NPA Comité Orléans Loiret

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L’art de l’esquive.

Stéphanie Rist, députée LREM du Loiret, a remis le 13 juin au ministre de l’Education Nationale son rapport sur le Parcours santé-accueil-éducation des 0-6 ans. L’objectif est de coordonner le travail des acteurs de santé de la petite enfance pour une meilleure couverture des dépistages obligatoires. 

 

Dans le genre d’apporter de mauvaises réponses aux vrais problèmes, la Députée Rist est une championne.

Dans un point presse récent elle aborde deux questions d’importance, le développement de la prévention sanitaire pour les jeunes enfants et la crise des urgences.

Médecin hospitalier de métier il est normal que les questions de santé la préoccupent.

Mais sur ces deux situations gravissimes qu’elle évoque et qui touchent la prise en charge des jeunes enfants et les urgences, il faudrait qu’elle ouvre les yeux sur la réalité du terrain et cesse ce verbiage stérile.

 

Une coordination des acteurs et actrices défaillante pour la prévention ?

Evoquant les services de la PMI, la santé scolaire, les tutelles de ces services, elle propose que les différents services se coordonnent pour plus d’efficacité et une meilleure couverture. Bon sang mais c’est bien sûr, en mélangeant eau froide et eau chaude elle invente l’eau tiède ! Un génie de la com, pour le reste…

Sans vouloir jouer les rabat-joies c’est mission impossible, malheureusement, car tout ce versant de la PMI et de la santé scolaire est non lucratif. Et la quasi totalité de l’exercice de la médecine en France est basé sur le lucratif. Ces secteurs désertés par les pouvoirs publics, pour ne pas dire massacrés, depuis quarante ans ont perdu depuis belle lurette leur attractivité auprès des jeunes médecins dont la formation longue les pousse à rattraper, sur le plan financier, les années de galère.

Proposer à un jeune sorti de douze, ou plus, années d’études un poste avec le salaire le plus bas des professions médicales, faut pas rêver.

Dans la crise démographique médicale que vit le pays, ces postes restent non pourvus et en plus d’être mal rémunérés on va exiger des survivant-es qu’ils se tapent le travail des absent-es en plus du leur.

Sans parler des médecins, il n’y a même plus une infirmière chaque jour dans chaque collège. Dans les lycées avec internat, la présence infirmière est encore un peu respectée mais le temps de la visite médicale annuelle relève du lointain passé. Curieux que ce qu’on arrivait à faire dans une France détruite par la guerre est devenu impossible de nos jours. Bizarre non ? Ne serions nous pas en plein « foutage de gueule » ?

 

Quant à la résolution de la crise des formations médicales et de ses conséquences démographiques, à l’entendre, la suppression du numerus clausus va tout régler. La baguette magique libérale.

Mais lisez bien ses propos tels que rapportés par la presse et la journaliste Sophie Deschamps : « Stéphanie Rist salue le projet de transformation de la première année dès 2020 en un cursus de 3 ans, visant à orienter progressivement les étudiants dans les différentes filières de santé en fonction de leur choix et de leurs résultats scolaires. Une réforme visant à supprimer le numérus clausus et le concours, qui serait remplacé par un examen moins stressant pour les étudiants.

Il est écrit nulle part que la sélection sera supprimée. Elle sera étalée sur trois ans, c’est vrai c’est beaucoup moins stressant d’être sur le gril trois années au lieu d’une ! Une cuisson lente. Mais à la fin on termine toujours cuit et dans l’assiette. Et nous avons un gros doute sur le relèvement du nombre de postes jusqu’à la fin de la formation. Notre mauvais esprit échaudé par des années de mensonges sans doute.

Pendant ces trois années paradisiaques, les étudiant-es seront orienté-es dans les différentes filières, c’est à dire écarté-es des professions médicales “pures” et envoyé-es vers d’autres métiers, infirmières, kinésithérapeutes, sages femmes (profession médicale de façade, toujours considérées et rémunérées comme des para-médicales)… très utiles par ailleurs et pour lesquelles le gouvernement rêve de redistribuer une partie des actes médicaux. Entre le salaire d’une infirmière et les revenus d’un médecin, y’a pas photo ! Et comme ils adorent tant les économies nos sauveurs… la sélection sera remplacée par le tri. Bel effet de langage. Illusoire et peu valorisant pour les triés-es.

 

Comme d’habitude le fond de sa réponse est clair : “démerdez-vous avec ce que vous avez, vous n’aurez rien de plus !”. 

« Vous êtes mal organisé-es, il vous faut vous coordonner, s’adapter, bla-bla-bla… » Ce n’est pas un scoop, c’est au mieux la réponse bateau à toutes les difficultés que rencontrent toutes les catégories sociales dans ce pays.

Quant au pire il est sous presse. Pour l’instant elle n’ose pas encore parler d’une privatisation et de services payants. C’est un miracle. Mais ça ne devrait pas tarder à apparaitre comme la réponse ultime. « Le secteur public coûte cher, il est peu productif et désorganisé, y’en à marre de ces fonctionnaires qui se tournent les pouces…” on connait la musique, plutôt le requiem, entonnée à la moindre occasion. Le libéralisme marchand dans toute sa splendeur.

Son discours, sous couvert d’apporter une solution, est porteur d’une menace très claire sur la survie de ces différents acteurs et actrices de terrain. Et au final sur l’offre préventive faite aux enfants et à leurs parents.

On imagine aisément que les écoles privées et/ou confessionnelles, financées en grande partie avec nos impôts, pourront se démarquer de l’école publique en prenant en charge cette prévention moyennant espèces sonnantes et trébuchantes prélevées auprès des parents. La scolarisation obligatoire imposée dès le plus jeune âge par le sinistre de l’éducation va être l’occasion pour le privé lucratif de s’engouffrer dans ce nouveau marché juteux. Alors pourquoi ne pas en profiter quand on est un patron requin ?

Leur morale et la nôtre…

 

Quant au passage sur les urgences, là c’est la colère qui nous a envahit brutalement

Car c’est du brutal. Du brut de décoffrage mêlant mépris hautain de la grande spécialiste rhumatologue qui du haut de ses étages abrités des tourments du rez-de-chaussée ne peut s’empêcher de verser quelques larmes de crocodile sur le service des urgences, ce faubourg de l’hôpital public. Habitante des beaux quartiers de l’hôpital avec vue sur l’exercice privé de certains et/ou la collaboration avec les labos pharmaceutiques, elle connait la chanson de la condescendance mêlée de ce sentiment puant de supériorité par coeur. On dirait du Buzyn.

Elle dénonce les plans d’économie du passé. On croit rêver. Ceux d’aujourd’hui seraient certainement justifiés ? Alors que la politique de la comptesse Buzyn n’est qu’une accélération des politiques de destruction des hôpitaux publics entamée par ses petits copains des gouvernements précédents. Elle a remplacé la hache par la guillotine ? C’est ça le progrès ?

Petit rappel salutaire : lorsque la Députée Rist a oeuvré au bureau de la commission médicale d’établissement, on ne l’a pas beaucoup entendue pour dénoncer les plans d’économie imposés aux hôpitaux publics. C’est vrai qu’elle espérait devenir calife à la place du calife. Alors elle ne faisait pas de vagues pour être adoubé par la direction du CHR d’Orléans. Un choix qui ne lui a pas porté chance. Elle avait oublié que ce sont les médecins qui votent et pas le directeur qui nomme. Elle s’est donc ramassée aux élections de la CME. D’où son engagement politique pour tourner cette triste page et qui lui a réussi électoralement. Bien lui en fasse. Mais on attendait autre chose d’un médecin hospitalier que ce galimatias libéral.

 

Et le comble du comble, elle ose nous ressortir le coup des 35 heures !

Là il fallait y penser. Car outre le manque d’aides soignantes et d’infirmières, c’est essentiellement le manque de lits et le manque de médecins qui aggravent cette crise chronique et profonde des hôpitaux.

Les médecins n’ont jamais eu droit aux 35 heures. Peut être dans l’éther de l’hôpital certains médecins ne font pas les 48 h hebdomadaires que leur impose la loi. A voir, car pour l’immense majorité les 48 h sont dépassées. Mais après tout c’était peut être son cas avant de devenir cette députée si sagace. Pour les médecins des urgences la semaine atteint régulièrement 80 heures et dépasse trop souvent les 100 heures pour la plupart de ses “ex »-collègues. A un point tel qu’on dirait presque une semaine de députée… (c’est de l’humour) pour le temps de travail car pour le travail c’est autre chose. Aux urgences on est les pieds dans la merde répandues par tous ses confrères député-es et ministres divers et avarié-es depuis des lustres qui a abouti à ce désastre sanitaire.

Crise sociale et sanitaire qui se concentre sur ce dernier service public où l’on accueille pauvres et riches, Français et étrangers, 24 h sur 24, sans discrimination. Le tout avec des prestations de qualité extraordinaire lorsque l’on sait qu’un poste sur deux de médecins est vacant et que l’on manque d’infirmières, d’aides soignantes et de lits pour hospitaliser les malades. Arriver à cette qualité de prise en charge dans ces conditions relève chaque jour de l’exploit.

Là aussi la Députée Rist a la langue devant les dents.

 

Que faire ?

Peut être remettre au travail tous ces « députés médecins » qui manquent cruellement dans les hôpitaux.

Leur formation a coûté cher à la collectivité, c’est un constat, pas un reproche. Pourquoi gaspiller cet investissement social auquel chaque citoyen a participé pour devenir un énième perroquet des banquiers et des patrons ?

Marre des conditions de travail des médecins Messieurs-Dames ?

Alors changez-les et pour de vrai. Ouvrez réellement les formations. Arrêter les glissements de tâches vers les pharmaciens, les paramédicaux ou on ne sait qui. Chacun ses compétences et ses responsabilités.

Bricolage ne rime pas avec qualité mais avec bidouillage. Et ce n’est pas bon pour l’accès à des soins de qualité pour toutes et tous.

Et surtout arrêtez le bla bla et passez au b a ba. Ecoutez et répondez aux exigences des médecins et du personnel des urgences. Et pas avec un comité Théodule mais tout simplement en satisfaisant leurs justes et modérées revendications.

 

Jean Delhosto

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Cette entrée a été publiée le 23 juin 2019 par dans anticapitalisme, DEPUTES, FRANCE, HÔPITAL, santé.