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Parcoursup: la colère des profs de Paris-Diderot

Par Marie-Estelle Pech

 

Le rectorat, via le logiciel Parcoursup, n’autorise pas l’université Paris-Diderot à prendre pour sa filière chimie plus de 3 % de bacheliers non parisiens. Il y en avait 40 % l’année dernière. Crédits photo: Bruno Levesque/IP3

Le directeur de l’UFR chimie de l’université est particulièrement «agacé». Le rectorat, via son nouveau logiciel, favorise les bacheliers parisiens médiocres.

On les a peu entendus jusque-là au sujet de Parcoursup mais certains professeurs d’université se disent «décontenancés», voire «dépités» par les subtilités de la plate-forme informatique destinée à orienter les lycéens dans l’enseignement supérieur. En cause, les taux imposés des lycéens «hors secteur» qui ont fortement modifié leurs classements locaux.

Rémi Losno, le directeur de l’UFR chimie de l’université Paris-Diderot, fait partie de ces professeurs «très agacés». L’an dernier, sur les 110 places offertes en première année de chimie au sein de cette université parisienne prisée, «environ 40 % étaient occupées par des lycéens venus de banlieue ou de province». Cette année, le rectorat, via le logiciel Parcoursup, n’autorise pas la filière à prendre plus de 3 % de bacheliers non parisiens.

Résultat: d’excellents élèves de banlieue sont aujourd’hui relégués dans les bas-fonds de la liste d’attente alors que des lycéens parisiens aux résultats moyens voire médiocres caracolent en tête des admis. «Les treize premiers admis ont des résultats corrects sans plus. Mais dès la 14e place, nous avons un élève parisien qui plafonne à 8 de moyenne générale. Malgré ses 17,5 de moyenne, un candidat du Val-de-Marne, lui, est relégué en attente à la 1 010e place!», rage Benoît Piro, le responsable de la licence de chimie. Des lycéens de «niveau faible voire très faible passent avant des candidats de banlieues limitrophes ayant 5 à 10 points de plus de moyenne générale !». Des jeunes qui habitent parfois à quinze minutes à pied de l’université Paris-Diderot. «Que répondre à leurs parents qui m’interpellent?»

«Le but était de ne pas introduire de déséquilibre important dans les flux entre les académies de Paris, Créteil et Versailles par rapport à l’an dernier»François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise

Pourquoi cette licence n’a-t-elle droit cette année qu’à 3 % de bacheliers hors secteur? Pour le rectorat, c’est la seule vraie filière de chimie identifiée dans Paris intra-muros. Il faut donc la réserver pour l’essentiel aux Parisiens. Et ne pas vider les facs de banlieue de leurs premiers de classe. Peu importe, aux yeux de l’administration, l’opinion de ces lycéens pour qui l’excellence se situe à Paris mais qui n’ont pas la chance d’y habiter. «Normalement, les taux hors secteurs sont définis par les recteurs en fonction des taux constatés l’année d’avant. Le but était de ne pas introduire de déséquilibre important dans les flux entre les académies de Paris, Créteil et Versailles par rapport à l’an dernier», assure François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise. Pourtant, le système précédent, APB, favorisait déjà les lycéens de l’académie. Ces derniers étaient prioritaires. Mais, visiblement, pas à ce point.

«Tout a été remis en cause. Nous avons l’impression d’avoir travaillé vainement. Un simple tirage au sort aurait presque donné le même résultat!»Benoît Piro, responsable de la licence de chimie de l’université Paris-Diderot

Le constat des professeurs en licence de chimie est partagé par celui des professeurs de biologie de Paris-Diderot, également amers, même s’ils ont «réussi à arracher 15 % de places hors secteur après négociation avec le rectorat, contre 40 % l’an dernier». Très mécontent, Benoît Piro estime de son côté avoir «travaillé pour rien» puisque son classement local a été entièrement remanié: «Pendant des semaines, nous avons classé nos 3 061 candidats selon les notes de première et de terminale, avec une attention particulière pour les matières scientifiques mais aussi littéraires car, en chimie, il faut savoir rédiger. Tout a été remis en cause. Nous avons l’impression d’avoir travaillé vainement. Un simple tirage au sort aurait presque donné le même résultat!» Il juge ce système «absurde» : «Si ça ne bouge pas, 90 % de nos potentiels admis échoueront l’an prochain! Ils n’ont jamais eu la moyenne aux matières scientifiques!» Certes, admet-il, il est possible que de «bons» candidats aujourd’hui mal classés finissent par être admis par le biais des désistements progressifs au fil des semaines, «mais nous sommes très inquiets».

La remise en cause des classements locaux est également mal vécue au sein des très prisés instituts universitaires de technologie (IUT). Les responsables de la filière gestion des administrations et des entreprises ont voté fin mai une motion dénonçant le fonctionnement de Parcoursup. En cause: les quotas minimaux de boursiers imposés. Destinés à favoriser une mixité sociale, ils modifient également fortement les classements des IUT concoctés par les professeurs…

 

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Cette entrée a été publiée le 13 juin 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, LYCEENS-NES.