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Burkina Faso : Meurtres et abus commis dans le conflit du Sahel !

29 mai 2018 par Human Rights Watch Analyse

« Le jour, nous avons peur de l’armée, et la nuit des djihadistes »

Des groupes islamistes armés au Burkina Faso ont exécuté des collaborateurs présumés du gouvernement, intimidé des enseignants et répandu la peur parmi les civils dans tout le pays, a indiqué Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. En réponse, les forces de sécurité burkinabè ont mené des opérations antiterroristes en 2017 et 2018 qui ont abouti à des exécutions extrajudiciaires, à des mauvais traitements à l’encontre de suspects en détention et à des arrestations arbitraires. Le gouvernement burkinabè a pris l’engagement d’enquêter sur ces allégations.

Le rapport de 67 pages, intitulé « Le jour, nous avons peur de l’armée, et la nuit des djihadistes », documente les meurtres et le harcèlement de villageois dans la région du Sahel. Ces villageois étaient pris au piège entre les islamistes qui menaçaient d’exécuter ceux qui collaboraient avec le gouvernement, et les forces de sécurité qui exigeaient des renseignements sur la présence de groupes armés, et qui punissaient collectivement ceux qui ne fournissaient pas de telles informations. Le rapport examine également les violentes attaques commises par des groupes armés islamistes à Ouagadougou en 2016 et 2017, et documente les abus liés à la détention de suspects par les forces de sécurité.

« L’insécurité croissante au Burkina Faso a conduit à des crimes terribles commis tant par des groupes armés islamistes que par des membres des forces de sécurité de l’Etat », a déclaré Corinne Dufka, directrice pour la région du Sahel au sein de Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait donner suite à son engagement important d’enquêter sur les allégations d’abus commis par les forces de l’État, et les groupes armés islamistes devraient cesser d’attaquer et de menacer les civils. »

À partir de 2016, des groupes islamistes armés, notamment Ansaroul Islam, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et ses affiliés, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) ont attaqué des bases militaires, des postes de police et de la gendarmerie, ainsi que des cibles civiles dans le nord du Burkina Faso et dans la capitale, Ouagadougou. Les violences ont entraîné la mort de dizaines de personnes et en ont contraint plus de 12 000 à abandonner leurs foyers.

En février et mars 2018, Human Rights Watch a mené 67 entretiens, auprès de victimes et de témoins ; d’agents des ministères de la Justice, de l’Éducation et de la Défense ; d’enseignants, de personnels de santé et de membres des gouvernements locaux ; de diplomates, d’activistes de la société civile et de travailleurs humanitaires ; d’analystes de la sécurité ; et de chefs religieux et communautaires. Les abus documentés ont eu lieu dans la région administrative du Sahel, et à Ouagadougou, entre 2016 et début 2018.

Human Rights Watch a documenté les meurtres présumés s’apparentant à des exécutions de 19 hommes de 12 villages, perpétrés par des groupes islamistes armés. Les islamistes ont accusé les victimes, notamment les chefs de village et les autorités locales, de fournir des informations aux forces de sécurité.

Un témoin a déclaré que des islamistes armés avaient emmené deux hommes âgés près de Djibo en février. Ils ont été retrouvés plusieurs jours plus tard avec la gorge tranchée. Un autre témoin a décrit le meurtre commis en avril 2018 du maire de la commune de Koutougou, qui a été ensuite revendiqué par l’État islamique. Un témoin tenaillé par la peur a expliqué qu’il « était pourchassé » par les islamistes armés, qui avaient tué plusieurs de ses proches. « J’ai entendu des motos, alors qu’elles sont interdites la nuit. J’ai donc su que c’étaient eux », a-t-il ajouté. « J’ai entendu des coups de feu et plus tard j’ai vu les gens qu’ils avaient tués. »

Des groupes armés islamistes ont également tué 47 civils lors de deux attaques à Ouagadougou en 2016 et 2017. Un employé qui a survécu à l’attaque de 2016 a déclaré : « Chaque fois que je viens travailler, je revois les morts… Je revis sans cesse cette journée. »

Les enseignants ont décrit les menaces et les attaques contre les écoles et les enseignants, notamment l’enlèvement d’un enseignant et le meurtre d’un directeur d’école. « Le message est clair », a déclaré un enseignant. « ‘Ne faites pas cours en français ; si vous insistez, nous vous tuerons.’ » Les menaces ont entraîné la fermeture de plus de 200 écoles et la déscolarisation de 20 000 élèves.

Des témoins ont également impliqué des membres des forces de sécurité du Burkina Faso dans au moins 14 exécutions sommaires présumées, et ont déclaré que quatre autres hommes sont morts de sévères mauvais traitements présumés en détention. Les forces impliquées comprennent des militaires, des gendarmes et, dans une moindre mesure, des membres de la police.

De nombreux témoins ont décrit avoir vu des corps – ayant souvent les yeux bandés et les mains liées – le long des routes et des sentiers dans le nord du Burkina Faso. La majorité des victimes ont été vues pour la dernière fois sous la garde des forces de sécurité gouvernementales.

Parmi d’autres cas, huit hommes, dont deux frères, ont été arrêtés par l’armée lors d’une opération à la fin du mois de décembre 2017 et ont été abattus le lendemain. En septembre 2017, des gendarmes basés à Djibo ont convoqué un responsable du gouvernement local. Son corps a été retrouvé le lendemain. En mars 2018, des militaires ont arrêté un commerçant local au marché de Nassoumbou. « Nous avons entendu des coups de feu et nous avons retrouvé son corps le lendemain … il gisait face contre terre, les yeux bandés », a expliqué un témoin.

Des chefs communautaires ont déclaré que les forces de sécurité semblaient détenir au hasard des hommes qui se trouvaient à proximité d’attaques de groupes islamistes armés. La plupart ont été libérés après des enquêtes préliminaires, mais de nombreux hommes ont été sévèrement maltraités et quatre sont morts en détention. Des témoins ont déclaré que deux hommes, dont un souffrant d’un handicap mental, sont morts au début du mois de février lorsque des policiers et des militaires près de Baraboulé les ont détenus et battus. Des professionnels de la santé ont indiqué avoir soigné des hommes pour des coupures, des hématomes et des entailles subies en détention.

Les groupes armés islamistes et les forces gouvernementales devraient mettre fin aux abus et aux menaces contre les civils et les détenus, selon Human Rights Watch. Le gouvernement devrait ouvrir des enquêtes et mener des poursuites à l’encontre des membres des forces de sécurité impliqués dans de graves violations des droits humains. En outre, les partenaires internationaux du Burkina Faso devraient demander au gouvernement, publiquement et en privé, de mener rapidement des enquêtes crédibles.

Le 9 mai, Human Rights Watch a adressé au gouvernement burkinabè une lettre détaillant les principales conclusions et recommandations du rapport. Le 15 mai, le ministre de la Défense, Jean-Claude Bouda, a répondu dans une lettre indiquant l’attachement de son gouvernement au respect des droits humains et il a assuré qu’il mettrait en œuvre les principales recommandations de Human Rights Watch.

« [Le gouvernement] s’engage à diligenter des enquêtes sur tous les cas d’exactions cités qui n’avaient pas auparavant été portés à sa connaissance », indiquait sa lettre. Le ministre notait que le gouvernement a connaissance de certaines allégations d’exactions contre les civils commises lors d’opérations antiterroristes en cours dans le nord du Burkina Faso, et que ces allégations ont donné lieu à des « mesures immédiates ».

Les engagements du gouvernement sont encourageants, et les autorités devraient y donne suite fidèlement de manière complète et transparente, selon Human Rights Watch.

« La logique consistant à tuer et à maltraiter des suspects au nom de la sécurité ne ferait qu’alimenter et approfondir l’insécurité au Burkina Faso », a conclu Corinne Dufka. « Le gouvernement burkinabè devrait tenir sa promesse d’enquêter sur les allégations d’abus et prendre des mesures concrètes pour empêcher d’autres violations. »

Pour consulter le rapport intitulé « Le jour, nous avons peur de l’armée, et la nuit des djihadistes », veuillez suivre le lien : https://www.hrw.org/fr/node/318075

Les attaques djihadistes ont entraîné la fermeture de 216 écoles dans le nord du Burkina Faso »

Le nord du Burkina Faso est la cible d’attaques régulières de groupes djihadistes. Depuis 2017, ils ciblent aussi les écoles publiques.

Entretien avec Oumarou Traoré, inspecteur au ministère de l’éducation nationale du Burkina Faso, conseiller Technique de l’association Asmae

La Croix : Combien d’écoles sont affectées par les attaques djihadistes ?

Oumarou Traoré : Depuis 2017, les djihadistes s’attaquent aux écoles qui se trouvent dans le nord de notre pays, dans le territoire qui longe le Mali et le Niger. Ils ont tué un directeur, des professeurs, des élèves et brûlées plusieurs écoles. À ce jour, ces attaques ont entraîné la fermeture de 216 établissements : cela touche 24 000 élèves et 895 enseignants.

Pourquoi s’en prennent-ils aux écoles ?

O. T. : Ils leur reprochent d’enseigner en français et non en arabe. Le français est présentée comme la langue de l’Occident, qu’ils rejettent, à la différence de l’arabe qui est la langue de l’islam qu’ils confessent. Nous constatons aussi qu’ils s’attaquent à tout ce qui représente l’État burkinabé : d’abord les postes de gendarmerie, des forces de l’ordre, puis de l’administration… même les agents des eaux et forêts.

Enfin, en s’attaquant aux écoles, ils s’en prennent à l’éducation, à ceux qui contrarient la diffusion de leurs idées et de leur mode de vie. Sans l’école, ils pensent que la population sera plus vulnérable à leurs idées et à leur conception du monde. Ils savent qu’une personne instruite et éclairée est plus difficilement manipulable qu’une personne sans éducation.

À lire : Pourquoi le Burkina Faso est-il victime d’attentats ?

La menace s’étend-elle dans le pays ?

O. T. : Oui, puisqu’ils frappent même la capitale, Ouagadougou. Pour autant, la vie continue, les écoles sont ouvertes dans tout le reste du pays. L’exigence d’un enseignement en arabe portée par les djihadistes ne fait pas l’unanimité. Bien au contraire, on constate que les parents, dès qu’ils ont le choix, privilégient l’enseignement en français à toute autre langue. Par ailleurs, l’islam porté par ces groupes djihadistes est très largement rejeté par la population.

À lire : Ouagadougou : attaques meurtrières près de l’ambassade de France

Comment réagit le ministère de l’éducation nationale ?

O. T. : Il appuie les mesures qui visent à assurer la sécurité des établissements. Et il ne renonce pas à l’enseignement en français. Les écoles attaquées dans le nord sont des écoles publiques  : c’est donc bien le service public qui est visé. Loin de nous démobiliser, ces attaques renforcent notre détermination à défendre la scolarisation des enfants dans tout notre pays

 

 

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Cette entrée a été publiée le 4 juin 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, BURKINA FASO.