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La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs bloquent 14 raffineries pour défendre les intérêts de l’agro-industrie !

Ce dimanche 10 juin, la FNSEA, le syndicat agricole, lançait une opération de blocage de 13 raffineries pour protester contre le projet de la raffinerie de La Mède d’importer de l’huile de palme, à la place d’huile de tournesol ou de colza, pour sa production de biocarburants.

 

Le déclencheur du mouvement réside dans la validation par le gouvernement d’une promesse faite à Total sous François Hollande. En effet, fin 2016, pour éviter la fermeture de l’usine, le gouvernement avait accepté un plan de reconversion du site, passant du raffinage de pétrole brut à la production de bio-carburants. Dans ce cadre, le gouvernement avait autorisé l’entreprise à importer 75% de l’huile végétale utilisée, chiffre qui serait passé à 50% suite à une renégociation, d’après le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu, interrogé sur Europe 1.

Dès le 31 mai, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs annonçaient le blocage de « sites stratégiques, symboles des distorsions de concurrence que nous subissons », à savoir 4 raffineries de Total et des dépôts de carburants. Par-là, les organisations entendaient également répondre au projet de loi Agriculture et Alimentation dans lequel elles souhaiteraient voir figurer un amendement empêchant l’importation de produits contenant des substances interdites dans l’Union Européenne. La FNSEA et les JA dénoncent également les traités commerciaux, notamment avec le Mercosur, autour de la viande ou de l’éthanol.

Dans un premier temps, les représentants d’exploitants agricoles ont dénoncé l’importation de l’huile de palme à la fois du fait de la chute du prix de l’huile de colza qu’elle risquait d’entraîner et pour des raisons écologiques. La semaine dernière, le projet était également contesté par l’ONG Les Amis de la Terre, qui craint l’augmentation des importations d’une huile de palme désastreuse pour l’environnement. Ainsi, était pointé du doigt l’absence, dans l’arrêté préfectoral autorisant le redémarrage de l’activité, de « l’autolimitation à 300.000 tonnes d’huile de palme brute annoncée par Total. » [http://www.amisdelaterre.org/La-bioraffinerie-de-la-Mede-pourrait-importer-jusqu-a-deux-fois-plus-d-huile-de.html]

Pour autant, dire comme Novethic que « la FNSEA prend des airs de Greenpeace » [https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/les-agriculteurs-de-la-fnsea-vont-bloquer-la-bioraffinerie-de-total-mais-pas-vraiment-pour-des-questions-ecologiques-145908.html] ou comme Le Monde qu’ « écologistes et agriculteurs trouvent une forme de convergence des lutte » [https://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2018/06/11/huile-de-palme-pour-une-fois-ecologistes-et-agriculteurs-trouvent-une-forme-de-convergence-des-luttes_5312959_3234.html] serait aller un peu vite en besogne. La Confédération Paysanne a ainsi réagi hier au mouvement en rappelant l’affiliation de la FNSEAP au groupe Avril, ex-Sofiprotéol, importateur de 200.000 tonnes d’huile de palme par an [http://confederationpaysanne.fr/actu.php?id=7288] et en dénonçant « l’instrumentalisation de cette question au profit des intérêts très particuliers de l’agro-industrie » et continue en dénonçant « la FNSEA [qui] demande toujours plus de dérégulation, de libéralisme et toujours plus ‘d’accès au marché’ ». Avril a longtemps été dirigée par Xavier Beulin qui dirigeait également la FNSEA de 2010 à 2017. Vendredi dernier, Libération notait justement dans ses colonnes que le leadership d’Avril, premier producteur européen de biodiesel, était menacé par la bioraffinerie de la Mède.

Evidemment, il n’y a rien à attendre de la part de la FNSEA qui, en prétextant défendre les intérêts des petits agriculteurs, ne fait que les instrumentaliser à des fins corporatistes de défense d’une branche de l’agro-industrie à savoir la transformation de l’huile de colza en agro-carburant qui est aussi « une impasse pour les paysans » comme l’affirme la confédération paysanne et « dont le bilan environnemental s’avère calamiteux. » Plus encore, la FNSEA défend ouvertement des mesures antisociales en promouvant des mesures comme la suppression de la cotisation « famille et maladie » sur les salaires des saisonniers, compensée par une TVA sociale, afin d’accroître ses profits et de faire retomber sur la population les cotisations patronales. Aujourd’hui dans l’après-midi on apprenait que le blocage de la Mède était levé. Les autres blocages pourraient se poursuivre jusqu’au 13 juin.

Confédération Paysanne :AGROCARBURANTS

Blocage des raffineries : stop au double discours

11.06.2018 La FNSEA* mobilise donc ses troupes pour défendre les intérêts du groupe Avril, concurrencé par le pétrolier Total, pour capter le marché des agrocarburants. Pour rappel, le groupe Avril importe par an 200.000 tonnes d’huile de palme quand Total à La Mède s’est vu autoriser par l’État la possibilité d’en importer 300.000 tonnes par an.

Le revenu et l’avenir des paysannes et des paysans ne se jouent pourtant pas devant les raffineries mais dans les cabinets ministériels où régulièrement la FNSEA* demande toujours plus de dérégulation, de libéralisme et toujours plus « d’accès au marché » ! On se souvient notamment de sa position très favorable aux accords de libre-échange avec le Maroc lorsqu’il s’était agi de mettre la main sur la filière huile !

La Confédération paysanne est solidaire de tous les producteurs et productrices qui luttent pour un revenu. Nous avons d’ailleurs fait valoir nos propositions en la matière auprès des sénatrices et sénateurs qui entament demain l’examen du projet de loi agriculture et alimentation en commission. C’est pourquoi, nous dénonçons l’instrumentalisation de cette question au profit des intérêts très particuliers de l’agro-industrie. Ce n’est pas en bloquant des raffineries que l’on sauvera les paysan-ne-s !

Oui les importations d’huile de palme, dont la production est une catastrophe en termes de déforestation et d’impacts sur les paysans du sud, doivent être dénoncées. Pour autant, transformer de l’huile de colza en agro-carburant est aussi une impasse pour les paysans, dont le bilan environnemental s’avère calamiteux. La France transforme quasiment toute la production d’huile de colza en diester, ce qui fait que l’on importe de l’huile de colza pour la consommation alimentaire, alors même qu’il s’agit d’une des meilleurs huiles pour l’alimentation humaine.

La filière des agrocarburants étant au bout de son incohérence en matières technique, économique et environnementale, la FNSEA* cherche un bouc émissaire à la faillite de ce système… Depuis 2005, la Confédération paysanne dénonce cette mystification qui appauvrit les paysans, affame les populations et détruit la planète.

La FNSEA coincée entre l’huile de palme et le carburant au colza

12 juin 2018 / Amélie Beaucour (Reporterre)

L’autorisation donnée à la raffinerie Total de la Mède d’importer massivement de l’huile de palme a provoqué la colère de la FNSEA. Ses membres, en particulier les producteurs de colza, protestent contre cette « concurrence déloyale » pour la fabrication d’agrocarburant et invoquent des arguments écologiques.

  • Grigny (Essonne), reportage

« N’importons pas l’agriculture dont nous ne voulons pas. » Voilà ce qu’on pouvait lire sur la bâche noire déployée sur un camion-benne, lundi matin, devant le dépôt de carburant de Grigny, en Essonne. Depuis 2 h du matin, les agriculteurs de la FNSEA et du syndicat Jeunes Agriculteurs bloquent le site d’approvisionnement, déversant purin et pommes de terres germées devant les entrées du dépôt.

Objectif : protester contre l’autorisation donnée par Nicolas Hulot au groupe Total d’importer de l’huile de palme pour fabriquer son agrocarburant. Le 16 mai dernier, le ministre de la Transition écologique a en effet donné son feu vert à l’importation de 300.000 tonnes d’huile de palme provenant de Malaisie pour faire tourner la bioraffinerie de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. Une décision qui met à mal la filière de colza française, également utilisée dans la production d’agrocarburant. « Cette quantité [d’huile de palme], on est capable de la fournir en colza », explique Nicolas Galpin, agriculteur à Auvernaux en Essonne. « Et tout ça, sans déforestation ! » ajoute-t-il.

 

Lundi 11 juin à Grigny, dans l’Essonne.

Car, outre la concurrence qu’elle installe entre les producteurs français et du Sud-Est asiatique, l’importation d’huile de palme pose directement la question des impacts de sa production sur l’environnement. En Indonésie et en Malaisie, elle est responsable de 80 % de la déforestation cumulée dans ces deux pays, selon un rapport du ministère de l’Environnement datant de 2016. Une pratique qui détruit non seulement l’habitat naturel de plusieurs espèces, mais contribue de façon considérable au réchauffement climatique.

L’autorisation d’importer de l’huile de palme a donc pris de court les agriculteurs français, qui pointent du doigt les incohérences du gouvernement. En juillet dernier, Nicolas Hulot avait indiqué vouloir cesser d’importer des « produits qui contribuent à la destruction des trois grands bassins de forêt tropicale du monde, l’Amazonie, l’Asie du Sud-Est et le bassin du Congo, notamment pour la production d’huile de palme ou de soja non durable ».

« Exprimer un ras-le-bol général et dénoncer le double discours de M. Macron »

Mais pour les agriculteurs, ce problème de l’huile de palme ne constitue que la surface visible de l’iceberg. « Si nous sommes rassemblés aujourd’hui, c’est aussi pour exprimer un ras-le-bol général et dénoncer le double discours de M. Macron », ajoute Nicolas Galpin. Depuis le début du quinquennat, l’agriculteur voit apparaître, à échéance régulière, des « contraintes supplémentaires » qui rendent à chaque fois son travail un peu plus difficile. « Je n’ai rien contre la modernisation de l’agriculture, explique-t-il, mais quand on additionne nouvelles réglementations environnementales, augmentation des charges patronales, augmentation des cotisations de la MSA [la couverture sociale des agriculteurs] et une PAC [Politique agricole commune] de moins en moins favorable, ce n’est plus jouable pour nous. »

Plus largement, les agriculteurs dénoncent la « concurrence déloyale » qu’instaure le gouvernement entre une agriculture française « qui se doit d’être irréprochable tant sur le plan environnemental que social » et une agriculture « à moindre coût et exempte de normes » provenant d’autres pays du globe, selon les mots des syndicalistes. « On nous dit de faire sans le glyphosate parce que c’est mauvais. On nous dit de ne pas utiliser d’OGM parce que c’est mauvais. Mais qu’est-ce qu’on retrouve dans les rayons de nos supermarchés ? Des fruits et légumes traités et modifiés provenant d’ailleurs, sous prétexte qu’ils coûtent moins chers. On se fout de nous ! » s’agace Julien, agriculteur dans l’Essonne venu soutenir le mouvement.

 

Du côté des défenseurs de l’environnement, comme les Amis de la Terre, le rassemblement des syndicats agricoles est perçu d’un tout autre œil. « Voir la FNSEA qui se mobilise pour sauver les arbres de la forêt indonésienne, c’est l’hôpital qui se fout de la charité », ironise Christian Berdot, chargé du dossier Agriculture pour l’association.

« Pendant des années, une bonne partie du colza produit en France était utilisée pour fabriquer cet agrodiesel dont s’empare Total aujourd’hui. C’est d’ailleurs la toute-puissante firme Sofiproteol [aujourd’hui Avril] gérée par l’ancien patron de la FNSEA Xavier Beulin [aujourd’hui disparu], qui le produisait. Maintenant que Total leur vole leur débouché en faisant venir de l’huile de palme, et sachant que la FNSEA avait le monopole sur l’agrocarburant français, on comprend mieux pourquoi ils sont en colère. »

Les agriculteurs français disent être « englués dans un cercle vicieux »

Autre point noir : la filière colza française est loin d’être transparente sur le plan écologique. Sa production et surtout ses débouchés soulèvent plusieurs questions. Selon les Amis de la Terre, la filière de colza française serait elle-même indirectement responsable de cette déforestation. En destinant presque intégralement sa production à l’industrie énergétique, la culture du colza crée un déficit de l’approvisionnement en colza alimentaire. Or, ce déficit est comblé par l’importation d’autres huiles. Et, ironie de l’histoire, la moins chère sur le marché : c’est l’huile de palme.

« Le problème vient donc des agrocarburants », résume Christian Berdot. Pourtant, il est aujourd’hui le débouché le plus rentable pour les agriculteurs français qui disent être « englués dans un cercle vicieux » : l’huile de colza alimentaire, concurrencée par la filière palme asiatique, se vend mal et ne peut remplacer financièrement son utilisation dans la fabrication d’agrodiesel.

Dernier problème : selon la Confédération paysanne, certains plants de colza cultivés en France — sur une surface d’environ 40.000 hectares — seraient des « OGM cachés », des plants génétiquement modifiés mais qui n’entrent pas dans le cadre de la définition proposée par la directive européenne de 2001 et qui échappent donc à tout contrôle.

Sur ce point, les agriculteurs sont peu loquaces. « Ce n’est pas le sujet aujourd’hui », dit l’un d’entre eux. Mercredi 13 juin, les représentants des syndicats FNSEA et JA, à l’origine du rassemblement, seront reçus par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, pour trouver un accord. Le cas échéant, le blocage des raffineries et dépôts de carburant sera reconduit. « On envisage également d’autres actions coup de poing plus tard, quand personne ne s’y attendra », prévient-on. Pour le moment, 13 sites restent bloqués mardi sur les 14 prévus. Le blocage de la raffinerie Total de La Mède, épicentre de la contestation agricole, a été levé lundi en début d’après-midi, moins de 24 h après le début de l’opération.

 

 

 

 

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Cette entrée a été publiée le 13 juin 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, Paysans.