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L’insurrection pacifique au Nicaragua a commencé en avril 2018

Par Oscar-René Vargas

  1. Depuis 54 jours (du 18 avril au 10 juin 2018), le Nicaragua connaît une insurrection pacifique: jeunes, préadolescents, femmes, étudiant·e·s et habitants des quartiers et des villages sont assassinés, battus et arrêtés par le gouvernement d’Ortega-Murillo. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2007, le gouvernement Ortega est connu pour réprimer toute forme de protestation au Nicaragua.
  2. La jeunesse universitaire a été à l’origine de la protestation sociale, et cette jeunesse a été suivie par la population, par beaucoup de personnes et de plus en plus. Pendant des années, il y a eu des morts et de la terreur dans les zones rurales mais Managua semblait dormir. Et quand Managua s’est réveillée, elle a soulevé tout le pays à l’unisson. Comment cela a-t-il été possible? Non pas à cause d’une conspiration de l’extérieur, mais à cause de la lave sociale incandescente accumulée à l’intérieur. Les volcans n’avertissent pas quand ils entrent en éruption.
  3. En raison de ses dimensions et de ses conséquences, l’explosion d’avril a surpris l’ensemble du pays et y compris les très jeunes qui l’ont initiée. Le principal stupéfait a été le régime d’Ortega-Murillo.
  4. 54 jours plus tard, le mécontentement continue et augmente. Des manifestations dans tout le pays exigent la justice pour les morts et un changement de gouvernement: «Que Ortega-Murillo s’en aillent!» est le principal slogan parmi les manifestant·e·s. Il y a une ligne de démarcation claire entre le Nicaragua d’avant avril 2018 et le Nicaragua actuel.
  5. Entre le vendredi 8 juin et le samedi 9 juin, de nouveaux affrontements entre la police antiémeute et des groupes paramilitaires contrôlés par le gouvernement et des manifestants antigouvernementaux non armés, dans les villes de Jinotega, Managua et Masaya, ont fait au moins trois morts et des dizaines de blessés.

6.-Depuis le samedi 9 juin, Managua est bloquée par des barrages routiers et des barricades. Les principales artères routières de la capitale restent barrées. Des barricades de pavés, gardées par des groupes de civils, empêchent l’accès des véhicules par les avenues et les rues les plus importantes de la ville.

  1. Chaque jour, les barrages routiers dans différentes parties du territoire, à l’échelle nationale, se renforcent pour faire pression sur le gouvernement Ortega-Murillo. Les étudiant·e·s et les habitant·e·s auto-organisés maintiennent au moins 87 barrages dans les différents départements du Nicaragua. Ces actions déterminées visent à obtenir le départ d’Ortega-Murillo du pouvoir et à exiger que justice soit rendue pour le meurtre d’au moins 140 personnes, victimes de la répression gouvernementale. Les manifestant·e·s ont laissé passer les ambulances et les personnes ayant besoin de soins médicaux.
  2. La violence, sans précédent dans l’histoire récente du Nicaragua, exercée par la police et les forces parapolicières du gouvernement a entraîné la mort violente d’au moins 140 personnes au cours de la légitime protestation sociale. Tous les décès sont survenus suite à la répression et de la violence de l’Etat. La grande majorité des victimes ont reçu une balle dans la tête, le cou, le thorax ou l’abdomen, ce qui suggère que des tireurs d’élite ont été utilisés.
  3. Il est criminel d’utiliser des tireurs d’élite pour abattre des jeunes sans défense, mais encore plus criminel d’avoir organisé et armé des centaines de criminels (forces de choc) qui, de jour comme de nuit, traquent, dans les rues des villes et des villages, les gens qui se battent démocratiquement pour exiger la destitution d’Ortega-Murillo.
  4. Quelque 6000 camions de fret, avec toutes leurs marchandises, sont immobilisés par les barrages. Le trafic routier au Nicaragua est semi-paralysé. Les organisations centraméricaines de transporteurs ont appelé les hommes d’affaires de la région à ne pas continuer à envoyer des marchandises à travers le Nicaragua tant que n’aura pas été résolue la crise sociopolitique à laquelle le pays est confronté depuis 54 jours.
  5. En raison des routes fermées et des barrages routiers, un grand nombre de villes signalent des pénuries de carburant. Face aux barrages, on peut voir un grand nombre de camions et de véhicules qui transportent des marchandises afin d’approvisionner les marchés locaux et internationaux [Amérique centrale, entre autres].
  6. La presse salvadorienne a rapporté que l’Association des exportateurs du Salvador estime que les entreprises de ce pays ont perdu quelque 400 millions de dollars US à cause des blocages au Nicaragua. Un montant similaire est rapporté par les entrepreneurs des autres pays d’Amérique centrale. Les associations commerciales internationales de transport en Amérique centrale appellent de même à éviter d’envoyer des marchandises à travers le territoire nicaraguayen.
  7. Le gouvernement costaricain a déclaré que le secteur industriel costaricain est préoccupé étant donné le retard des exportations vers les pays d’Amérique centrale.
  8. En 2017, les exportations des pays de la région de l’Amérique centrale vers le Nicaragua ont atteint 1481 millions de dollars.
  9. La répression féroce des manifestations par le gouvernement nicaraguayen n’épuise pas la population qui continue de protester, mais ne s’épuise pas de même la volonté de Daniel Ortega de rester au pouvoir. La stratégie d’Ortega-Murillo s’articule sur la répression et sur une possible exténuation des manifestants afin de miner le soulèvement.
  10. La répression féroce a même conduit les milieux d’affaires, jusqu’à récemment proches du gouvernement Ortega-Murillo, à prendre leurs distances par rapport à la violence répressive et par rapport au pacte qu’ils avaient maintenu avec le gouvernement depuis 2009.
  11. Selon The Economist,la brutalité avec laquelle Ortega-Murillo a réagi contre les manifestations est ce qui rendrait «moralement failli» le système d’alliance entre le gouvernement et le grand capital, système maintenu pendant des années et qui a permis à Ortega de contrôler totalement les institutions de l’Etat en échange d’exonérations et de privilèges pour les banquiers, les grands hommes d’affaires et les exportateurs.
  12. L’exigence de la rue et de tous les secteurs sociaux, y compris la Conférence épiscopale et le secteur privé, est le départ d’Ortega-Murillo. L’orteguisme a représenté une privatisation perverse du Front sandiniste, d telle façon que beaucoup de sandinistes s’opposent au gouvernement Ortega-Murillo. Le sandinisme, et non l’orteguisme, est indispensable à une solution qui rétablisse la paix et la stabilité.
  13. Le gouvernement Ortega-Murillo qui a provoqué cette crise et a organisé le massacre n’a pas sa place dans la solution exigée par la population insurgée, solution qui nécessite des élections anticipées se déroulant dans des conditions qui les rendent effectivement démocratiques et transparentes.
  14. Le Département d’Etat américain a annoncé le 7 juin qu’il restreindra les visas à plusieurs hauts fonctionnaires nicaraguayens pour avoir participé à la violation des droits des Nicaraguayens. Parmi les personnes sanctionnées figurent des membres de la police, des autorités municipales, des ministres conjointement à leurs familles.
  15. L’administrateur de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) a condamné les «atrocités» commises par le gouvernement et s’est dit préoccupé par les accusations mensongères portées contre des militants de la société civile, des étudiants, des journalistes indépendants et l’emprisonnement de quatre défenseurs des droits de l’homme.
  16. Les députés du Parlement européen ont abordé la crise au Nicaragua en session plénière et ont publié une déclaration appelant à mettre fin à la violence gouvernementale et condamnant la répression des manifestants.
  17. La plupart des pays de la région exigent que le gouvernement Ortega-Murillo se conforme aux 15 recommandations de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), arrête la répression, respecte le droit de manifester et que rapidement se constitue un Groupe d’experts indépendants pour enquêter sur les faits: autrement dit, la mort de quelque 150 personnes.
  18. Lors de la plénière de l’Assemblée générale de l’Organisation des Etats américains (OEA), Mike Pompeo, secrétaire d’Etat des Etats-Unis, a dénoncé le fait que «les groupes armés et la police nicaraguayenne ont tué de nombreuses personnes simplement pour des manifestations pacifiques».
  19. Douze élus états-uniens (membres du Congrès et sénateurs) ont envoyé une lettre au président Donald Trump, demandant que les sanctions soient étendues au gouvernement nicaraguayen par le biais de la loi Magnitsky [loi adoptée en 2012, incluant sanctions financières et interdictions de visa, suite au décès de l’avocat S. Magnitsky qui dénonçait la corruption dans la Russie de Poutine].
  20. Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, a dû faire face à la critique verbale et sur les réseaux sociaux de la société civile nicaraguayenne, qui a souligné qu’il tient un double discours: un dur face à Maduro et un complaisant face à Ortega. Il est accusé de soutenir le gouvernement Ortega-Murillo et de fermer les yeux sur la crise actuelle.
  21. Les dépôts dans le système financier national continuent de baisser pour la sixième semaine consécutive. Selon les chiffres de la Banque centrale du Nicaragua, près de 500 millions de dollars ont été retirés des banques du pays.
  22. En seulement un mois et demi, l’économie n’est déjà plus en croissance et est plongée dans une phase de déclin. Autrement dit, la crise sociopolitique a paralysé l’économie du pays, toutes les entreprises et commerces sont touchés par l’insécurité à laquelle font face les citoyens et les citoyennes.
  23. L’agence de notation Standard and Poor (S&P) estime que les perspectives de l’économie nicaraguayenne sont négatives. Ces perspectives reflètent le risque que les turbulences politiques aggravent la situation des finances publiques et celle de l’économie du pays. S&P prévoit un tassement de la consommation et de l’investissement intérieurs, ainsi que du tourisme, au même titre que la baisse des flux d’investissements étrangers et donc une hausse du chômage.
  24. La situation actuelle a eu de graves conséquences pour le secteur du tourisme au niveau national, les restaurants et les hôtels ayant subi une baisse de 40 à 50% de leurs chiffres d’affaires, les perspectives négatives pour le mois de juin sont encore plus importantes.
  25. La Chambre nationale du tourisme du Nicaragua (Canatur) estime que 90% des hôtels et restaurants des villes coloniales de León et de Grenade ont cessé leurs activités en raison de la crise.
  26. La Fédération centraméricaine de production laitière (Fedelac) a condamné la répression des manifestants et a appelé à une solution pacifique par le biais d’accords conclus par un dialogue.
  27. Lors d’une rencontre le 7 juin entre les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nicaraguayenne et Ortega-Murillo, les évêques ont proposé la démission constitutionnelle d’Ortega-Murillo. Le gouvernement a demandé 48 heures pour répondre. La répression s’est poursuivie et n’a pas répondu à la demande des évêques. C’est-à-dire, Ortega-Murillo restent silencieux tandis que le sang continue à couler dans différentes villes.
  28. Selon le sondage CID Gallup, 8 Nicaraguayens sur 10 ne sont pas d’accord avec les actions de la police. Soixante-huit pour cent des citoyens disent qu’ils sont d’accord avec les actions des étudiants et autres manifestants qui réclament la justice et la démocratisation. Il indique également que 7 Nicaraguayens sur 10 soutiennent le départ d’Ortega-Murillo du gouvernement.
  29. Des centaines de Nicaraguayens vivant aux Etats-Unis ont organisé et participé à des marches et des sit-in pour exercer une pression internationale en faveur de la démocratisation et de la justice au Nicaragua. Des rassemblements ont été organisés à Boston, New Jersey, New York, Miami, Washington DC, San Francisco, Los Angeles, etc.

DiriambaCarazo

Barrage à Diriamba, département de Carazo

  1. Le dimanche 10 juin 2018, des manifestations de soutien ont eu lieu dans toutes les principales villes d’Europe occidentale pour exiger la fin de la répression et le départ d’Ortega-Murillo du gouvernement.

37.-La clé de la solution à la crise politico-sociale réside dans les mains du peuple insurgé dont l’arme principale est le blocage et la paralysie du pays. La population n’acceptera aucun «accord» qui implique le maintien au gouvernement du clan Ortega-Murillo. La preuve en est que malgré les attaques et les morts, la protestation continue d’être forte et en croissance. Une autre chose très importante est que la population indignée n’a pas été tentée de répondre par des balles à la répression gouvernementale. (Managua/Nicaragua, 10 juin 2018, traduction A l’Encontre)

 

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Cette entrée a été publiée le 13 juin 2018 par dans Actualités des luttes, AMERIQUE LATINE, anticapitalisme, NICARAGUA.