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Au 18e vendredi, les Algériens répliquent à Gaid Salah: « Vous nous avez unis, bassitou bina »

La réponse des Algériens est cinglante. Un message fort. Le piège a vite été déjoué. Le discours de Gaid Salah a eu un effet mobilisateur. Lors de ce 18e vendredi de manifestation, les Algériens n’ont pas cessé de scander leur unité. “Kabyle, Arabe, Khawa khawa”. Dans la capitale, une matinée pénible et tendue a laissé place à un après-midi très intense.“Rakou wahadou’touna, bassitou bina”, (vous nous avez unis, vous êtes fichus) scandaient les manifestants, qui n’ont cessé de rejeter le chef d’Etat-major dans leurs slogans.

La police a employé tous les moyens pour repérer et retirer les drapeaux berbères aux manifestants, sur instruction du chef d’Etat-Major, Gaid Salah. Durant la matinée, les forces de l’ordre procédaient à une fouille minutieuse des passants aux entrées de la capitale.

Ils arrachaient également les symboles berbères, notamment les drapeaux et les écharpes, après le début du rassemblement, en s’infiltrant, par deux ou trois policiers, en tenue civile ou pas, dans la foule. “La honte, le policier est devenu un haggar”, répliquaient les protestataires en scandant, en choeur, “Anwa wighi, Imazighen”.

Ils jouaient ainsi au chat et à la souris en ne brandissant le drapeau berbère qu’une fois les cordons repliés. “Cachez-le jusqu’à 14H. Vous n’aurez plus quoi brandir si un policier vous l’arrache”, conseillait un quadragénaire à un jeune.

Plusieurs manifestants, mobilisés à la première ligne ou pas, ont été interpellés. Les forces de l’ordre arrêtaient, tantôt, les citoyens qui s’opposaient à la confiscation des drapeaux, tantôt des manifestants isolés de la foule. “Nous vous verrons bien après la djoumou3a”, fait un jeune à un policier. “Attendez 14H, et vous ne pourrez plus rien faire”, rajoute-t-il.

La prière du vendredi vite achevée, une marée humaine, drapée de drapeaux algérien et amazigh, se composait peu à peu à la rue Didouche Mourad. Des centaines de milliers de manifestants ont déferlé sur les autres rues de la capitale. La rue Abdelkrim Khettabi est devenue en quelques minutes noire de monde. Plus tard, une longue procession arrivait de la Place du 1e Mai à la Grande-Poste via la rue Hassiba.

“Minorité” ?

Partout dans le centre de la capitale, un seul slogan montait au ciel. “Kabyle arabe, khawa khawa”, scandait-on. Les manifestants répliquaient aux propos de Gaid Salah, qui, lors de son précédent discours, a affiché son opposition “aux drapeaux autres que l’emblème national”. Il a même annoncé avoir donné des instructions aux forces de l’ordre d’empêcher ces drapeaux de flotter durant la manifestation.

Le chef de l’armée s’est notamment attiré les foudres des manifestants en utilisant le terme de “minorité”, sans citer nommément les kabyles ou les “berbères”. “Gaid Salah joue la carte de la division. Qui visait-il ? Depuis le début du hirak, je n’ai jamais rencontré un drapeau autre que l’emblème national, l’emblème palestinien et le drapeau amazigh”, affirme Rabah, 28 ans.

“Et puis comment peut-il qualifier tout un peuple amazigh de minorité”, s’indigne-t-il. “Nous n’avons pas de minorité en Algérie. Nous avons une nation avec plusieurs particularités”.

Salim partage la même opinion. “Qui vise-t-il, en parlant de “minorité”. Les seuls drapeaux particuliers que j’ai remarquais de temps à autre sont ceux des équipes de football. Notre chef d’Etat-major se soucie des mouloudéens et des harrachis ? Ces derniers représentent une question sensible ? Soyons sérieux, son message était clair”, ironise-t-il.

“Khawa Khawa”

Les manifestants, eux, n’ont pas cessé de scander leur unité sans pour autant omettre de rejeter le pouvoir en place. Arrivés à la Place Audin, les manifestants, quittant la mosquée Erahma à la rue Victor Hugo, scandaient, en choeur, “Partez, partez” ou encore “Etat civil, pas un état militaire”.

La deuxième procession, elle, visait notamment Gaid Salah, demandant son départ avec les autres symboles du pouvoir. “Gaid Salah, raïs el fitna”, scandait-on à la rue Didouche. Les manifestants n’ont pas manqué de faire part de leur détermination, en affirmant ne pas s’arrêter et manifester chaque vendredi.

 

Ce n’est qu’en arrivant à la rue Abdelkrim Khettabi, où les forces de l’ordre confisquaient plus tôt les drapeaux berbères à leurs détenteurs, que les manifestants ont commencé à évoquer leur union. “Main dans la main, nous enlèverons ce gang avec Gaid”.

Le slogan a vite laissé place à “Kbayli Arbi, khawa khawa, ou Gaid Salah m3a el khawana”. Les protestataires accusent notamment le vice-ministre de la Défense de vouloir “susciter de la fitna”. “Vous nous avez mobilisés, maintenant, débrouillez-vous”.

A la rue Abdelkrim Khettabi, la foule était drapée de plusieurs drapeaux amazighs. Un manifestant, une fois au sommet d’un lampadaire, y a planté un, aux côtés d’un emblème national. Des cris de joie, des youyous, des “tahya djazair” et des “imazighens” fusent d’en bas.

Les Algériens pacifiques envers et contre tous

A la rue Hassiba, une foule dense passait lentement sous la trémie pour atteindre le boulevard Amirouche. Ils scandaient également “Anwa wighi, Imazighen” et “Libérez l’Algérie”.

A leur sortie de la trémie, un policier en tenue civile a tenté d’arracher un drapeau berbère à un homme âgé. “Attention, caches-le. Ils arrivent pour te le retirer”, l’a discrètement un passant. Ils étaient, pourtant, des dizaines à en brandir un.

Les manifestants maintenaient leur calme, faisant comme si de rien n’était jusqu’à ce que le même policier tente d’enlever un autre drapeau du cou d’une dame aux besoins spécifiques, sur son fauteuil roulant.

Le geste a provoqué la colère qui protestataires qui se sont vite rassemblés devant l’entrée du commissariat central, scandant “Imazighen”, ou encore “Les policiers aiment la misère”.

La foule n’avançait plus, malgré les sommations des policiers que les manifestants rejetaient. Il fallait à chaque fois scander “silmiya” pour calmer les esprits et les convaincre de reprendre la marche. Peine perdue puisque, quelques minutes plus tard, un autre policier provoquait de nouveau un manifestation. “Yal haggarin”, leur criait-on.

Ce n’est que vers 17H30 que les manifestants finissaient de se disperser à la capitale. Les Algériens tenaient à répondre aux propos de Gaid Salah en affichant leur union, leur fraternité et surtout, leur lucidité “face à une tentative de semer la fitna”.

20 juin 2019.

Mehdi AliouiJournaliste

 

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Cette entrée a été publiée le 21 juin 2019 par dans Actualités des luttes, ALGERIE, anticapitalisme, DEMOCRATIE.