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120.000 fonctionnaires en moins !?

La promesse de campagne d’Emmanuel Macron pourrait être remise en cause par une demande sans cesse croissante de services publics. D’où la nécessité de se battre et de ne pas céder un pousse de terrain au pouvoir aux ordres des banquiers européens !

Par Benoît Floc’h

C’est le quotidien L’Alsace qui rapporte la scène. Lors d’une rencontre organisée dans le cadre du grand débat à Mulhouse (Haut-Rhin), le 8 mars, sur le thème des services publics, un participant s’insurge : « A qui s’adresser ? Oui, c’est vrai, à qui ? Quand il n’y a plus personne ? Moi, ce que je vois, c’est que partout, les services publics diminuent : à La Poste, on est mis face à des machines, à la sous-préfecture, on vous dit : “Il faut faire les démarches sur Internet.” Moi, je suis humain et je veux m’adresser à des humains ! »

Ces dernières semaines de débats l’ont montré : une partie des Français veulent plus de services publics ou en tout cas retrouver une relation moins déshumanisée avec certaines administrations. Dans ce contexte très sensible, le gouvernement peut-il encore tenir la promesse présidentielle de supprimer 50 000 postes dans la fonction publique d’Etat et 70 000 dans les collectivités locales pendant le quinquennat ?

Malgré l’hiver éruptif qu’a traversé le pays, le pouvoir n’a jamais abandonné cet objectif. « Cette promesse sera tenue », a encore affirmé Gérald Darmanin, le 27 février. Un but que le ministre de l’action et des comptes publics justifie d’ailleurs par… le grand débat : « Il ne faut pas faire comme s’il n’y avait pas eu de grand débat. Le signe que l’on donne, c’est qu’il faut que l’Etat se transforme. Il faut que l’Etat dépense moins, parce que, s’il dépense moins, il y aura moins d’impôts. »

Et chaque fois que la question lui est posée, l’exécutif assume sa position face à une opinion partagée sur le sujet. Les sondages réalisés ces dernières semaines confirment l’ambivalence des Français sur cette question. Faut-il réduire le nombre de fonctionnaires ? 49 % des personnes interrogées soutiennent cette idée, autant la rejettent, selon une enquête OpinionWay publiée en février. Et seulement 42 % des Français considèrent qu’il y a trop de fonctionnaires. Une autre étude, réalisée par Elabe fin 2018, montre que seulement 55 % des Français se déclarent favorables à la suppression de 50 000 postes dans les administrations d’Etat. Et la part tombe à 46 % pour ce qui concerne la fonction publique territoriale.

Réduire la dépense publique

Bref, « la réduction du nombre de fonctionnaires n’est pas un discours qui rassemble, y compris chez les électeurs d’Emmanuel Macron, relève Bernard Sananès, président d’Elabe. Ce qui préoccupe les Français, aujourd’hui, n’est pas qu’il y a trop de fonctionnaires, mais que les services publics ne fonctionnent pas bien. Aborder la réforme de l’Etat par le nombre d’agents ne garantit donc pas un constat partagé, sans lequel on ne conduit pas de grandes réformes ».

Emmanuel Macron et son gouvernement restent attachés à ces suppressions de postes pour respecter un des autres engagements de campagne du président de la République : la réduction de la dépense publique.

Au printemps 2017, le candidat avait promis de la faire baisser de trois points de produit intérieur brut (PIB) sur le quinquennat (de 54 % à 51 %, hors crédits d’impôt). Et la France fait partie des pays européens où la masse salariale des administrations publiques est la plus élevée (12,7 % du PIB), à égalité avec la Suède, et juste derrière le Danemark (15,3 %) et la Norvège (15,1 %).

Pourtant, quand bien même le gouvernement appliquerait toutes les préconisations de la Cour des comptes en matière d’économies à faire sur la masse salariale publique, soit 14,1 milliards d’euros, « on serait encore loin des 60 milliards à 70 milliards d’économies » promis sur le quinquennat, rappelle Frédéric Cherbonnier, chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse. « Il est naturel que l’on cherche à réduire la masse salariale, reconnaît-il, mais ce n’est pas le cœur de la solution. Ce n’est pas comme cela que l’on va baisser les impôts de 20 milliards ou réduire le déficit public. »

Précautions oratoires

A ces considérations comptables se sont ajoutées des angoisses plus politiques. A mesure que la contestation sociale s’intensifiait, un doute paraît s’être installé dans les rangs de la majorité. Et la fermeté du pouvoir s’accompagne de plus en plus souvent de précautions oratoires à double tranchant. Ce n’est pas un « totem », a par exemple reconnu le premier ministre, Edouard Philippe, le 30 janvier. « Ce n’est pas l’alpha et l’oméga et nous ne nous levons pas le matin avec cet objectif », a dans la foulée précisé Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès de Gérald Darmanin.

Certains n’hésitent pas à prendre leurs distances avec la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. « Cette arithmétique n’a aucun sens, a déclaré François Bayrou, président du MoDem, fin janvier. La question du nombre a pollué depuis des décennies la réflexion sur l’action publique. La question n’est pas tant celle des moyens ; on sait bien qu’il faudra faire des économies. La question est : quel service public, quelle présence auprès du citoyen, des familles, dans le monde rural, allons-nous définir ? »

Emilie Cariou, députée La République en marche (LRM) de la Meuse, met, elle aussi, l’objectif chiffré au second plan. « Je ne suis pas adepte des suppressions pour les suppressions, confie-t-elle. Il ne faut pas dégrader le service public. » Quant au fait que seulement 5 800 suppressions aient été effectuées depuis 2017, « je ne m’en inquiète pas, reconnaît-elle. Je m’inquiéterais davantage si l’on sabrait dans les services publics. Aujourd’hui, dans certaines zones, les services déconcentrés de l’Etat, comme les trésoreries par exemple, ont disparu. Et ceux qui restent sont en burn-out. On ne peut pas avoir une pure logique comptable ».

Sacha Houlié abonde : « Il faut que l’on s’approche de l’objectif des 120 000 suppressions de postes, dit le député (LRM) de la Vienne. Mais la leçon des “gilets jaunes”, c’est que la logique comptable ne fait pas une politique publique. La quête de sens doit être au centre de l’action publique. Sinon, vous accréditez l’idée que les élus ne sont que des administrateurs. »

La droite met la pression

Alors qu’il ne reste que trois ans de mandat, difficile de savoir si Emmanuel Macron respectera son engagement de campagne. L’exécutif est encore loin du compte. Les deux premiers budgets du quinquennat n’ont supprimé que 5 800 postes sur les 50 000 promis sur le secteur où il a la main : l’Etat. Le gouvernement assume.

Son idée est précisément d’éviter ce que Nicolas Sarkozy avait appliqué pendant son quinquennat : ne pas remplacer un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, obligeant ainsi les services à s’adapter. Cette politique – la révision générale des politiques publiques, la redoutée RGPP – a permis de supprimer 144 000 postes entre 2008 et 2012 et d’économiser 4,2 milliards d’euros de masse salariale.

L’exécutif, considérant que cette manière de faire atteint vite ses limites, propose de commencer par réformer l’Etat. « On ne fait pas le 1 sur 2 ou le 1 sur 3, qui a pu être efficace mais qui, à la fin, est un peu comptable, a rappelé Gérald Darmanin, le 27 février. On souhaite faire des réformes et, ensuite, avoir le nombre d’agents qui correspondent à ces réformes. »

Face à ces atermoiements, la droite met la pression. « Oui, la promesse est tenable, insiste Eric Woerth, président Les Républicains de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Je pense même qu’il faut l’accélérer. La France a besoin d’être réformée, et donc de dépenser moins. Où sont les dépenses ? Dans le modèle social [du pays] et dans la masse salariale [publique]. Ces deux points représentent 75 % du total. C’est ça qu’il faut réformer. »

Christine Pires Beaune, députée socialiste du Puy-de-Dôme, défend une ligne totalement opposée. « La crise des “gilets jaunes” a montré que la promesse n’était pas tenable, dit-elle. Mais c’était déjà le cas lors de la campagne présidentielle. » Certes, poursuit-elle, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires n’est « pas un sujet tabou, mais ce n’est pas forcément ce que demande la population et ce qui ressort des débats sur le terrain. Et je ne comprends pas comment on peut offrir plus de services publics avec moins de fonctionnaires… »

« Une RGPP sous Prozac »

En août 2018, Edouard Philippe s’était montré résolu : « Je peux déjà vous dire qu’en 2020 le chiffre sera supérieur à 10 000 » suppressions de postes. Il en restera donc encore plus de 30 000 à trouver sur les deux dernières années du quinquennat.

« Très difficile », estime l’économiste libéral Nicolas Bouzou. « On réduit généralement les dépenses publiques quand la croissance accélère, a-t-il expliqué au Figaro à l’été 2018. Actuellement la croissance ralentit donc ce serait contracyclique. » Par ailleurs, « un quinquennat dure en réalité trois ans et demi. Quand on veut réduire le nombre de fonctionnaires, on le fait plutôt en début de mandat pour des raisons électorales. Or, là, le gouvernement fait l’inverse. »

Mais c’est sans compter l’aubaine que pourraient représenter, pour le gouvernement, les départs en retraite. Le dernier rapport annuel sur les pensions dans la fonction publique montre qu’ils s’accélèrent : 140 000 fonctionnaires ont liquidé leur retraite en 2017, contre 126 000 en 2016 (+ 11,1 %). A ce rythme-là, l’effort à accomplir s’avère bien mince : « Une RGPP sous Prozac, note un conseiller ministériel. Sur le quinquennat, un fonctionnaire sur quatre ou sur cinq sera parti à la retraite. »

Une analyse qui ne concerne que la partie « Etat » des suppressions de postes. Concernant les collectivités locales, Emmanuel Macron ne peut rien imposer. « Les collectivités locales ne se sentent pas engagées par les 70 000 postes, indique Philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. Je ne connais aucun maire qui s’y sent tenu. »

Mais le gouvernement dispose tout de même d’un levier : il a signé un contrat avec 228 collectivités au printemps 2018, au terme duquel celles-ci se sont engagées à limiter l’augmentation de leurs dépenses à 1,2 %. Or, elles ont fait mieux : 0,7 % seulement. « Quand les collectivités maîtrisent à ce point leurs dépenses de fonctionnement, a estimé Olivier Dussopt, fin janvier, ça se traduit mécaniquement par 13-14-15 000 postes en moins. »

Benoît Floc’h Le Monde

 

 

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