NPA Comité Orléans Loiret

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A propos de la multiplication des tags antisémites.

Disons tout de suite que j’ai du mal à croire à cette prolifération de croix gammées comme un accès « spontané » d’antisémitisme, au même moment où certains tendent de nous convaincre que toute révolte populaire est marquée du sceau du populisme donc que des loups sont entrés dans Paris… Que la violence nous menace tous et ce en parfaite contradiction avec les faits et le nombre de morts, d’estropiés exclusivement du côté de ceux qu’on accuse de violence. Ce genre de campagne enveloppe trop bien à la fois ceux que l’on veut déconsidérer, les banlieues et les gilets jaunes devenus des « beaufs ». Il s’agit peut-être de donner son axe à la campagne de Macron, ce sera lui ou les fascistes de Le Pen.

Je vais vous dire ce que j’en pense de là où j’interviens. Je vais dire Nous les Juifs, parce que chacun sait non seulement mon origine mais mon allergie à l’antisémitisme et à toute forme de racisme, quel que soit celui qui se permet le moindre écart. Mais je crois que nous les juifs nous avons acquis à nos risques et périls un tel effet de marque dans ce domaine qu’il est aisé de nous utiliser. Ainsi, même en Pologne, il y a eu un gang qui pillait les synagogues pour le fric, rien que pour le fric et qui laissait pour égarer l’enquête quelques croix gammées de ci de là… Peut-être certains font-ils de même pour continuer à piller le peuple français. J’attends les résultats de l’enquête.

Je suis en train d’écrire mes mémoires et elles débutent par un dialogue avec Monika dans un voyage en Pologne. Il s’agit de mes origines, mais aussi de là où le siècle précédent saigne, d’où est partie la chute du communisme européen. Je constate que ce pays se vante d’avoir deux prix Nobel, excusez mon propos mais ce sont deux salauds de première: Begin et Walesa… de ce constat a jailli cette nuit cette méditation iconoclaste sur la question juive.

En pensant au texte collectif signé par Einstein et Hannah Arendt (1), entre autres, mettant en garde le monde contre l’apparition d’un fascisme juif en la personne de Begin, je souris malgré moi. Il n’y avait effectivement aucune raison pour que deux juifs allemands qui sortaient à peine de l’expérience hitlérienne supportent le moins du monde un fasciste fut-il juif. Peut-être que cela remonte plus loin encore, souvenez-vous de Döblin, juif allemand évolué découvrant l’univers hassidique en Pologne. Il n’y avait aucune raison pour que deux juifs allemands proches de Döblin aient quelques accointances avec un juif polonais qui se prenait pour un aristocrate polonais et en adoptait les visions rétrogrades contre d’autres sémites, je veux parler de Begin. Quand on étudie un peu son parcours, il est fasciste polonais jusqu’à la moelle, antisoviétique d’une manière qui laisse loin derrière lui Jean-Paul II. Il ne devient pas un fasciste juif, il l’a toujours été en tant que Polonais.

A propos de juifs polonais, ils ont subi une transition accélérée, ainsi des siècles me séparent de mon propre grand-père, qui, selon la coutume familiale, partout où il allait fondait une synagogue selon le rite polonais. Il croyait que la terre était plate et quand j’ai essayé de lui expliquer comment à partir de Copernic, on a pu envisager d’en faire le tour, il m’a demandé qui était ce Copernic. J’ai dû avouer qu’il s’agissait d’un moine polonais. Il s’est écrié « Et tu crois ces gens là! ».

Son hostilité caricaturale à tout ce qui n’était pas juif, je l’ai bien souvent rencontrée, y compris chez ce rabbin, vaguement parent, déclarant « je suis pour les mariages mixtes! » il faisait allusion aux ashkenaze et séfarades. Sauf dans de rares cas, il ne s’agit pas de l’hostilité de l’antisémite ou du raciste à l’égard de l’autre, mais d’une sorte de non existence, une coexistence où l’indifférence sur l’essentiel est la règle. J’ai rencontré quelque chose de semblable dans la conception de l’espace africain. Les morts sont là éternellement présents, et les chemins dans le vaste monde n’existent que si on peut faire halte chez un ami, un parent, un frère étant donné que les Africains sont frères, ça fait du monde. La manie du blanc, selon eux, d’aller n’importe où et en particulier là où il n’a rien à faire, leur parait étrange.

Ainsi, alors que je revenais de mon dernier voyage en Pologne, je revois cette femme, qui, comme moi, attendait l’ouverture d’un magasin Darty, boulevard Cantini à Marseille. Elle s’est adressé à moi et au bout de 5 minutes j’ai su que j’avais affaire à une juive. Elle était blonde, de ce blond oxygéné typiquement marseillais, mince et rien n’aurait dû m’alerter. Rien si comme d’habitude je savais… Je voulais vérifier mon intuition, je lui ai dit que j’arrivais de Pologne, du côté d’Auschwitz, etc… Et à ma question directe, elle a protesté « Vous faites complètement erreur, c’est mon mari qui est ashkénaze, moi je suis séfarade ». Et elle s’est embarquée dans une bizarre description de tous les lieux touristiques en Europe, les Ghettos, les synagogues, les cimetières… « prenez Livourne, me disait-elle, quand on pense à la réputation de cette ville, et bien il n’y a rien à voir, strictement rien ». Elle parlait bien sûr de la présence juive. Au nom de quoi nous sommes-nous reconnues? Je l’ignore, mais le fait est. Mais cette reconnaissance mutuelle engendrait un espace et un temps tout à fait particulier. Je le répète comme les Africains qui eux aussi ont quelque raison de douter du caractère désintéressé de ceux qui s’adressent à eux. Mais qui eux aussi peuvent en tirer une espèce de vocation au sauvetage de l’humanité.

Prenez les discussions talmudiques, depuis toujours elles reflètent un questionnement sur la nature de notre « élection », Woody Allen réclamant d’ailleurs que de temps en temps on nous considère « en ballotage »: Sommes-nous « élus » pour accomplir le destin du peuple juif ou le sommes-nous pour toute l’humanité? Les chrétiens ne sont pas plus éclairés, quand déjà ils sortent de leur « peuple déicide », c’est comme Saint Augustin, Pascal, pour affirmer que les juifs sont la preuve de l’existence de Dieu. En gros, je résume, pour s’obstiner au nom de leur foi à vivre dans des conditions aussi ignobles, il faut vraiment que les Juifs aient à témoigner de quelque chose. Mais poursuivent ces bons apôtres, devisant aimablement sur « notre » cas, ce sont des êtres trop vils pour voir la splendeur du Christ, donc ils continuent à l’attendre, ils l’ont raté. Selon cette logique, nous voilà condamnés éternellement à stationner dans une gare du Birobidjan qui ne mène nulle part malgré les panneaux indicateurs écrits en Yiddish où à chercher du côté du Sinaï un tombeau de Moïse qui n’existe pas plus. Freud avait résolu la question en disant qu’il valait mieux aller ailleurs que dans ce lieu où les religions monothéistes étaient condamnées à s’écharper et d’ailleurs, il a écrit un texte passionnant sur le fait que Moïse n’était pas juif, mais un prêtre égyptien disciple d’Akhenaton (2). Je crois que Freud, Hannah Arendt – dont les écrits sur les juifs constituent la partie la plus intéressante de l’œuvre – eux et tant d’autres, nous sommes bien convaincus qu’il n’y a aucune gloire à appartenir au peuple juif, mais qu’il est difficile d’oublier qu’on l’est, comme d’ailleurs de devenir psychanalyste si on ne l’est pas.(3)

Alors pourquoi ne pas y renoncer quand on ne croit plus en Dieu en particulier. D’abord parce qu’on ne demande à personne de renoncer à être Breton ou Corse, et de se sentir redevable à ses parents. Mais même si on veut s’en débarrasser, tout le monde paraît avoir à cœur de vous le rappeler. Pour Freud, cette appartenance était une propension à la psychanalyse, vu qu’illico on devient un oracle en ce qui concerne tout le mal-être de l’humaine condition, un mythe sur pattes. Autant vaut s’en accommoder en prenant l’habitude d’assumer en cherchant toujours à partir de cette expérience initiale du ghetto un chemin vers l’universel. Le communisme semblait fait pour tout concilier et l’URSS, est apparu comme le Yiddishland pour l’humanité enfin unifiée après l’apocalypse.

C’est sans doute un moment historique, mais on peut dire qu’il dure… du moins dans l’esprit malade de ceux qui ont si peur du présent et de l’avenir qu’ils sont toujours « à rebours » pour nous y mettre dans les chambres à gaz qui selon eux n’ont jamais existé. Mais à côté de cela, il peut y avoir des petits escrocs qui jouent à bon compte avec la manière dont le nazisme a dû singer la révolution pour se faire accepter. Encore une de mes méditations du moment. Quand le capital ne sait plus quoi inventer pour perdurer, il imagine une révolution qui ne touche surtout pas au Capital. Dans ce cas-là la cible juive est inévitable comme celle du ventre des femmes devenu la garantie de la virilité masculine. Il est clair que si l’on en reste à ce niveau là, utiliser Simone Veil, la couvrir de tags et d’épithète haineuse remplit parfaitement le rôle que l’on donne à cette campagne.

Peut-être est-ce là le fond de ces mémoires dans lesquelles je ne cesse d’affirmer que le communisme pour moi a été certes une « prise de parti », mais aussi et surtout un choix de civilisation. Cette option n’est pas uniquement celle des Juifs ou des Africains, voir des Chinois ou encore des Cubains, je l’ai retrouvé chez bien des camarades. On adhère à un syndicat pour se défendre, mais l’engagement communiste avait aussi une dimension culturelle et anthropologique originale.

Danielle Bleitrach

(1) Il s’agit bien sûr de la célèbre lettre au New York Times du 2 décembre 1948

(2) Il s’agit de l’homme Moïse et la religion monothéiste. Était-ce pour se dégager de cette appartenance qui effectivement prend parfois des allures de papier tue-mouche, je ne le crois pas. Avec un minimum d’intelligence on considère vite l’entreprise comme étant impossible et donc le plus simple est de tenter de rationaliser. Dans ce cas-là il s’agit plutôt de la position de Dieu ou celle de l’analyste.

(3) Vous remarquerez le désaveu que subit cette discipline depuis que la culture judéobolchevique en a pris un coup ou plusieurs. Ce sont des univers imbriqués les uns dans les autres.

 

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Cette entrée a été publiée le 13 février 2019 par dans anticapitalisme, ANTISEMITISME, FRANCE.