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France/SNCF: une succession de grèves «carrées» ne forme pas une grève reconductible!

Par Christian Mahieux

Ne reculant devant rien, la direction de la SNCF avait décidé d’effectuer les retraits pour grève comme si les 18 grèves de 48 heures ventilées sur le deuxième trimestre étaient un seul mouvement. Le Tribunal de grande instance [1] a donné tort aux patrons (qui ont fait appel). Mais le constat n’est pas que juridique, il est avant tout politique: une succession de grèves «carrées», c’est-à-dire limitées d’emblée à 24 ou 48 heures par exemple, ne forme pas une grève reconductible!

Il n’est pas facile d’écrire de nouveau à propos de la grève SNCF en France. Selon le calendrier décidé par les fédérations syndicales le 15 mars, les 18 grèves de 48 heures s’étalent entre le 3 avril et le 29 juin. Le mouvement est donc toujours d’actualité. Mais, sur l’essentiel, c’est-à-dire sur le calendrier de grèves annoncé plus de trois mois auparavant, sur la neutralisation ainsi effectuée de toute dynamique vers une grève reconductible, sur les assemblées générales dépossédées de leur rôle, sur la place ainsi offerte à l’UNSA et la CFDT au détriment d’une possible alliance CGT/SUD-Rail/FO refusée par la CGT, sur la politique gouvernementale… que dire de plus que ce qui est dans les articles du 24 avril et du 27 mai?

Car le paradoxe de ce mouvement est bien là: oui, il dure; mais dans quelles conditions et avec quelles perspectives? Il est notable que nombre d’animateurs et d’animatrices de la grève ont le sentiment d’aller dans le mur: alors que le nombre de grévistes diminuait, les fédérations syndicales, mais aussi la plupart des syndicats locaux, n’ont jamais voulu remettre en cause «le calendrier», c’est-à-dire les grèves de 48 heures sans débat sur la reconduction du mouvement.

La grève reconductible n’a pas de vertu magique, et y appeler n’est nullement la garantie qu’elle existe. Il faut la préparer, l’organiser, l’animer, la renforcer, etc. Et ça ne marche pas toujours! Mais les grèves «carrées», fussent-elles de 48 heures au lieu des plus habituelles de «24 heures», présentent des différences essentielles avec les mouvements reconductibles: l’assemblée générale perd son sens puisque les grévistes n’ont pas à décider de leur grève. Ils et elles doivent suivre le calendrier des fédérations syndicales. Les grèves non reconductibles ne créent pas les conditions du débat permanent, et de la créativité individuelle et collective qui en sort, que favorisent au contraire l’AG quotidienne, les discussions tout au long de la journée sur le lieu de grève.

Bien évidemment, ce n’est pas après plus de 30 journées de grève non reconductibles qu’un mouvement reconductible peut s’envisager: le slogan demeure juste, mais il reste à l’état de slogan car les grévistes sont épuisé·e·s. Epuisé·e·s financièrement, ce qui n’est pas rien, mais aussi moralement: «tout ça pour ça?»

Le gouvernement a fait voter sa loi. Sans surprise, UNSA et CFDT organisent leur sortie du mouvement. CGT et SUD-Rail disent continuer durant l’été. Mais les conditions sont floues, l’absence d’unité (pourtant prétexte à l’alignement sur «le calendrier» durant trois mois) pèse, et bien des grévistes se demandent si le durcissement annoncé à travers des grèves lors des journées de départs en vacances ne vient pas trop tard… volontairement. D’autant qu’il s’accompagne aussitôt de déclarations parlant de «calendrier [de grèves] allégé».

Les grévistes méritent tout notre respect et ont besoin de tout notre soutien. C’est ce que tentent d’apporter certaines forces syndicales interprofessionnelles, mais aussi associatives et politiques. Chacun et chacune comprend qu’il ne s’agit pas seulement d’une grève des cheminots et des cheminotes, ni même d’une grève pour le service public ferroviaire. C’est cela, et c’est déjà énorme, mais il y a un enjeu politique qui dépasse ces cadres. C’était une raison de plus pour ne pas s’enfermer dans le piège des grèves non reconductibles!

Au niveau interprofessionnel, une journée nationale est programmée pour le 28 juin. Décidée par les confédérations CGT et FO, elle n’enthousiasme guère dans les syndicats locaux. Elle apparaît bien trop artificielle au regard de la situation réelle dans les entreprises et les services. Solidaires y appelle, sans avoir signé l’appel CGT/FO rempli de références au «dialogue social», aux «valeurs républicaines», etc. Plus que jamais, les priorités sont sans doute ailleurs: reconstruire un tissu militant au plus près du terrain, organiser le travail commun des militants et militantes défendant et pratiquant un syndicalisme où l’affrontement de classe est mis en avant, en s’appuyant sur une pratique démocratique de masse. (26 juin 2018)

Christian Mahieux est membre de Sud Rail et participe au comité de rédaction de la revue Les utopiques. Cahier de réflexions, de l’Union syndicales Solidaires

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Cette entrée a été publiée le 26 juin 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, services publics, SNCF, syndicats.