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Ma santé 2022…quand Buzin met le bouzin !

L’accouchement aura été long.

Retardé pour cause de Mondial de foot comme le plan “pauvreté” et surtout pour incompétence notoire de ses inspirateurs et rédacteurs le énième plan de réforme du système de santé a fait un beau flop.

Après quelques commentaires succincts dans la presse l’actualité a balayé ce non-évènement. Et pour cause. Il ne constitue en rien une réponse aux problèmes causés par des décennies d’austérité et de réformes détruisant pas à pas la santé publique et l’accès aux soins pour toutes et tous.

Actuellement les activités les plus techniques, notamment chirurgicales, sont dispersées au sein d’un nombre encore trop important d’établissementsLa révision des activités hospitalières soumises à autorisation se fera en deux temps : en 2020 pour les activités les plus structurantes sur les territoires, notamment les services d’urgence, les maternités, les services de réanimation, l’imagerie et la chirurgie ; en 2022 pour les autres activités. “ dixit Macron-patrons. S’inscrivant totalement dans une démarche libérale l’ensemble des mesures proposées très “médecin-centrées” vise essentiellement à augmenter la productivité de la médecine de ville et des hôpitaux sans dépenser un centime supplémentaire.

La casse de l’offre de soins dans les hôpitaux publics va s’amplifier, avec un nouveau classement des établissements :

  • les “hôpitaux de proximité” pour des soins au rabais pour les personnes âgées et malades polypathologiques et sans réel espoir de guérison. Hospices modernes, leur plateau technique sera minimum et la télémédecine sera promue pour “soigner à distance”. A grande distance ! Ces établissements seront les victimes principales de cette nouvelle attaque libérale. Quant à la population elle se trainera sur des routes départementales mal entretenues pour tenter d’atteindre, à 80 km/h maximum, un établissement référent dans le département ou la région. Ma santé 2022 ! Ils ne manquent pas d’air ni de gaz d’échappement.
  • les “hôpitaux spécialisés de recours”, chirurgie, maternité… à raison, grosso modo, d’un par département.
  • les “hôpitaux ultraspécialisés”, greffes, maladies rares… un ou deux par région, en clair les hôpitaux universitaires actuels (une trentaine).

D’ici 2020 les petits établissements vont de nouveau passer à la moulinette des technocrates des ARS. Le couperet va tomber pour fermer les derniers services de chirurgie, les maternités (2/3 des mat. ont été fermés en 40 ans) et services d’urgence survivants des purges précédentes. Le tout enrobé de l’éternel baratin sur la sécurité des malades et la pénurie de médecins. Ca fait quarante ans qu’on nous sert la même mixture avec le même verbiage libéral.

La place encore importante du service public, la rancoeur contre les mesures prises à la libération par le CNR, l’adhésion massive de la population à l’hôpital public et la survivance d’une sécurité sociale autant de raisons pour les Macron-patrons d’oeuvrer au retour forcé à la loi de la jungle capitaliste. Pour eux la santé et le social sont des marchandises. Après Kouchner, Mattéi, Douste-Blasy, Bertand, Bachelot, Touraine voilà la suite attendue avec Buzyn qui essaie de mettre le bouzin libéral en marche. Une nouvelle purge en vue !

Et les acteurs de santé dans ce merdier libéral ?

Les médecins sont souvent cités dans ce mauvais plan. Pour la médecine de ville la mode imposée est au regroupement dans des “communautés professionnelles territoriale de santé” ouf ! (CPTS) toujours sans aucune remise en cause sérieuse du paiement à l’acte, de la liberté d’installation et des dépassements d’honoraires. On n’attaque pas frontalement sa base électorale !

Ces regroupements visent à donner l’illusion d’un maillage territorial et d’une maitrise des évènements alors que de l’autre main on massacre le maillage hospitalier public. Car c’est là que se situe l’objectif essentiel pour ces censeurs de l’accès aux soins.

Pour faire face à la pénurie médicale organisée par les ministres successifs précédents (voir la liste plus haut) et qui commence à salement préoccuper population et élus de terrain, l’objectif n’est pas de former de nouveaux médecins, la disparition du numerus clausus est un leurre total. La sélection change simplement de forme mais elle sera toujours aussi forte. La réforme de l’enseignement vise à rationaliser les parcours des étudiant-es pour les mettre rapidement sur le marché du travail et faire des économies d’échelle. Exemple un étudiant de médecine en échec après la 3ème année sera automatiquement infirmier sans faire le cursus infirmier. Autant de gagné pour la fac et les Macron-patrons.

Alors que faire d’innovant, de moderne, de in ? Quelle poudre aux yeux disperser pour un gouvernement déjà à bout de souffle ? Inventer de nouveaux métiers déqualifiés !

Pour dégager du temps médical et augmenter la productivité (et l’encaissement de consultations supplémentaires) voici les chevaliers du nouvel ordre sanitaire du 21ème siècle ! Les assistants médicaux, véritables petites mains de ces regroupements de professionnels de santé, payés on ne sait pas trop comment, mais le SMIC sera sans doute leur ligne d’horizon salariale, on ne sait pas trop par qui, les médecins sûrement avec une éventuelle aide de la sécurité sociale. Génial !

Une petite année de formation et hop au boulot. Et puis on pourra y recycler des aides soignantes ou des secrétaires médicales hospitalières au bout du rouleau pour cause de conditions de travail délétères.

Le petit boulot comme solution à tous nos maux. D’autres pays y ont eu recours avec les résultats que l’on sait, l’explosion du nombre de travailleurs pauvres à multiples employeurs (Allemagne, Royaume-Uni…).

Mais c’est tellement moins cher que de former des médecins, des infirmières… Ces marchands de rêve nous font cauchemarder.

Concernant établissements et médecine de ville des infirmières new-look vont pouvoir jouer au petit médecin. Moyennant deux années supplémentaires d’études universitaires, elles pourront suppléer certains actes médicaux (renouvellement d’ordonnances, suivi de patient, prescriptions diverses… ) Pour la rémunération rien n’est curieusement précisé, un oubli sans doute alors que pour l’encadrement c’est prévu et annoncé. Là encore on vise à remplacer du temps médecin par un temps paramédical sous-payé. Le progrès est en marche !

Saupoudrage

Pour inciter les récalcitrants à marcher on va parsemer toutes ces mesures déjà très coercitives de quelques euros et de la sacrosainte mise en concurrence. Il faut motiver les troupes.

Mesures pécuniaires à travers quelques indulgences distribuées au gré des envies du prince. Ainsi 400 millions iront à l’amélioration de la qualité pour 3089 établissements hospitaliers. Un saupoudrage indécent lorsqu’on connait les difficultés financières des hôpitaux publics. On économise des milliards chaque année et par le fait du bon prince ce sont quelques millions d’aumône qui seront médiatisés pour défendre son image de pater familias bienveillant. Pas suffisant pour gommer sa réputation fondée de président des riches. A quand un Loto santé ?

et concurrence

Et surtout accentuation de la mise en concurrence. L’évaluation, y compris par les malades, deviendra un moteur des futurs financements hospitaliers. Jaugé comme un hôtel deux ou trois étoiles par Traviolgo, cette mise en concurrence est redoutable. Parce que non-objective sur des critères qui arrangent les faiseurs de roi, facilement manipulée et manipulable, elle va donner lieu à des débordements source de stress et de mal-être supplémentaire pour des équipes déjà au bout du rouleau.

Ces évaluations existent depuis des années dans la presse libérale grande amatrice de tableaux d’honneur et de bonnets d’âne. Lycées, hôpitaux, pissotières tout y passe. Ces magazines porte-parole du capitalisme triomphant s’attaquent idéologiquement au service public en le transformant en marchandise.

Lessive, hôpital même traitement ! Quel hôpital opère plus blanc ? Lequel enlève parfaitement les taches de l’âge ? Et lequel vous donnera une petite chance de réchapper de votre cancer sans froisser votre pyjama ? Imaginez patients et personnels lorsqu’ils lisent le classement couperet dans les bonnes feuilles de l’ExPoint. Des années de travail, d’investissement collectif et individuel cassé en quelques caractères dans une feuille de choux imprimée grâce à la pub des boites du CAC 40. De quoi motiver les troupes.

Et pour les malades ? Vous n’avez accès qu’à un hôpital mal noté alors que faites-vous ? Vous traversez la rue ? Ou plutôt le pays car avec un établissement ultra-spécialisé par région le choix sera limité. Les CHU de Lille, Toulouse, Bordeaux vont accueillir tous les malades de France ? Et puis pour votre prostate ce sera Lyon, votre coeur Paris et votre rate à Nice. Quand il n’y aura plus aucun espoir vous pourrez retourner à Pithiviers, Le Blanc ou Vierzon transformés en mouroir du 21ème siècle. Et même eux seront évalués en fonction de leur rapidité à vous faire passer l’arme à gauche. Ma santé 2022…ou la glaciation sanitaire.

Scandaleux et inaudible

À l’heure où des équipes et des agents craquent dans l’indifférence générale ces mesures sont un scandale d’Etat, une non assistance à système de santé en danger de mort. Les non-mesures pour les services d’urgence, pour la psychiatrie, pour la maltraitance institutionnelle des personnes âgées dans les EHPAD et les hôpitaux, pour les collègues qui ne font plus face et se suicident, pour les milliers qui quittent écoeurées les hôpitaux, pour l’accès aux soins impossible, ou dans des délais indécents, sont inacceptables. Non ces problèmes ne seront pas résolus par une bascule des patients vers la médecine libérale et la collaboration ville-hôpital. La seule collaboration qui existe c’est celle entre la ville et les cliniques commerciales. Et elle a de beaux jours devant elle avec le Macron-patrons aux manettes.

Dans les pays ou elle règne en maitre comme les Etats-Unis c’est là que le système de santé est le plus défaillant laissant sans soin plus de 40 millions d’Etats-uniens. Sans doute une référence absolue pour le cow-boy de l’Élysée.

Il y a heureusement de vraies solutions. Ne manque que la volonté politique.

D’abord rétablir une sécurité sociale solidaire universelle et unique. Assez des assurances privées et des fausses mutuelles qui se gavent sur le dos des patients.

On cotise en fonction de ses moyens et on reçoit selon ses besoins. Trop simple pour le secteur marchand, mais ce retour total et entier de la sécurité sociale gérée par les représentants des salarié-es et retraité-es permettrait d’effacer les faux déficits résultats de la multiplication des assurances et des défaillances de cotisation des employeurs et des exonérations multiples non couvertes par l’État.

Ensuite reconstruire le maillage du territoire par un financement sérieux des moyens basé sur les besoins de la population.

Pour faire face à la pénurie médicale la priorité absolue c’est l’accès à la formation et là aussi l’évaluation des besoins. L’exercice de la médecine sera maintenant assuré essentiellement par des femmes. Dans les facs elles seules arrivent à passer les sélections, bosseuses et motivées (jusqu’à 80 % de femmes par promotion). Les hommes choisissent des métiers plus rémunérateurs et plus accessibles comme le boursicotage, la banque et le commerce.

Les femmes médecins ont et auront des exigences fondées quant à l’exercice de leur métier et à la qualité de vie au travail. C’est un progrès incontournable. Horaires adaptés, temps partiel, vacances scolaires… Le sacerdoce c’est fini. Ni nonne, ni conne !

La liberté d’installation doit être remise en cause. Un service à rendre de quelques années pour la collectivité qui aura financé des études longues et trop souvent réservées aux enfants de familles aisées devra être mis en place pour assurer le maillage du territoire et une proximité soigné/soignant.

Le statut de médecin salarié devrait devenir la règle. Il est plébiscité par l’immense majorité des jeunes médecins. Cela permettrait aussi de supprimer le paiement à l’acte générateur de pratiques d’abattage et de soins inutiles dans de trop nombreux cabinets médicaux.

Pour faire face à la crise hospitalière il faut en finir avec la santé commerciale privée. Le statut de ces établissements devra être revu. Ils seront absorbé dans le service public ou destiné à une activité non lucrative. C’est ce qu’il faudrait faire à Gien pour la Polyclinique délaissée brutalement par ses actionnaires insatisfaits. La mainmise de grands groupes financiers internationaux est un non-sens dans un système dont le financement social est collectif et national.

Dehors les traders ! Place aux besoins !

Pour les hôpitaux l’effacement de la dette est une priorité absolue. L’organisation territoriale doit être basée sur les besoins de santé et décidée non plus par des technocrates mais par les acteurs de santé, les professionnel-les, les malades et les familles en concertation avec les élu-es locaux. Les services de l’Etat pourront amener éventuellement leur éclairage, une expertise et la coordination mais avec “tact et discernement”.

Sortir de la logique mercantile inadaptée aux besoins de santé et revenir aux fondamentaux, les besoins de la population. C’est l’urgence dans ce monde déboussolé par l’argent facile et unique moteur des décisions des politiques du moment.

Santé, éducation, écologie, culture, qualité de vie au travail (et ailleurs) il serait temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard, non pas pour la planète qui continuera de tourner autour du soleil, mais pour l’humanité. Ce qui était une question sociale au siècle passé est devenue une question de survie pour toutes les femmes et les hommes de ce monde. Levons-nous !

Jean Delhosto 26 septembre 2018

 

 

 

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Cette entrée a été publiée le 26 septembre 2018 par dans anticapitalisme, COMMERCE, HÔPITAL, PRIVATISATIONS, santé.