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Irak-Syrie: «40’000, le nombre de civils qui ont péri à Mossoul». La coalition accusée de crimes de guerre !

Par Baudoin Loos

Le «califat» proclamé à Mossoul par Abou Baqr al-Baghdadi le 29 juin 2014 a vécu. Tout de noir vêtu, l’«émir» de «l’Etat islamique» (EI, ou Daech) avait à l’époque fait dans la grande mosquée Al-Nouri, aujourd’hui réduite à l’état de gravats, sa seule apparition médiatisée. On ignore si le chef de Daech a survécu à l’offensive contre Mossoul entamée par les forces irakiennes en octobre 2016 et terminée il y a quelques jours à peine, mais il apparaît que, «Etat» ou «califat», le territoire contrôlé par l’EI s’est étiolé à mesure que les combats – féroces – pour vaincre son organisation se prolongeaient.

En Syrie, aussi, Daech recule de manière claire, même s’il s’accroche encore à Raqqa et à Deir ez-Zor. La défaite militaire paraît de toute façon toujours plus inéluctable pour les djihadistes, mais ceux-ci disparaîtront-ils de la scène?

Il semble opportun de distinguer les champs d’opération irakien et syrien. En Irak, en effet, les succès militaires de Daech des années 2013-14 reposaient sur l’héritage d’un passé récent, à savoir l’évolution de l’Irak post-invasion américaine de 2003, post-dictature de Saddam Hussein donc. L’Irak qui s’est ensuite façonné sous l’égide américaine a assez rapidement pris la coloration sectaire chiite, la population musulmane fidèle à cette branche de l’islam étant majoritaire dans le pays mais écartée du pouvoir durant tout le XXe siècle. Pendant que les chiites irakiens, avec souvent l’appui de leurs coreligionnaires iraniens, savouraient leur revanche, les sunnites arabes expérimentaient la marginalisation politique, mais aussi les humiliations de la police et de l’armée désormais dominées par les chiites. Au point que l’arrivée des hordes de l’EI, sous la bannière d’un sunnisme pur et dur, fut souvent vécue comme un soulagement par une partie de la population à l’ouest de Bagdad.

Carte Mossoul

Reposant sur un leadership bien irakien [avec initialement des cadres militaires issus de l’armée de Saddam Hussein, «dissoute»], Daech put ainsi prendre racine. Mais ses cruelles méthodes de gouvernance, l’imposition d’un style de vie – dont les châtiments corporels – d’une rigueur sans précédent dans le pays sapèrent tout ou partie de son soutien populaire initial. La population, de toute façon, allait subir les événements de plein fouet. La reconquête des vastes territoires perdus par la république irakienne, appuyée par l’aviation de la coalition aérienne mise sur pied par les Américains, s’accompagna en effet de souffrances multiples pour les civils, qui culminèrent à Mossoul, où le bilan reste loin d’être établi. L’ex-ministre irakien des Affaires étrangères, le Kurde Hoshyar Zebari, a affirmé au quotidien britannique The Independent que les services kurdes estiment à 40’000 le nombre de civils qui ont péri à Mossoul durant la reconquête de la ville…

Sans parler des vengeances personnelles ou collectives qu’appellent dans cette région maudite de précédents massacres, comme les 1700 cadets chiites exécutés massivement par Daech en 2014. Des échos d’exécutions sommaires dont se rendent coupables des milices irakiennes chiites et même des unités de l’armée commencent à se faire perceptibles dans la région de Mossoul.

En Syrie, la donne diffère quelque peu, puisque les dirigeants djihadistes sont souvent irakiens ou étrangers. Mais cela ne rapproche pas pour autant la population sunnite souvent tribale de l’est du pays, où l’EI a dominé, du pouvoir du régime de fer d’Assad ni ne la convainc que les forces kurdes qui s’apprêtent à conquérir Raqqa, l’antre local de Daech, incarnent une solution qui leur serait bénéfique.

Plus globalement, comme l’a déclaré au journal Les Inrockuptibles Pierre-Jean Luizard, l’un des grands spécialistes français, «le meilleur atout de l’Etat islamique, c’est la pérennité d’institutions étatiques en Irak et en Syrie jugées illégitimes par une partie très importante de la population (…), [qui continuera] à penser que Daech est un moindre mal face à des Etats brigands et à des régimes prédateurs».

Mais, bientôt inexorablement privé de son assise territoriale, comment «l’Etat islamique» pourrait-il refaire surface? Le même Luizard pense que «si Daech perd ses territoires, il va se disséminer à l’international, avec, hélas, une recrudescence des attentats dans nos pays occidentaux. En nous attaquant, Daech veut tout simplement nous faire payer notre engagement dans la coalition dirigée par les Etats-Unis et prendre sa revanche sur les pertes subies au Moyen-Orient».

piege de daesh

Le retour au pays des djihadistes européens défaits constitue en effet déjà, on le sait, un défi majeur pour les polices du «Vieux Continent».

Il paraît en tout cas évident que Daech devra retourner à sa condition d’organisation clandestine. De là à fusionner avec Al-Qaïda, sa matrice d’origine? Pas sûr. L’animosité qui règne entre les deux mouvements djihadistes semble paralyser toute velléité de rapprochement. Au contraire peut-on imaginer que l’EI veillera à conserver l’avantage acquis sur son aînée, en perte de vitesse depuis des années. L’expert syrien Hassan Hassan l’explique dans The Guardian: «L’EI a perdu le califat, mais il a gagné une assise d’organisation transnationale qu’il n’avait pas il y a trois ans. (…) Le monde a désormais la possibilité de se pencher plus profondément sur les raisons de l’existence de ces groupes pour les déraciner. (Le Soir, 26 juillet 2017)

______

[1] Le 9 juin 2017, dans Les Inrockuptibles, Pierre-Jean Luizard, auteur de l’ouvrage Le piège de Daech (2015, réd. 2017, La Découverte) « En Syrie, il y a maintenant une grande lutte d’influence entre les Kurdes armés par les Américains, et une alliance de circonstance entre la Turquie, la Russie, l’Iran, le gouvernement de Bagdad et même le régime de Bachar al-Assad. Cette alliance veut contrer l’avancée kurde sur des terres arabes. Rappelons qu’il y a un contentieux historique entre les populations arabes d’origine bédouine de la vallée de l’Euphrate et la Djézireh d’un côté et les paysans kurdes sédentaires. Il y aura de nouvelles confrontations, même si l’Etat islamique n’en est plus le seul acteur.»

« L’Arabie saoudite est aussi une cible privilégiée des groupes salafistes-djihadistes. Il va y avoir une lutte acharnée pour le leadership du sunnisme à l’échelle internationale: des courants salafistes-djihadistes vont disputer aux wahhabites d’Arabie saoudite et même au Qatar leur suprématie idéologique.

Trump a choisi un camp, celui des sunnites de l’Arabie saoudite – donc contre l’Iran et les chiites. C’est paradoxal car il a désigné l’Iran comme principal vivier du terrorisme, alors que les élections iraniennes de mai ont montré que le système iranien était celui qui laissait le plus de liberté aux citoyens et aux débats politiques par rapport aux autres pays de la région. […]

L’Arabie saoudite, ennemie de l’Iran chiite, est menacée par le courant salafiste-djihadiste. Le royaume wahhabite est miné de l’intérieur par le salafisme. Même au sein de la famille royale, certaines branches qui s’estiment lésées ont fait allégeance à l’Etat islamique. Beaucoup craignent que l’Arabie saoudite se transforme en base arrière de l’Etat islamique, notamment dans les régions désertiques. Des cellules dormantes risquent de se réveiller à la faveur du recul en Syrie et en Irak. […]

La politique de Trump est dangereuse, car elle va attiser les haines confessionnelles entre sunnites et chiites, tout en faisant apparaître les dirigeants saoudiens comme les alliés privilégiés des Etats-Unis. Or, les salafistes-djihadistes dénoncent depuis des années cette alliance entre les Etats-Unis et le royaume wahhabite, qu’ils jugent amorale.» (Réd. A l’Encontre)

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Cette entrée a été publiée le 27 juillet 2017 par dans anticapitalisme, IMPERIALISME, IRAK.