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Climat et nucléaire, concurrence des catastrophes

Deux risques catastrophiques menacent le vivant et sollicitent notre engagement. Mais, si un nombre croissant de personnes se mobilisent pour « sauver le climat et la planète », ce n’est pas le cas pour l’arrêt du nucléaire. Est-ce justifié ? Tout se passe comme si le risque climatique est utilisé pour faire écran au risque nucléaire….

Manifestations pour le climat, grèves des élèves, communiqués d’ONG, etc, il apparaît que la population, et en particulier parmi les jeunes, est de plus en plus sensible aux conséquences du bouleversement climatique attribué aux activités humaines, qui dès maintenant serait responsable d’une augmentation de la température moyenne de 1°, et de désordres climatiques inquiétants. D’après le GIEC*, dans les conditions actuelles, cette température pourrait s’accroître encore plus vite, de quelques degrés d’ici quelques dizaines d’années (croissance économique mondiale que rien n’arrête, effets secondaires sur les océans, le permafrost, etc). Comme un « pédalo ivre », notre monde irait dans le mur et vers « l’effondrement » (allusions aux livres marquant l’un de François Partant, l’autre de Bruno Servigne et Raphael Stevens).

Tandis que le lobby pétrolier américain dépense des sommes considérables pour jeter le doute sur les travaux du GIEC et soutenir les « climato-sceptiques », le lobby français et international du nucléaire se frotte les mains et soutient bien sûr le GIEC en prétendant que l’énergie nucléaire est « décarbonée », ce qui bien sûr n’est pas vrai, le cycle de l’atome nécessitant le recours à beaucoup d’énergie fossile. Nous sommes donc de toutes façons manipulés.

Les dégâts déjà présents, et surtout à venir du bouleversement climatique sont suffisamment connus pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir ici. Par contre ceux dus aux 2400 bombes atomiques qui ont explosé à titre d’essai, comme ceux dus au fonctionnement normal et aux catastrophes du nucléaire dit civil de production électrique, ou encore ceux dus aux armes conventionnelles utilisées dans les guerres récentes ou en cours équipées de tête d’uranium, sont passées sous silence de façon à ne pas inquiéter le public.

Et pourtant il y a de quoi s’inquiéter malgré les mensonges du lobby du nucléaire français et international. Qu’on en juge :

– Officiellement Tchernobyl n’aurait fait qu’un nombre limité de victimes, suivant les sources, de quelques dizaines à quelque milliers passant sous silence le calvaire des centaines de milliers de liquidateurs. Sauf qu’une équipe de l’Académie des sciences de New York, compilant en 2010 quelque 5000 documents d’URSS, ont estimé à près d’un million le nombre de morts.

– A la demande de députés écologiques européens, un cabinet d’étude le CERI* a évalué la mortalité liée au nucléaire à 61 millions de victimes, et c’était en 2003. Combien aujourd’hui car l’épidémie de cancers et leucémies sensible depuis les années 60 et 70 perdure, épidémie liée essentiellement au nucléaire militaire et civil, et à la chimie (pesticides auxquels s’attaque le mouvement des « Coquelicots »). Dans leur travail les experts du CERI ont pris en compte non seulement la mortalité directe, mais aussi les dégâts sur la santé dus à de faibles, et même de très faibles doses de contamination.

– On sait maintenant scientifiquement que l’ADN de tout le vivant a été touché, et que les anomalies génétiques provoquées par la contamination radioactive de nos organismes sont transmissibles aux générations suivantes.

– Enfin le public sait-il qu’après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, les populations sont contraintes de vivre en zone contaminée. La dangerosité étant niée, il leur est refusé que soient distribués les soins qui pourraient alléger les souffrances, celle des enfants en particulier (c’est le programme « ethos/Core** » dont les leaders français du nucléaire sont responsables).

En effet pour les nucléocrates, vivre dans le « jardin nucléaire » est un « challenge » bénéfique, car c’est la peur du nucléaire, la nucléophobie, qui rend tout le monde malade ! Pas question donc de soigner tous les enfants accablés de maladies de vieux puisque c’est psychologique : ils ressentent l’angoisse des parents. Certes, les résistants obstinés de l’institut Belrad, soutenus par l’ETB*, ont établi un lien direct entre la contamination par le Césium 137, et les atteintes à la santé qui concernent 4 enfants sur 5 des zones contaminés. Mais cet institut est asphyxié, neutralisé, on lui retire les moyens de travailler, l’horreur nucléaire ne tolère pas la vérité….

Est-ce ainsi que nous serons traités en cas de catastrophe ? C’est bien probable, ce que nos leaders nationaux ont réussi à imposer au-delà de nos frontières le sera aussi chez nous.

Pourquoi n’entendons-nous pas davantage parler du risque de catastrophe nucléaire en France et ailleurs ?

En France en particulier nous sommes dirigés par des élites tributaires d’idéologie productiviste qui s’obstinent dans une impasse économique et écologique. Nous sommes menacés par des réacteurs vieillissants, équipés de pièces défectueuses fabriquées au Creusot, entretenus avec des budgets réduits faisant appel à la sous-traitance et recourant au mensonge généralisé. Mais les partis de gouvernement, les grands médias, s’en remettent à nos « experts » du Corps des Mines chargés depuis de Gaulle de promouvoir le nucléaire militaire et civil au nom de la « grandeur de la France », quel qu’en soit le prix et les conséquences pour la population. Et pour ces élites, le nucléaire a devant lui un avenir i-radieux avec la construction d’ EPR au plutonium…

Même le seul réacteur en construction actuellement en France, l’EPR de Flamanville, nous donne des sueurs froides. Bien qu’ayant déjà coûté  une douzaine de milliards d’€, on sait que sa cuve, provenant justement du Creusot, n’est pas aux normes. Avec un acier plus dur, et donc plus fragile. On sait aussi que des soudures et autres équipements posent problèmes. Mais l’Autorité dite de « sûreté » nucléaire étant aux ordres, elle autorise la mise en route du réacteur quels que soient les risques, risques d’autant plus grands que ce réacteur est conçu pour fonctionner avec un combustible enrichi en plutonium, le MOX, autrement plus difficile à gérer et dangereux que le combustible ordinaire à l’uranium.

 

Il apparaît alors une grande différence entre la prise de conscience du risque climatique et celle du risque nucléaire : Le risque climatique est largement médiatisé par les rapports du GIEC et il bénéficie du soutien de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, ces deux structures bénéficiant du prestige de l’ONU dont elles relèvent. A cela s’ajoute en France le cocorico de la Cop21 de Paris, l’engagement des écologistes associatifs et politiques.

Rien de tout cela pour dénoncer les mensonges et les horreurs du nucléaire civil et militaire, cette tâche incombe aux groupes spécifiquement antinucléaires, et il ne leur est pas facile d’accéder aux grands médias et de toucher un large public au-delà des cercles militants.

Il y aurait-il manipulation ? Pendant que l’opinion se focalise sur le climat, l’État peut consacrer au sauvetage du nucléaire, les sommes considérables qui seraient si utiles pour lancer des programmes d’isolation des logements, de sobriété énergétique, de développement des renouvelables. Ainsi 8 milliards d’euros ont été engagés pour sauver Areva (devenue Orano) et EDF de la faillite, et ce en plus des budgets consacrés annuellement au nucléaire (force de frappe pour laquelle un plan pluriannuel vient de prévoir 35 milliards pour la rajeunir, gestion des déchets, recherche…), assurant ainsi notre grandeur et justifiant notre siège au Conseil de Sécurité,.

La catastrophe nucléaire qui toucherait des dizaines de millions de personnes ne relèguerait-elle pas le risque climatique au second rang ? Sait-on que le scénario de la catastrophe est déjà écrit dans la loi française, que c’est l’armée qui gérera les flux de population pour prévenir la fuite des centaines de milliers de personnes affolées, qu’il est prévu de tolérer pour tous une radioactivité 20 fois plus élevée que la norme actuelle pourtant déjà excessive, les maladies de vieillesse toucheront toutes les générations, qu’il naîtra des bébés monstrueux ?

Au nom du « rayonnement de la France » (voir le livre de Gabrielle Hecht) Seule la France s’obstine, alors que les pays voisins se désengagent du nucléaire au bénéfice des renouvelables. Même la Chine, pourtant fer de lance du nucléaire, développe beaucoup plus le solaire et l’éolien que le nucléaire. Le déclin mondial de cette technologie obsolète est largement amorcé**.

Face à la barbarie du nucléaire comment sensibiliser le public et l’amener à exiger l’arrêt du nucléaire ? Le nucléaire n’est-il pas la plus mauvaise et la plus dangereuse façon de faire bouillir de l’eau pour produire de l’électricité ? Et pour quelques dizaines d’années de confort électrique est-il raisonnable de contaminer la planète pour des centaines de milliers d’années alors que le nucléaire n’assure finalement que quelque 2 % de l’énergie consommée dans le monde…

Pierre Péguin, , février 2019

 

* GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

CERI, Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation, recommandations 2003

ETB, Enfants Tchernobyl Belarus, créé par Solange et Michel Fernex après Tchernobyl

** – https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-ethos-un-crime-contre-lhumanite/

https://apag2.wordpress.com/2017/09/26/un-rapport-sur-le-declin-irreversible-de-lindustrie-nucleaire-a-lechelle-mondiale/

 

Bibliographie sommaire :

Considérations sur l’arrêt de nucléaire et sur la destruction du climat, Jean-Luc Pasquinet, à paraître 2019.

– Thierry Gadault et Hugues Demeude, Nucléaire danger immédiat, Flammarion 2018.

– Erwan Benezet, Nucléaire une catastrophe française, Fayard 2018.

– Yves Lenoir, La comédie atomique, La découverte 2016.

-. A. Yablokov, V. Nesterenko, A. Nesterenko, Chernobyl : Consequences of the catastrophe for people and the environment,

– Annal of the New York Academy of Sciences, 2010.

 

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Cette entrée a été publiée le 27 mars 2019 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, ECOLOGIE, FRANCE, nucléaire.