissent la junte de Burgos. Quel est leur objectif commun au coeur de ce terrible hiver ? Prendre Madrid coûte que coûte.

7) No pasaran !

Les républicains espagnols aidés par les volontaires des brigades internationales vont résister avec un héroïsme formidable. Mais le grand capital international préfère tellement le nazisme allemand au communisme, qu’aucun soutien significatif ne viendra de France, de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis.

Voici quelques liens vers des articles de notre site concernant la résistance des républicains face aux fascistes, concernant cette révolution espagnole dont l’échec permet à Hitler de préparer ses agressions futures contre la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hollande, la Belgique, la France, l’URSS… :

Bibliographie et filmographie militante 9 : Coup d’Etat et fascisme franquiste, révolution espagnole

Le franquisme est un fascisme (réponse au message du 20 juillet 2011)

18 août 1936 : Le grand poète Federico Garcia Lorca est assassiné par de sales merdes franquistes (4 textes dont Antonio Machado et Jean Ferrat)

8 septembre 1936 « Mieux vaut vivre debout que vivre à genoux » (Dolorès Ibarruri)

6 au 8 février 1937 : les assassins franquistes se surpassent lors de la prise de Malaga

Guerre d’Espagne (1936-1939) : 500 Algériens ont combattu au sein des Brigades internationales contre le fascisme

26 avril 1937 : Malgré les franquistes et l’Eglise espagnole, nous n’oublierons pas les crimes de Guernica

Sur la CNT espagnole en 1936-37 (G. Munis)

3 mai 1937 à Barcelone : Les gardes d’assaut staliniens attaquent anarchistes, poumistes et ouvriers républicains. La guerre d’Espagne ne peut plus être gagnée

Helios Gomez 
et Josep Bartoli, affichistes rouges de la République espagnole

14 et 15 novembre 1938 : les 1000 héros républicains espagnols de la bataille de l’Ebre

5 février 1939 L’armée républicaine espagnole passe les Pyrénées pour se réfugier en France

Il y a soixante-onze ans : la retirada des républicains espagnols

La Guerre D’Espagne est un condensé des affrontements idéologiques du XXème siècle

Les enfants volés du fascisme catholique espagnol (4 articles)

Montserrat Martinez et sa campagne pour établir la vérité sur les fosses communes de Franco

L’archevêque de Valence veut un sanctuaire à la gloire du national-catholicisme cher à Franco

L’impunité des crimes franquistes : « No Pasara ! » (3 articles)

28 octobre 2007 : 498 « martyrs » béatifiés en Espagne, République accusée ! Réagissons contre une Eglise restée franquiste !

Pourquoi les Élites espagnoles veulent-elles laisser impunis les crimes du franquisme ? (par Jean Ortiz)

Jacques Serieys

 

Un commentaire sur “Espagne 17 et 18 juillet 1936 L’armée, les riches, la droite, l’Eglise et les fascistes lancent un coup d’état contre la république

  1. insolent45
    5 juillet 2017

    Guerre Civile Espagnole
    Elle commença le 18 Juillet 1936, une grande partie de l’armée se soulevait pour renverser le régime de la deuxième république, née en 1931.
    Ce coup d’état, fut un échec dans les principales villes du pays.
    De certaines régions du pays, les généraux félons entamèrent la guerre civile, avec l’aide des forces fascistes des états allemand et italien, qui dans un premier temps, les aidèrent par un pont aérien pour le passage des troupes, essentiellement marocaines du Maroc, en Andalousie.
    La guerre d’Espagne est souvent considérée comme la préfiguration de la deuxième guerre mondiale ; les fascismes Allemand et italien ; l’URSS et les démocraties bourgeoises occidentales.
    La guerre civile espagnole n’a pas commencé le 18 juillet 1936, comme elle ne s’est pas terminée en 1939 ; Franco a combattu pendant près d’une décennie des guérillas réfugiées dans les montagnes.
    Il a réprimé cruellement, 25% des instituteurs fusillés après la guerre, les places de toros servant de prison à ciel ouvert pour des milliers de syndicalistes, fausses communes restées fermées pendant 50 ans.
    Il a aussi organisé une migration interne, de régions de langue castillane vers les régions indépendantistes, comme le pays basque et catalane.
    Puis organiser une forte immigration en dehors de l’Espagne ; c’est près d’un million d’espagnols qui par an quittaient l’Espagne, pour la reconstruction de l’Europe après la guerre.
    Chape de plomb et répression qui dura jusqu’à la mort de Franco en 1975 ; mais ensuite aussi chape de plomb lors de la « transition démocratique », la production historique n’était pas destinée à alimenter la mémoire mais à permettre l’oubli, il ne s’agissait que d’une « folie collective » dans laquelle est tombée un peuple au sang chaud, un drame propre à un pays pauvre et retardataire.
    La république espagnole n’est arrivée que tardivement, bien en retard par rapport aux autres républiques, une bourgeoisie qui n’a pas su rompre avec une monarchie incapable.
    De 1876 à 1923, l’Espagne vécut sous le régime dit de la restauration monarchique, après un bref épisode républicain et une guerre civile. La constitution de 1876 instituait deux chambres « les cortes et le sénat » ; vote censitaire jusqu’en 1890, après c’est un vote masculin.
    Ce système pour protéger les propriétaires, n’acceptait que deux formations politiques les libéraux et conservateurs, qui par une alternance concertée se partageaient le pouvoir, appelé le « turno ».
    Cela reposait sur un clientélisme locale appelée caciquisme, et le ministère de l’intérieur qui organisaient les listes électorales, les députés étaient appelés les « cuneros », qui vient du nom cuna (le berceau) portés par la cigogne ministérielle. Le vote universel masculin de 1890 changea un peu les rapports entre les caciques, les paysans pouvaient monnayer leur vote pour des faveurs.
    Ce système politique local oppressant et sans perspective ; n’offrait que la possibilité de partir vers la ville et l’usine pour certain, où la révolte et l’affiliation massive aux organisations anarchistes dans des zones paysannes comme l’Andalousie.
    C’est à ce moment qu’apparaît une société secrète la Mano Negra, groupe anarchiste qui vengeait les journaliers agricoles, contre les petits chefs et propriétaires ; on discute encore de la réalité de cette structure, chaque agression c’était la Mano.
    Le système du tourno devint fragile ; incapable de répondre politiquement aux transformations industrielles des grandes villes de l’Espagne. Les années 1910 sont essor industriel, et l’apparition des partis régionalistes et républicains et des premières grèves générales.
    Le pouvoir n’avait comme réponse que la brutalité ; envoyant l’armée réprimer. Une armée impopulaire, humiliée par la défaite lors de la guerre coloniale en 1898 (voir le film Quemada), et par l’abandon des restes de l’empire, au profit des USA, par cette guerre perdue à Cuba, Porto Rico et des Philippines.
    En juillet 1909, Barcelone connut « une semaine tragique » à la suite de manifestations populaires contre l’embarquement de réservistes pour le Maroc ; où l’Espagne affrontait une révolte anticoloniale ; la répression disproportionnée entraina une grève générale.
    Le 26 juillet nouvelle répression, le 27 l’armée doit se retirer face à la mobilisation populaire, barricades d’ouvriers, incendie des églises et couvents. Le 31 écrasement de l’action, des centaines de morts et prisonniers.
    Le parti radical républicain en 1910 obtient un succès électoral, qui fut effacé par un scandale de corruption ; ce parti déclina et laissa la place aux partis nationalistes. 1910 fut aussi la création de la CNT.
    A l’échelle du pays entier, 1910 fut une année de progrès importants d’une coalition républicaine et socialiste. Dans les campagnes la combinaison des caciquisme et de l’action de l’église permettait un contrôle efficace, renforcé par la répression des de la garde civile.
    Le patronat catholique effrayé par les premières grèves générales, constitua les Comités de Défense Sociale, chargés de lutter contre tous les ennemis intérieurs et extérieurs de la Sainte Eglise.
    La CNT se retrouve en semi-clandestinité. Il faut attendre 1915 pour qu’elle se réorganise et avec UGT organisent de nouvelles grèves générales. Luttes acharnées et sanglantes. Syndicats et patronats faisant appellent à des pistoléros, la CNT met en place ses pistoléros.
    On rentre dans une guerre sociale, entre 1919 à 1923. On assista au développement spectaculaire d’une institution complémentaire de la garde civile; pour assurer l’ordre social le Somaten ; 65000 hommes, commandés par le patronat.
    Dans l’armée se crée par des officiers réactionnaires « les juntas de defensa » ; les monarchistes « carlistes » s’organisent en milice contre l’anticléricalisme « los requetes » ; c’est centralisée et entrainée par l’armée. Ils patrouillent dans les rues, contrôles, fouillent perquisitionnent, arrêtent les syndicalistes listés.
    Malgré cela les grèves continuent, en Catalogne la CNT remporte un succès lors de la grève d’une entreprise étrangère la « canadiense » compagnie d’électricité, le patron négocie avec la CNT qui devient un interlocuteur fiable.
    La réaction du patronat ne se fait pas attendre, avec ses milices il expulse 15000 syndicalistes des villes industrielles. Il mène contre les grèves le lock out systématique des usines.
    De son coté la CNT organise les syndicats uniques, elle tente d’imposer au patronat l’embauche de salariés. Contre le lock out elle crée les groupes d’actions « los solidarios » qui font parler la poudre assassinat de jaunes, patrons et responsables politiques. C’est comme cela que Durruti fait ses armes.
    Cette violence marque surtout un recul des anarcho-syndicaliste organisé, ce qui permit à des communistes comme Andres Nin et Joaquim Maurin d’arriver à la tête de la CNT pour un temps.
    En parallèle le pouvoir s’appuyant sur un syndicat d’ouvriers catholiques proche des requetes crée un syndicat libre, qui s’implante, répondant à la lassitude de certains ouvriers aux tueries et violences de la CNT.
    Le pouvoir met en place la loi « de fugas », qui permettait d’assassiner, invoquant des tentatives de fuite des syndicalistes lors d’hypothétiques arrestations.
    1923 marque la fin politique de la monarchie, qui sans perspective d’ouverture politique, menant une guerre sociale sale, s’ajoute le désastre de la guerre du Maroc, lors d’une bataille 8000 soldats sont tués, la guerre est stoppée.
    Sur place l’armée se divise des officiers s’organisent formant un corps d’armée à part. Astray organise une sorte de légion « el Tercio d’extranjeros » appuyé par des volontaires los rejulares.
    Cela permis l’avancement de jeunes officiers, dont Franco. Astray c’est lui qui mit un code d’honneur caractérisé par le mépris de la mort, il appelait ses officiers « les amants de la mort », et faisait crier « vive la mort » aux soldats. Ceux sont les futurs massacreurs de la guerre civile.
    1923 marque une crise politique, comme politique a horreur du vide, un capitaine général se présente et prend le pouvoir, Miguel Primo de Rivera. Il veut imposer un pouvoir centralisateur fort, sur le modèle du fascisme italien.
    La dictature interdit la CNT, les Cntistes survivants adhérent aux syndicats libres ce qui permet de maintenir une structure minimale clandestine.
    L’UGT devient un allier du pouvoir et participe au conseil d’état et à l’assemblée nationale coopérative, structure paritaire pour remplacer les syndicats dans les discutions avec le patronat.
    La dictature affaiblie les partis ouvriers en 1928, le PSOE comptait 300 membres. Le PCE né en 1921 encore plus faible à cause des purges et scissions organisées par le Komirterm, passant son temps à l’action directe contre le PSOE et l’UGT.
    La dictature née en réprimant, vécue en réprimant ; elle accumula des ennemis politiques, à force de contrôler tous les espaces de communications sociale et finalement à traiter en ennemi tout créateur d’opinion se coupa des élites qui cherchèrent du côté d’une république un cadre de relation fonctionnelle.
    Janvier 1930, le roi Alphonse XIII remercie Primo de Rivera dont l’impopulaire risquait d’entrainer la fin de la monarchie, on retourne vers une légalité constitutionnelle.
    Août 1930 se tient à Saint-Sebastien une réunion complôtiste comprenant des partis républicains, certains monarchistes, nationalistes catalans et socialistes. Création d’un comité révolutionnaire pour accélérer la chute du régime.
    L’opinion publique exige des élections municipales générales, les républicains les remportent ; enthousiasme générale dans les villes et campagnes. Deux jours après le 14 Août 1931, la république est proclamée.
    En Catalogne, existe un sous système se constitue reliant les municipalité à la région. La CNT clandestine y avait une place importante, situation ambivalente aura une explication importante dans la domestication des révolutionnaires par les institutions républicaines.
    En Mars 1931 suite la victoire aux élections locales, pousse les nationalistes à la république catalane ; le gouvernement central espagnol propose la remise en place d’une vieille institution la « généralité ». On arrivera en 1932 à un statut d’autonomie avec transfert d’importantes compétences.
    C’est aussi l’apparition de nouveaux partis dont le BOC (bloque ouvriers et paysans) de Maurin ; ou l’opposition de gauche de Nin appelée gauche communiste.
    La CNT sort de la clandestinité, pendant la dictature son entrisme dans les syndicats libres lui a permis de se maintenir. Apparaît un débat sur l’indépendance envers les partis politiques ; la FAI créée en 1927 ne souffrait pas d’exception.
    La CNT dans une vision d’exiger de la république de nouveaux droits pour les ouvriers, à la sortie de la dictature était portée pour l’espérance républicaine ; pour la laïcisation, reconnaissance des libertés syndicales et politiques, etc.
    La FAI dénonce une trahison. Elle se lance dans des grèves violentes, en 1932 elle organise des grèves insurrectionnelles ; la FAI exclu de la CNT tous les syndicats et militants dits modérés les « trentistes », ceux dirigés par le BLOC. La FAI prend la tête d’une CNT affaiblie.
    En plus de la question sociale, la république doit régler la question catholique (depuis 1492 les juifs sont expulsés ou convertis, les musulmans sont tous expulsés un siècle plus tard).
    Sur la base de rumeur de complot monarchiste débouche sur des incendies d’églises et couvents. On décide de prendre des mesures de laïcisation de l’instruction publique, laïcisation des cimetières, etc. Les tensions et violences entre laïques et catholiques, ces derniers très organisés autour des requetes.
    Août 1932 le général de la garde civile tente un coup d’état qui échoue. Face aux affrontements entre journaliers et grands propriétaires la république annonce des réformes. Elles s’appliquent lentement, la syndicalisation se fait massive à la CNT et UGT ; les grèves sont nombreuses et violentes.
    La bourgeoisie républicaine ne cesse de reculer, elle réprime les luttes sociales, amnistie les putschistes, l’alliance républicaine-socialiste est détruite, dans le PSOE un débat à lieu par la gauche du parti sur la nature des alliances pour faire le changement social.
    Dans l’industrie et les campagnes c’est 14 millions de journées de grève en 1933, contre à peine 4 l’année précédente.
    Face à cette contamination des campagnes par la lutte des classes, l’église et des grands propriétaires, s’organisent autour de la Confédération nationale catholique agraire. La droite met en place une organisation politique unitaire pour les élections, la Confédération espagnole des droites autonomes CEDA, anti laïque et socialiste.
    Novembre 1933, la CEDA gagne les élections, mais n’accède pas au gouvernement.
    Pour l’instant la droite joue le cadre parlementaire, qui peut lui offrir un accès au pouvoir.
    Le CEDA dirigé par Gil Robles grand admirateur du chancelier autrichien Dolfus, qui en février 1934 écrasait dans le sang les socialistes, au même moment les ligues en France ou la proclamation du 3 reich.
    Face à cela en 1934, à gauche un profond mouvement défensif, d’aspiration à l’unité de la classe ouvrière se met en place. La nécessité d’un front unique ouvrier contre les fascistes. Vaste débat dans le PSOE, le BLOC est aussi convaincu de ce front unique.
    Parti de Catalogne, nait « l’alliance ouvrière » ce front unique ouvrier se constitue du BLOC, des CNT exclus, de la gauche communiste, et le regroupement des forces révolutionnaires éparpillées.
    Cette alliance commence à avoir de l’écho et répond à une volonté chez les masses. Même la CNT se voit touchée par cette volonté d’unité politique, ses militants en ont assez de l’apolitisme anarchiste traditionnel et contre les délirantes actions putschistes de la FAI et ses insurrections périodiques.
    « L’alliance ouvrière » s’étend à tout le pays ; Un véritable front unique se constitue.
    Dans le PSOE, Caballero tire le bilan de la coalition gouvernementale avec les républicains, et emploie une phraséologie de classe, voire révolutionnaire et après la victoire de la droite le PS et les JSE, qu’anime Santiago Carillo, font savoir qu’ils s’opposeront à l’arriver au pouvoir de ministres du CEDA y compris par l’insurrection.
    A gauche on a du mal à comprendre le discourt du PSOE, on pense à une vaste manœuvre. Pourtant la gauche du PS prend le pouvoir dans le parti, et les masses se tournent vers lui.
    Le BLOC et gauche communiste l’opposition de gauche se lance dans la création d’une structure unitaire créent le POUM, en septembre 1934.
    Octobre 1934 nomination de trois ministres du CEDA. Le PS déclenche la grève générale, à Barcelone, la CNT appelle à briser la grève, la direction de l’alliance ouvrière recule, c’est un échec, sauf dans les Asturies où un ordre révolutionnaire se met en place.
    Le gouvernement de la république décide de reprendre le pouvoir par l’armée et son corps de la légion dirigée par Franco.
    Deux semaines de combat, 3000 morts, dans le reste de l’Espagne, fermeture des syndicats, arrestation de 30000 syndicalistes. La libération des militants sera un des axes de la coalition du front populaire pour les élections de 1936.
    D’avril 1931 à juillet 1936, les garanties constitutionnelles sont régulièrement suspendues, c’est une république autoritaire qui dirige le pays ; elle met en place des structures pour consolider son pouvoir, mise en place d’une « garde d’assaut », volonté était de voir se créer une police civile, qui se transformera en un nouvel corps militarisé.
    La CNT est la principale cible, le PSOE subit la répression, le parti se gauchit. Le PCE aussi s’interroge sur les aspirations à l’unité des ouvriers, il se rapproche du PSOE ; tout en appliquant les décisions du 7 congrès de l’internationale « le front populaire ».
    La fusion avec le PCE se discute, elle se passe en Catalogne avec la création du PCUS, la fusion des organisations de jeunes JCE et JSE, les staliniens, par une politique clandestine, en prennent la direction, Santiago Carillo reste président, il adhère au PCE.
    Le POUM dénonce la politique du front populaire, appel au front unique ouvrier.
    Février 1936 élections anticipées. Un accord électoral est signé avec les républicains de gauche, PSOE, PCE, POUM, soutenu par la CNT qui n’appelle pas à l’abstention, sur la base programmatique modérée, uni sur l’antifascisme. Ce constitue le « front populaire ».
    A droite la phalange dirigée par le fils de Primo de Rivera, José Antonio aspire à fédérer les fascistes, ils appellent à en découdre les armes à la main. Ils attendent le résultat des élections. A gauche aussi, la libération des 30 000 lui fait gagner de peux les élections.
    La population descend dans la rue, exige la libération des 30 000, mutineries dans les prisons, les gardes d’assauts interviennent il y a des morts.
    Franco propose au président un coup d’état préventif, il refuse et démissionne. Le nouveau président et son gouvernement libèrent les prisonniers. Les grèves éclatent, les paysans envahissent les terres ; la phalange intervient à coup de pistolets, José Antonio est arrêté. La phalange rejoint ceux qui préparent un soulèvement armé.
    17, 18 juillet les militaires se soulèvent. C’est un échec, la mobilisation des ouvriers structurés par les syndicats, surtout de la CNT, est générale, ils bloquent les militaires dans leurs casernes, les désarment.
    Le pouvoir est très affaibli, on peut parler d’un vide politique, de fait c’est la rue qui gouverne. La force de la mobilisation collective s’apparente au début d’une révolution.
    Les ouvriers s’organisent en milices antifascistes, avec des objectifs militaires organisations de colonnes militaires pour aller soutenir et repousser les félons qui ont pris des villes comme Saragosse, Séville, ou les phalanges massacres les militants.
    Mais aussi économique et social, collectivisation dans les campagnes et dans l’industrie. L’orientation est très clairement révolutionnaire et plus que républicaine.
    L’objectif de la république dirigée par le front populaire ce n’est pas de s’opposer à la révolution mais à sa domestication, l’effondrement institutionnel ne fut pas complet ; il lui reste des forces militaires, des forces de police, est l’appui du PCE.
    De l’été à l’automne 1936, c’est la mise en mouvement de tous les exclus de la politique et ceux qui subissent la guerre sociale. Marqué aussi par un anticléricalisme virulent.
    Les armes ont changé de mains, la police, l’armée n’existe plus. La CNT comptait des milliers de militants armés dans les rues. Le 21 juillet la CNT et l’UGT créaient le comité central des milices antifascistes. C’est une centralisation politique des comités de grèves et s’est l’organisation de la société dans véritable ordre révolutionnaire.
    Les républicains s’effacent devant cette nouvelle autorité, mais utilisent face aux dirigeants de la FAI un argument pour maintenir les autres institutions de pouvoir comme la « Generalité », « qui pouvait encore servir, servir de façade respectable » vis à vis du reste de l’Espagne et de la France et l’Angleterre.
    Il y a un débat chez les anarchistes sur le dilemme de la situation. Les vieux Solidarios pensaient qu’il fallait aller à la prise du pouvoir. Les doctrinaires de la FAI y voyaient une substitution dictatoriale anarchiste. Ils justifiaient que l’état avait disparu, donc on n’a pas besoin de prendre.
    Le CCMA apparu comme une solution au débat anarchiste ; il s’ouvrit à toutes les forces de gauche, la CNT restait largement hégémonique.
    Dans l’ensemble de la Catalogne les comités remplacent des maires, prennent le contrôle des usines, la collectivisation se généralise.
    La problématique de la centralité des actions va vite mis en avant. La CNT en général est pour la déconcentration et marque son hostilité à l’instance ; elle ne pouvait pas opposer un appareil centralisé et efficace à l’état en reconstruction et aux partis le soutenant, mené surtout par le PCE.
    Pour garantir l’aide de Moscou ; le front populaire appelait à la nécessaire unité de tous les antifascistes et face aux félons il faut une autorité centrale pour organiser la guerre. On appelle à un gouvernement classique en faisant une place à la CNT.
    La CNT aurait pu s’appuyer sur d’autres forces pour, le POUM, une grosse partie de l’UGT, voir du PSOE même du PSUC, pour maintenir les structures révolutionnaires.
    De ce débat la CNT il ne lui fallut pas longtemps pour décider dans un premier temps dissoudre le Comité Central des Milices Antifascistes, le 17 août 1936, sans le rendre public (cela se fera le 10 septembre).
    On crée un « conseil de défense » qui pour les républicains est le réel gouvernement, et, rentrer dans le gouvernement de la Catalogne en septembre avec trois ministres, et de la république en Novembre avec aussi trois ministres, le POUM suit, le PCE n’y est pas en tant que tel.
    Le changement de ligne politique fut rapide même si les discours le masquèrent un temps ; les anarchistes qui refusaient l’idée même d’un état ouvrier, rentrent au gouvernement de l’état bourgeois républicain.
    Décision facilitée par le mode d’organisation de la CNT-FAI. Dirigées par des groupes homogènes de militants réunis par l’amitié dans l’action, la confiance et le prestige personnel.
    En Octobre les colonnes sont transformées en une nouvelle armée. Les nouvelles sur le front sont mauvaises. Des milliers de militants sont envoyés au front. Pour être payés et armés il faut qu’ils acceptent le commandement, les grades.
    Le retour progressif à l’ordre social durera jusqu’au début de 1937.
    En parallèle le PCE même campagne pour exclure le Poum du gouvernement. Le 12 février 1937, dissolution de tous les corps de patrouille, et interdiction de la syndicalisation et être membres de partis politique des corps de répression.
    Cela commence à rechigner dans la CNT, sur le front les militants sont contre la transformation en corps d’armée des colonnes. Le PCE et républicains dénoncent les anarchistes et les tiennent pour responsable des défaites sur le front. La direction de la CNT ne défend pas ses militants arrêtés, sur le front sud pour trahison.
    A l’arrière le PSUC et l’UGT organisent et y dénoncent les pénuries alimentaires, et la CNT comme responsable. Le mot d’ordre du PCE est « plus de pain, moins de comités ».
    2 mars 1937 congrès de la CNT, grosses divisions. Apparition des Amis de Durruti ils se placent en alternative à la CNT-FAI, ils commencent à élargir leur influence auprès de large masse anarchiste.
    3 au 7 mars 1937 se tient à Barcelone à une guerre civile dans la guerre civile. Des affrontements entre mes militants CNT et POUM contre les gardes d’assauts et le PSUC. 400 morts et 1000 blessés. La chasse aux militants est lancée, des milliers de militants se cachent au front, beaucoup arrêtés mais aussi assassinés.
    Le fait le plus connu c’est l’attaque par 5000 gardes d’assauts de la « Telefonica ». Ils sont bloqués par les militants de la CNT ; il faut savoir que la direction de la CNT était au courant de la perspective de l’attaque.
    La CNT appelle à l’arrêt des combats. Face à cela les amis de Durruti appellent à l’insurrection, ils demandent aux dirigeants du Poum d’y appeler, le POUM déclare qu’elle ne le fera pas sans que le CNT n’y appelle pas.
    Pourtant les militants du POUM sont sur les barricades. La CNT et l’UGT demande au gouvernement un arrêt des combats et qu’il n’y ait pas de poursuites. Le gouvernement retire les gardes d’assauts, mais ouvre une enquête sur les événements.
    Chute du gouvernement le 17 mai 1937. Nouveau gouvernement sans la CNT. Le PCE demande l’interdiction du POUM. Le 27 mai un décret est prononcé pour faire le lumière sur les violences du 3 au 7 mai ; on perquisitionne les locaux du POUM, confiscation des locaux, suspension de la parution des journaux. Fermeture de toutes les radios des organisations politiques.
    En parallèle on assiste au retour à l’ordre républicain. Mise en place de juges spéciaux pour instruire les affaires liées aux événements de Mai. Si on critique le pouvoir, on risque l’arrestation, on peut se retrouver dans les mains du service d’information militaire ; qui est aux mains du PCE.
    Des brigades clandestines arrêtent des militants et massacrent des militants des jeunesses libertaires. Dans tout le pays la police ratisse toutes les municipalités, locaux syndicaux pour récupérer des armes avec arrestations, fermetures, le PSUC et JSU guident la police vers les caches des militants de gauche.
    La direction du POUM est arrêtée illégalement, transférée à Valence puis à Madrid, où NIN disparaît, il est torturé et assassiné, le ministre de la justice voyant la disparition de Nin transfère le reste de la direction du Poum à Valence sous escorte.
    Mais les arrestations touchent tous les partis, de la mie Mai 1937 jusqu’à janvier 1939, les arrestations seront continues. En ville comme à la campagne les procès vont bon train ; peines de prison prononcées, voir des condamnations à mort. En prison on s’organise, ils s’appellent les prisonniers antifascistes.
    Les militants de la CNT demandent un changement de ligne, car les provocations des gardes d’assauts contre les syndicats où le saccage des locaux des jeunesses libertaires. Le gouvernement envoie des troupes en Aragon pour dissuader les collectivisations des terres plusieurs exécutions, arrestations par centaines.
    A Barcelone la police se présente avec des tanks pour occuper le siège central des comités de défense de la CNT. Les militants CNT tirent, la direction appelle à la reddition, promet qu’il n’y aura pas d’arrestations, des dizaines sont emprisonnés.
    La CNT perd du terrain, l’UGT la dépasse et avec le PSUC ils organisent des révoltes de la faim, ils attaquent les locaux de la CNT.
    La situation au niveau militaire se dégrade, les fascistes prennent le contrôle de toute la façade atlantique. Les réfugiés abondent dans les grandes villes.
    1938 est l’année du PCE qui a les principaux leviers répressifs entre ses mains, ainsi que l’armée. Le premier ministre Negrin est sa marionnette.
    2 Avril 1938 la CNT rentre à nouveau au gouvernement.
    Le premier acte politique important du nouveau gouvernement Negrín fut la publication des Treize points (30 avril 1938) qui établirent et concrétisèrent les objectifs de la guerre civile et sur lesquels il prétendait établir un accord de principe avec les « nationaux ».

    1 Assurer l’indépendance absolue et la totale intégrité de l’Espagne
    2 Départ des troupes étrangères
    3 République démocratique avec un gouvernement jouissant de toute l’autorité
    4 Référendum pour déterminer la structure juridique et sociale de la République espagnole
    5 Libertés régionales sans nuire à l’unité espagnole.
    6 Liberté de conscience et de culte garantie par l’état
    7 Garantie de la propriété légitime et protection des moyens de production
    8 Démocratie paysanne et abrogation de la propriété semi-féodale
    9 Législation sociale qui garantit les droits du travailleur
    10 Amélioration culturelle, physique et morale de la race
    11 Armée au service de la nation, sans l’influence des partis
    12 La guerre n’est plus considérée comme instrument de la politique nationale
    13 Amnistie large pour les Espagnols qui veulent reconstruire et fortifier l’Espagne »

    L’offre fut rejetée par Franco qui exigeait une reddition inconditionnelle. La république lance une nouvelle et grande offensive qui fut un désastre pour les républicains.
    Les opérations militaires menées par la suite ne sont qu’une suite lamentable de défaites. Avaient été perdues les batailles de Brunete, de Belchite, tout le nord, Teruel, Alcañiz, Lérida, Tortosa et Vinaròs. L’Espagne républicaine était alors coupée en deux.
    Transfert du gouvernement à Barcelone en avril 1938. Il lança une politique de renforcement de l’armée et du pouvoir gouvernemental, plaça l’industrie sous le contrôle de l’État et essaya d’organiser la retraite.
    À la suite de la bataille de l’Èbre, la situation se fait de plus en plus difficile pour les républicains. Le gouvernement de Juan Negrín estime alors comme prioritaire le rétablissement de bons rapports avec la France et le Royaume-Uni afin d’obtenir des crédits supplémentaires, la levée de l’embargo sur les armes et le renvoi des volontaires italiens du camp national.
    Pour cela, le gouvernement républicain se soumet à la décision de la Société des Nations et dissout les Brigades internationales le 21 septembre 1938.
    Il avait en fait l’intention de lier le conflit espagnol à la Deuxième Guerre mondiale qu’il croyait imminente. Les accords de Munich firent s’évanouir tout espoir d’aide extérieure.
    Le 23 septembre, les brigadistes livrent leur dernier jour de combat. Ils sont ensuite progressivement regroupés : le 27 octobre 1938, les volontaires des armées du Centre et du Levant sont rassemblés à Valence, tandis que ceux qui sont engagés en Catalogne sont réunis à Barcelone.
    La plupart des brigadistes sont rapatriés dans leur propre pays. Cependant, une partie des brigadistes est originaire de l’Allemagne nazie, de l’Italie fasciste ou de pays qui, comme la Hongrie, ont des gouvernements autoritaires de droite. Ils ne peuvent donc pas retourner en toute sécurité chez eux.
    Plusieurs décident de rester en Espagne : ils obtiennent la citoyenneté espagnole et sont intégrés dans les unités espagnoles de l’Armée populaire. Quant aux volontaires belges, ils perdent leur citoyenneté pour avoir servi dans une armée étrangère, les suisses perdent leur droit civique, certains subissent des peines de prison.
    Alors que tout va mal, Octobre 1938 s’ouvre le procès du POUM, les policiers essaient de faire le lien entre la direction du POUM et la 5ème colonne, c’est le PCE qui est derrière car lui il veut faire son procès de Moscou espagnole.
    La solidarité s’organise, de toute l’Europe arrive des témoignages de solidarité, les gouvernements français et anglais face à ce mouvement de solidarité interviennent.
    Le gouvernement républicain espagnole est vigilant sur la tenue du procès, même s’il laisse les juges construire des accusations invraisemblables entre les journées de mai et des agents de la gestapo. Le PCE proposait des témoignages pour expliquer que le POUM trahissait, espionnait, touchait de l’argent de l’Italie.
    Sur l’accusation de désertion de la 29 division du front d’Aragon, pour se rendre à Lérida. En réalité un petit détachement était parti constater que les problèmes dans cette ville étaient réglés puis était reparti au front ; les autorités municipales confirmèrent cela.
    L’accusation finale fut grosso modo, le soutien aux journées de Mai et le refus de s’intégrer à l’union républicaine. La volonté du PCE de faire un procès de Moscou fut un échec, mais les peines de prison sont lourdes, la direction du POUM, se sauve de prison juste avant l’arrivée des nationalistes en Catalogne, ils passent en France.
    Avant la chute de la Catalogne, lors de la réunion des Cortes à Figueres, le gouvernement proposa la reddition avec pour seule condition la vie sauve pour les vaincus. Il ne parvint pas à trouver un accord. Il transfert le gouvernement à l’ambassade de Toulouse et organise l’évacuation de la Catalogne, qui tombe sans combat en février. Le gouvernement revient en l’Espagne en février 1939 avec le but d’organiser l’évacuation.
    Une rébellion du Conseil national de Défense rejointe par des personnalités de premier plan du camp républicain comme le général José Miaja, le colonel Segismundo Casado ou Julián Besteiro ; prennent le pouvoir et forment un gouvernement avec 1 ministre de la CNT.
    Le PCE est exclu, il mobilise ses officiers qui prennent les armes contre la junte, mais les troupes ne bougent pas. Le PCE négocie sont entrée dans la junte, il gagne du temps pour organiser le départ de ses dirigeants pour l’URSS. Ses locaux sont confisqués, ces cadres arrêtés, puis ils sont libérés et extradés vers Moscou.
    Le chef de la junte Casado essaie de négocier la paix avec Franco qui ne cède rien. 26 et 27 mars évacuation de Madrid. Pris au piège dans les ports les bateaux promis par Negrin et l’Angleterre n’arriveront jamais.
    1 Avril fin de la guerre.
    Début des massacres, en Espagne ; mais aussi à Moscou où les brigadistes sont purgés.
    C’est aussi la préparation de la signature du pacte germano soviétique.

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