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Nicaragua. La cinquième phase de la répression ortéguiste: l’établissement d’un Etat fasciste !

Par Roberto Samcam

Rapidement, Ortega et sa clique dirigeante se dirigent vers une cinquième étape du processus répressif qu’ils développent dans notre pays, dans une vaine tentative d’établir leurs propres conditions avant le scénario d’une éventuelle négociation à laquelle ils ne pourront échapper. Et peu importe à quel point leur appareil de propagande veut nous vendre une prétendue «normalisation »de la situation au Nicaragua.

De la première répression généralisée d’avril à juin 2018, on a passé à la fatidique «Opération nettoyage» des barrages au mois de juillet, rappelant (et, y compris, dépassant les fameuses opérations de nettoyage menées par Somoza et sa Garde nationale après l’insurrection de septembre 1978). Comme en 2018, des crimes odieux furent commis contre la population civile, dont beaucoup relève de la catégorie des crimes contre l’humanité. Puis le pouvoir Ortega-Murillo a procédé à la «répression sélective», en particulier des jeunes, comme mesure de punition et de leçon pour tous ceux et celle qui «osaient» attaquer la stabilité du modèle de pays qu’ils avaient construit pour la famille au pouvoir, leur clique politique et militaire ainsi que d’autres complices. Plus tard viendra l’étape de la criminalisation de la protestation citoyenne, pour empêcher la population nicaraguayenne de continuer à revendiquer civilement et pacifiquement la justice, la démocratie et la paix dans les rues [face aux paramilitaires et à la police], en contradiction avec la propagande officielle de «normalisation» que le régime tente de vendre avec empressement à l’extérieur.

Aujourd’hui, la répression orthodoxe se transforme en ce que l’on pourrait considérer comme une étape finale: la construction et la consolidation d’un Etat fasciste, où la plupart de ses caractéristiques sont présentes.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2007, le binôme gouvernemental Ortega-Murillio a promu comme forme de gouvernement une sorte de totalitarisme. Peu à peu, il a éliminé les voix dissidentes de son gouvernement, certaines par la cooptation économique, d’autre part le chantage et les menaces, d’autres encore par la fermeture de tous les espaces politiques. La rhétorique officielle était que nous vivions dans un pays marqué par bon gouvernement, avec un modèle économique et social de consensus absolu, dans lequel il n’était pas nécessaire de rien remettre en question parce que nous étions tous sous le manteau de l’Etat protecteur.

Le parti sandiniste, devenu une secte politique et religieuse –ésotérique [sous l’influence de Rosario Murillo], l’ortéguisme est devenu omniprésent et tout-puissant, monopolisant tous les espaces politiques et sociaux possibles, éliminant par divers moyens concrets les mécanismes d’expression et de participation citoyenne «étrangers» au pouvoir.

A partir du mois d’avril 2018, protégés par la répression armée, ils ont essayé de terminer l’œuvre et, avec tout le cynisme possible, de faire de l’Etat orthodoxe le seul moyen d’expression valable, le seul interlocuteur, le seul canal pour toutes les aspirations du citoyen ordinaire, une version augmentée et corrigée du modèle cubain, réduisant au minimum la liberté individuelle.

Le citoyen a disparu, il est devenu un client politique proche du gouvernement s’il s’adapte au système, ou un ennemi qu’il faut «exterminer» s’il s’oppose aux projets du couple au pouvoir. Le totalitarisme et le verticalisme [tout vient du sommet] serviront de modèle pour promouvoir, comme l’étape antérieure ce que le binôme avance déjà l’imposition d’une mentalité militariste qui écrase la société nicaraguayenne, ce qui est la conséquence la plus visible de la consolidation de l’Etat fasciste (sui generis).

Les cadres politiques qui fonctionnaient au niveau départemental et municipal sont progressivement remplacés par de vieilles figures de la guérilla sandiniste qui se sont sali les mains (ensanglantées) durant ces mois de répression. Ortega accuse les premiers d’être responsables de la destruction de la bulle dans laquelle ils vivaient, du «Pays des merveilles», le pays du mensonge qui régnait à volonté. Ils leur font remarquer qu’ils n’ont pas remarqué à temps ce qui s’en venait, qu’ils ont fait un mauvais travail avec la base, qu’ils ont attaqué le parti (le FSLN) et aussi incroyable que cela puisse paraître, il les accuse de ne pas s’être impliqués plus fermement dans la répression durant ces mois sombres.

Pour cette raison, dans le nouvel État, il n’y a pas de place pour les objections morales, la seule chose qui compte est la loyauté envers le Caudillo. Les élus sont ceux qui sont prêts à tuer pour lui, ceux qui sont prêts à donner leur vie pour lui, ceux qui sont plongés jusqu’au cou dans les crimes, ceux qui sont dans la même barque qu’Ortega et occupent donc le même autel du salut.

Samca

Roberto Samcam, blessé lors d’une attaque de paramilitaires au service du pouvoir ortéguiste

Les nouvelles hiérarchies intermédiaires, le second niveau de commandement de l’ortéguisme dans les territoires, les anciens cadres de guérilla, les malades, les malades, les alcooliques, les éternels fantômes de l’Etat, ceux qui pendant onze ans ont bénéficié des bienfaits et de la gentillesse du couple présidentiel, sont la nouvelle courroie de transmission de l’Etat fasciste qui vient de se créer. Ce sont les élus du seigneur de guerre afin de tenter de prolonger l’agonie. Ils ont totalement acheté la propagande officielle du «Coup d’Etat face à la seconde étape de la Révolution» [un «coup d’Etat ayant commencé par les revendications des paysans contre le canal océanique, par les récriminations face à la destruction de zones compotant une protection d’un écosystème, par le refus de la contre-réforme de la sécurité sociale, par les dénonciations de la corruption, par le refus de faire taire des médias ou de «licencier» des médecins pour avoir soigné des manifestant·e·s et des policiers…]. (Publié le 5 novembre 2018; traduction A l’Encontre)

Roberto Samcam est un ancien de l’armée sandiniste. Il s’est auto-exilé pour raisons de sécurité.

 

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Cette entrée a été publiée le 8 novembre 2018 par dans AMERIQUE LATINE, anticapitalisme, NICARAGUA, REPRESSION.