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Gilets jaunes : France 5 et les « nouveaux chiens de garde » présentent l’addition !

Samuel Gontier

Les Gilets jaunes, c’est terminé, assurent les éditorialistes. Reste à évaluer le coût de leurs dépradations et du “virage social” obtenu du gouvernement. Qui va payer ? Les chômeurs et les fonctionnaires, se réjouissent les experts. Seul Jean-Michel Aphatie reste hanté par la “machine de destruction massive” mise au point par les occupants des rond-points.

« Gilets jaunes : et maintenant… l’addition », titre C dans l’air, mardi soir sur France 5. « Après les mobilisations, c’est l’heure de l’addition », confirme Ruth Elkrief sur BFMTV. Ah bon, les mobilisations sont terminées ? « Alors, qui va payer ? Qui va payer économiquement, politiquement, financièrement ? », demande la présentatrice de BFMTV. « Qui va payer la réparation des péages d’autoroute ? », interroge plus précisément le 20 heures de TF1.

« La facture de la crise s’alourdit », déplore Caroline Roux sur France 5. Notamment avec l’octroi d’une prime de 300 euros aux policiers et gendarmes. Bruno Jeudy commence par louer leur héroïsme. « Ils ont tenu le pays pendant cinq semaines. » Dans la mire de leurs LBD. « Il y a urgence, s’agissant des forces de sécurité, assure l’éditorialiste BFMTV de France 5. C’est un front extrêmement compliqué dès lors qu’il s’enflamme. » A moins de compter sur l’armée pour l’éteindre.

Outre la question des heures supplémentaires non payées, explique Bruno Jeudy, « il y a aussi des problèmes de matériel. Sur l’affaire de Mantes-la-Jolie, où il y a eu cette image des lycéens les mains derrière la tête, les policiers ont expliqué qu’ils n’avaient pas assez de menottes ce jour-là ». Tout s’explique. S’ils avaient été suffisamment dotés, les policiers auraient pu agenouiller les lycéens avec les mains menottées derrière le dos. Et tout le monde aurait trouvé ça charmant.

Françoise Fressoz trouve à la mobilisation des policiers un « aspect positif : s’ils le font aujourd’hui, c’est qu’ils ont senti que le mouvement des Gilets jaunes était terminé et qu’il n’y avait plus de menaces pour la sécurité publique ». C’est la bonne nouvelle de la journée, le mouvement des Gilets jaunes est définitivement mort et enterré (sur les plateaux télé).

Comme Bruno Jeudy, l’éditorialiste du Monde salue l’abnégation des forces de l’ordre : « Ils ont vraiment tenu le pays pendant cinq semaines. » Au bout du canon de leurs lance-grenades. « Aucun Français ne va reprocher au gouvernement de leur lâcher de l’argent. » Même pas un manifestant éborgné ou amputé. « La collectivité leur doit quelque chose. » Surtout la collectivité des éditorialistes. « Le problème, c’est si ça fait contagion avec d’autres catégories. » Plus qu’un problème, ce serait une catastrophe. Facilement évitable : si les forces de l’ordre sont suffisamment choyées, elles retrouveront vite le cœur de réprimer les catégories contaminées.

« Le sujet, craint pareillement Dominique Seux, c’est qu’un certain nombre de professions vont se réveiller. » Pire que les professions, leurs syndicats. « La prime de 300 euros, ça suffira pas. On connaît la capacité des syndicats à faire de la surenchère. » « On va revenir sur les conséquences politiques de cette crise, propose Caroline Roux. Vous savez, c’est comme quand la vague se retire après un tsunami, on constate les dégâts. » Les Gilets jaunes sont une catastrophe naturelle à eux tout seuls.

Pour Françoise Fressoz, « les gagnants du mouvement sont quand même tous ceux qui demandaient un rééquilibrage de la politique et qui l’ont obtenu par une épreuve de force ». Ça fait maintentant une semaine qu’on vous le répète : les Gilets jaunes ont obtenu un « tournant social » de l’exécutif. « Le gouvernement réussit à mettre avec lui des forces qui d’habitude protestent énormément, notamment les entreprises. » Il faut croire que, cette fois-ci, les Gilets jaunes ont protesté plus fort. « Les entreprises vont payer un peu, la façon dont on les fait contribuer est plutôt intelligente. » Puisque c’est sur la base du volontariat.

« Quand Emmanuel Macron ou le gouvernement rencontre des entreprises, elles contribuent aussi. » En l’occurence, il s’agit seulement de grandes entreprises : la majorité des salariés français ne bénéficiera pas de leurs largesses. « C’est une prise de conscience, se réjouit Françoise Fressoz : si on fait pas attention à cette partie de la population qui se sent reléguée, on va vers une catastrophe démocratique. » On risque une démocratie qui ne serait plus au service des entreprises. « Le gouvernement a dû lâcher 10 milliards d’euros, les entreprises et les très hauts revenus vont être obligés de se dire : On ne peut peut-être pas continuer comme avant. » On peut peut-être fonder des œuvres de charité.

Comme il est question du martyr enduré par les péages, Bruno Jeudy estime que « la privatisation des autoroutes, en 2005, ça n’est jamais passé. Il y a un vrai symbole à prendre en otage les barrières de péage ». Quoi ? Des barrières de péage prises en otage ? Ces Gilets jaunes ne valent pas mieux que des cheminots. « On la connaît vraiment, la somme totale du coût de la crise des Gilets jaunes ?, s’inquiète Caroline Roux. Le gouvernement a parlé de… » « … 0,2 point de croissance », complète Françoise Fressoz. « 10 milliards sur les finances publiques et 5 milliards sur l’activité économique, détaille Dominique Seux. Au total, ça représente un déplacement de 15 milliards d’euros, ce n’est pas rien. » C’est énorme et, pour achever de m’anéantir, la présentatrice révèle : « L’Insee divise par deux sa prévision de croissance pour le quatrième trimestre ». « L’Insee abaisse sa prévision de croissance pour 2018 », se lamente aussi Ruth Elkrief, appuyée par un bandeau flippantissime :

Sur France 5, Françoise Fressoz revient sur l’usine à gaz de l’augmentation du Smic qui n’en est pas une. « On est rentré dans un monde très, très complexe et il faut prendre le temps de faire la pédagogie de pourquoi c’est aussi compliqué. » Surtout à l’attention des Gilets jaunes, dont on connaît le simplisme. Dominique Seux se félicite aussi de la revalorisation du Smic grâce à l’augmentation d’une prestation sociale versée par l’Etat. « La meilleure illustration du sur-mesure, c’est vraiment la prime d’activité. Les familles monoparentales sont les grandes gagnantes des mesures annoncées. » Et les entreprises, auxquelles ça ne coûtera pas un centime.

François Fressoz l’admet, « tout le monde est un peu tourneboulé par la crise ». Surtout à la télé. « Même les entreprises !, s’écrie Dominique Seux. Dans Le Monde d’aujourd’hui, il y a un appel de treize patrons du CAC40 qui prônent une croissance inclusive et ils prennent des engagements très concrets : dix millions de repas gratuits seront servis l’année prochaine par ces grandes entreprises. » Quelle générosité ! Après les Restos du cœur, les Restos du CAC40. On y servira du caviar et du foie gras.

Caroline Roux interroge : « Est-ce que ce serait pas un virage social qui ne dirait pas son nom ? » Au contraire, son nom a été dit par tous les exégètes du discours d’Emmanuel Macron. La présentatrice lit un extrait de communiqué non sourcé. « Il y a cette annonce : “La lutte contre les inégalités sera au cœur de la présidence française du G7.” » Bientôt les Restos du G7, la montée en gamme se poursuit. « On est plus du côté Bayrou, estime Soazig Quéméner, de Marianne. C’est-à-dire plus de justice sociale dans le monde d’Emmanuel Macron. » Il faut dire que François Bayrou est un collectiviste notoire.

« Que vont devenir les réformes ?, s’alarme Caroline Roux. Certaines voix demandent le report de la réforme des retraites. » Aucun problème, pour Dominique Seux, il suffit de « trouver le bon moment pour une réforme qui devrait entrer en vigueur en 2025 ». Un pont du 15 août pourrait faire l’affaire. « Il y a un problème sur lequel le gouvernement n’a cessé de reculer, déplore Françoise Fressoz, c’est la dépense publique. » Ah oui, celle qu’il faut réduire. « Pour éviter que le déficit explose, il faut faire une réforme de l’État. Est-ce qu’il est en mesure de la faire ? » J’espère. Dominique Seux, lui, rappelle que l’objectif de la réforme de l’assurance chômage est de « réaliser deux ou trois milliards d’économies ». En résumé, les formidables mesures en faveur des smicards seront financées par les fonctionnaires feignants et les chômeurs assistés. Voilà un « rééquilibrage » qui va dans le sens de la « justice fiscale » réclamée par les Gilets jaunes. D’où leur décision d’arrêter le mouvement.

Caroline Roux demande à ses invités de calculer « l’addition politique ». « Le premier perdant, juge Bruno Jeudy, c’est Emmanuel Macron. » Non ?!? « C’est lui qui été ciblé personnellement, pris en grippe de manière presque irrationnelle par les gens qui étaient sur les rond-points. » Rappelons que, selon les critères mis au point par l’éditorialiste pour les distinguer, le « vrai » Gilet jaune est irrationnel alors que le « faux » Gilet jaune développe une pensée politique qui le disqualifie immédiatement.

Un insoutenable reportage sur la ruine du petit commerce est diffusé, les images de pots de fleurs brisés et de vitrines étoilées manquent me faire tourner de l’œil. Dominique Seux commente : « J’entendais que les réservations au Mont-Saint-Michel pour l’anniversaire du Débarquement commençaient à être un peu annulées. » Ainsi que les réservations pour le prochain concert de Johnny Hallyday.

L’éditorialiste des Echos prédit pour les Français un brusque retour à la réalité. « Il y aura peut-être un choc psychologique quand sera annoncé en milieu d’année 2019 que la dette atteint 100 % du PIB. » Quelle horreur ! Il a bien fait de m’avertir. Je vais commencer dès demain une cure d’antidépresseurs pour être certain d’encaisser le choc quand il arrivera. En attendant, j’avale une boîte d’anxiolytiques : Jean-Michel Aphatie est invité de C à vous. Trois jours seulement après avoir été invité de C l’hebdo, où il a déclaré : « Dans ce mouvement [des Gilets jaunes], je pense depuis le début qu’il y a une organisation souterraine, cachée. Il y a des tireurs de ficelles. » Heureusement que France 5 veille à déjouer les fake news des complotistes (quand ce sont des Gilets jaunes).

« A la une ce soir, un record, trompette Anne-Elisabeth Lemoine. Le record d’impopularité d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre. » Elle cite un « sondage Odoxa du 18 décembre » et accueille le représentant de ladite société de sondologie, Gaël Sliman. « C’est un effondrement, dit-il, on pourrait parler de hollandisation. » Mâtinée d’une pointe de sarkozysation. « Le problème, explique Jean-Michel Aphatie, c’est qu’Emmanuel ne peut plus être Macron. Il ne peut plus parler comme il en a envie, il ne peut plus faire de petites phrases… » Tellement spirituelles. « Il ne peut pas montrer le bon côté de sa personnalité, la vivacité d’esprit, la rapidité, les solutions à tout… » Bref, son incommensurable génie. « Fini tout ça ! Sa politique a pris du plomb dans l’aile. » Mais pas dans la cervelle.

Les experts font le tour des personnalités qui tentent de tirer profit de la « crise » des Gilets jaunes, je découvre une profonde pensée exprimée dans L’Express par Ségolène Royal : « Autrefois, on parlait d’une gestion en bon père de famille, aujourd’hui, c’est peut-être en bonne mère de famille qu’il faudrait diriger : de façon calme et apaisée. » Et féministe, on dirait. « Est-ce qu’elle peut incarner une forme de recours ?, s’auto-demande Jean-Michel Aphatie. C’est la carte qu’elle joue. » Partie comme elle est, elle devrait séduire les militants de la Manif pour tous. Gaël Sliman : « Y a pas un désir de Ségolène Royal dans l’opinion. » L’opinion n’a pas de cœur, elle n’apprécie pas ses qualités féminines.

Comme il est question du retour en force de Nicolas Sarkozy, Jean-Michel Aphatie s’ébaubit : « Quel est le statut de notre conversation ? On est en pré-campagne présidentielle ! On y est ! La conversation, elle nous amène naturellement vers ça ! » Ça ne m’étonne pas : toute conversation d’éditorialistes située entre une élection présidentielle et la suivante les amène naturellement vers ça. Gaël Slimane offre sa grille d’analyse pour décrypter la situation politique : « Je dirais : à qui profite le crime ? » Les Gilets jaunes ne sont pas seulement une catastrophe naturelle, ils sont des criminels.

« Les Gilets jaunes, précise Jean-Michel Aphatie, c’est une machine de destruction massive. » A l’existence avérée, au contraire des armes de destruction massive de Saddam Hussein. « Ça construit rien. Aujourd’hui, ça n’a pas de sens. » En tout cas, pas le sens commun (d’un éditorialiste). « C’est une machine qui casse tout ! Qui balaie tout ! Nous sommes sur le fil du rasoir, tout est près de foutre le camp. » Je ne m’inquiète pas, j’ai fait des socks de conserves, de farine, de sucre et d’huile. « C’est une crise jamais connue depuis 1945, la République est en train de trembler… » Pas autant que Jean-Michel Aphatie. « Le pays fonctionne ! Faut arrêter, enfin ! », proteste Patrick Cohen. « Est-ce vous vous rendez compte ce que nous sommes en train de vivre ?!, le tance l’éditorialiste. Les budgets de la nation venaient d’être voté, il faut les détricoter ! » Un véritable crime contre l’humanité.

« On n’a que de l’inédit, que de l’inédit !, s’emballe Jean-Michel Aphatie. Du jamais vu ! » « Il faut détricoter le budget… », enchaîne Anne-Elisabeth Lemoine. « Jamais vu ! Jamais vu ! », l’interrompt Jean-Michel Aphatie. « … Pour rendre possible les mesures annoncées… » « Jamais vu ! », insiste Jean-Michel Aphatie. « … Justement, on y vient… » « Jamais vu ! » « … Smic, CSG, heures supplémentaires… » « Jamais vu ! » « Jean-Michel, vous vous énerverez un peu plus tard, se fâche la présentatrice. Pour l’instant, on passe au casse-tête de la mise en œuvre des mesures annoncées par Emmanuel Macron. On passe en revue tout ce qui coince avec Nicolas Doze, éditorialiste éco sur BFMTV. » Ils sont sympas, sur France 5, à inviter les éditorialistes de BFMTV, ça m’évite de la regarder.

Nicolas Doze ne tarit pas d’éloges sur le virage social pris au frein à main par le gouvernement. « 100 euros, c’est colossal comme augmentation ! » Il faudrait songer à rétablir l’ISF pour les smicards. J’apprends avec cet éditorialiste zélé que la hausse de la prime d’activité est tout simplement la panacée : « C’est un outil hyper efficace, c’est le successeur du RMI de Michel Rocard. C’est le meilleur outil pour réduire les inégalités. C’est un super-outil de redistribution. » Une redistribution en provenance des fonctionnaires et des chômeurs, comme nous l’avons vu. « Quant aux fameuses heures sup défiscalisées, ça apporte du pouvoir d’achat, c’est une mesure efficace. » Finalement, Jean-Michel Aphatie n’a aucune raison de trembler.

 

 

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Cette entrée a été publiée le 23 décembre 2018 par dans anticapitalisme, DEMOCRATIE, FRANCE, MEDIAS.