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« La bataille du rail » : des écrivains se réunissent pour soutenir les cheminots en grève

Une trentaine d’écrivains publient « La bataille du rail », un livre collectif pour soutenir les cheminots en grève.

Par Marie Campistron

Le soutien aux cheminots se poursuit… en librairie. Une trentaine d’auteurs ont participé à un ouvrage collectif, pour défendre la lutte des grévistes de la SNCF. Une lutte qui n’a « rien de corporatiste », mais qui au contraire « cristallise un idéal de solidarité », soulignent les écrivains dans « La bataille du rail », en rayon depuis jeudi 7 juin et dont les droits d’auteur seront reversés aux caisses de grève.

Parmi les signatures, quelques plumes déjà récompensées comme, Laurent Binet (Goncourt du Premier roman), Geneviève Brisac, (prix Femina) ou encore Annie Ernaux, lauréate, entre autres, du prix Marguerite Yourcenar. Figurent également dans le collectif l’auteur de BD Jacques Tardi qui a réalisé la couverture de l’ouvrage, mais aussi François Morel, Guillaume Meurice ou encore les auteurs de polar, Didier Daeninckx et Patrick Bard.

Un soutien qui s’ajoute à la cagnotte, lancée le 23 mars dernier, pour combler le manque à gagner des grévistes et qui a déjà permis de recueillir plus de 1,2 million d’euros. Au gré de ses 200 pages, les fictions, billets d’humeur et souvenirs de chacun convoquent un imaginaire du rail. Celui qui a traversé le temps et s’est imprimé dans la littérature, comme au cinéma.

Les références sont nombreuses et éclectiques. Elles vont de l’acteur Charles Bronson, mystérieux joueur d’harmonica, descendant d’un train dans « Il était une fois l’Amérique » – le plus long générique de l’histoire du cinéma (!) – à Jacques Lantier, conducteur de locomotive et héros de la « Bête Humaine » de Zola, en passant par le mythique Orient-Express, théâtre oppressant d’un crime imaginé par Agatha Christie.

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Ces « salopards de grévistes »

Le lecteur découvre ainsi l’histoire fictive d’une mère de famille flirtant avec la dépression et en guerre contre ces « salopards de grévistes », ou s’invite à l’Elysée, lors d’une rencontre imaginée entre quelques syndicalistes et un président aussi risible que cruel.

Délaissant la fiction, certains auteurs évoquent eux leurs souvenirs de simple passager, à l’image d’Annie Ernaux, qui avait l’habitude de « voyager en troisième classe avec ses parents » :

« Dans l’immobilité et le temps suspendu du voyage en train, j’ai tout éprouvé, la douleur, le deuil, l’amour fou, le désir sexuel, la fierté, la révolte. »

En quelques lignes, l’écrivaine décrit ses trajets Rouen-Le Havre empruntés « si souvent de l’enfance jusqu’à mon mariage ». Les paysages qui défilent derrière la vitre, les compartiments bondés mais aussi le dernier sourire de son père, celui d’un « homme timide et gentil », qui l’accueillera pour la dernière fois à la gare d’Yvetot, en Seine-Maritime.

Au passage, l’autrice adresse quelques mots à ces « hommes et ces femmes du rail » qui « nous relient les uns aux autres comme la littérature ». De même, Didier Daeninckx, auteur de polar et petit-fils de cheminot, rend hommage aux « hommes juchés sur les caténaires après l’orage », aux « aiguilleurs au geste sûr », aux « ouvriers des voies bravant l’intempérie », aux « conducteurs aux yeux écarquillés ».

« Le marché ne se casse pas les reins sur la machine »

D’autres s’attachent enfin à décrire le sarcasme des puissants qui s’illustre dans un « grand bradage des patrimoines nationaux ». L’autrice Pascale Fautrier déplore ainsi un « Monopoly mondial », orchestré « par de hauts fonctionnaires, comme l’énarque Guillaume Pepy », quand Valentine Goby et Carole Trébor, toutes deux écrivaines, condamnent à leur tour une « économie de marché » déshumanisante :

« Le marché ne se casse pas les reins sur la machine ou au bureau, le marché n’a jamais mal, ne s’use pas, n’a nul besoin de retraite ni de Sécurité sociale. »

La même amertume est évoquée encore sous la plume de François Morel, dans une courte lettre adressée à son père ex-cheminot et syndicaliste, décédé « il y a presque 25 ans ».

« Aujourd’hui, je vis dans un ancien monde où […] des gens modestes qui se battent pour leurs droits sont traités de privilégiés, où l’arrogance des puissants, leur mépris, leur condescendance, s’expriment aujourd’hui derrière des airs cool, dégagés, décontractés. »

Une arrogance qui pourrait – rappelons-le – se résumer en une phrase tranchante, prononcée un certain 29 juin, par le locataire de l’Elysée, au détour d’un discours flattant le modèle des start-up :

« Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. »

M.C.

« La bataille du rail », éditions Don Quichotte, 16.90 euros.

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