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Par-delà la posture de Macron au G7, une rentrée risquée pour le gouvernement

Le sommet du G7 qui s’est clôt ce lundi 26 août a été l’occasion pour Macron de se positionner comme dirigeant diplomate capable d’apaiser les tensions internationales. Mais si Macron se veut chef d’orchestre des relations diplomatiques entre grandes puissances, c’est essentiellement pour camoufler son incapacité à stabiliser la situation nationale.

 

« Soigneusement préparé en amont, ce G7, qui s’annonçait difficile, sur fond de rivalités entre des dirigeants affaiblis ou focalisés sur leurs enjeux de politique intérieure, était, lundi matin, à quelques heures de la clôture du sommet, un succès du président français » concluaient ce lundi les éditorialistes du Monde Cédric Pietralunga et Marc Semo. Dans un contexte de tensions entre les différentes puissances internationales, la presse qui craignait un « difficile G7 pour Macron » a ainsi unanimement salué l’intervention de ce dernier en mettant au cœur de la prétendue réussite diplomatique le président français.

Au-delà de l’enjeu immédiat de démontrer qu’il était capable, en tant qu’hôte du G7, de mener à bien ce sommet malgré les tensions internationales, le pari du président français était surtout de se relocaliser sur la scène internationale à un moment où des menaces pèsent sur la stabilité économique mondiale. Ainsi, comme le note Juan Chingo, « c’est la menace chinoise ainsi que la peur de la récession mondiale qui a permis cette fragile unité des puissances du G7 ».

Or, si les éditorialistes semblent dépeindre le retour d’un Macron quasi jupitérien sur la scène internationale, le bilan des discussions du G7 décrit une réalité beaucoup plus mitigée, sans véritable réalisation pour Macron. Outre l’échec du « coup de théâtre » de la venue du ministre des affaires étrangères iranien, le président français a évité le sujet de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats Unis, et son appel à une « mobilisation de toutes les puissances » n’a pas obtenu le succès espéré.

Si Macron pouvait espérer tirer profit de la scène internationale pour afficher une posture conquérante, rappelant ainsi les débuts du quinquennat Macron et son interpellation impuissante de Trump, force est donc de constater que cet artifice ne tient que par la complaisance des médias dominants. En effet, si Macron a annoncé entamer un Acte II du quinquennat au lendemain des élections européennes, la situation d’instabilité et de contradictions profondes dont les Gilets jaunes ont été l’expression la plus importante est loin d’être refermée.

Une situation dont témoigne l’impressionnant dispositif , plus de 13.000 policiers et gendarmes, mis en place pour le G7, visant à contenir et réprimer les actions contestataires à Hendaye et dans la région qui ont réuni plus de 15 000 manifestants, de même que l’affaire De Rugy ou l’indignation provoquée par la mort de Steve au cours de l’été.

En cette rentrée, l’attitude du gouvernement exprime la persistance de ces contradictions dont un changement de méthode prétend contenir l’explosion. « Cela s’appelle « l’acte 2 » du quinquennat, et le gouvernement devient un club de ministres démineurs. » résume ainsi Cécile Cornudet dans Les Echos. Sur la réforme des retraites, le gouvernement a ainsi lancé une « concertation citoyenne » avant que Macron annonce revenir sur l’âge-pivot, au profit d’un allongement de la durée de cotisation prétendument plus juste, pour obtenir l’appui de la CFDT. Du côté de l’éducation nationale, théâtre d’un mouvement inédit au moment du bac, Jean-Michel Blanquer a quant à lui promis une hausse des salaires.

Si ces quelques concessions ne semblent pas suffire pour calmer la colère latente et l’envie d’en découdre de nombreux secteurs, des Gilets jaunes au mouvement ouvrier organisé, l’absence de plan de bataille des syndicats contestataires apparaît cependant encore comme un obstacle important dont pourrait à nouveau tirer profit le gouvernement.

Confrontés à une répression systématique des forces de l’ordre, les organisateurs du contre-sommet du G7 ont dû annuler plusieurs actions prévues ce week-end. Focus sur celles qui ont pu avoir lieu.

Après trois jours de débats et de conférences, les organisateurs du contre-sommet avaient prévu plusieurs actions de désobéissance civile. Avant de finalement les annuler. C’est avant tout la répression des militants qui a marqué ce week-end dans le Pays basque, où était organisé le G7. De Bayonne à Hendaye, en passant par Biarritz, de très nombreux contrôles d’identité et fouilles de véhicules ont eu lieu en dehors des zones d’interdiction. Tandis que la moindre constitution d’un cortège par quelques centaines de personnes a entraîné l’intervention rapide de forces de police.

Le point d’orgue du contre-sommet a eu lieu samedi matin avec l’organisation de la seule manifestation déclarée qui a rassemblé près de 10 000 personnes entre Hendaye et Irun (en Espagne). Sous la surveillance permanente d’un hélicoptère et de drones, la marche s’est déroulée dans le calme et sous un soleil de plomb. «Nous voulons démontrer que nous pouvons résister au système capitaliste qui scie la branche sur laquelle l’humanité est assise», déclarait Aurélie Trouvé, l’une des porte-parole du contre-sommet, à l’arrivée du défilé. Dans la foule se sont mêlés des militants d’associations traditionnelles altermondialistes et écologistes, de nombreux activistes basques et plusieurs gilets jaunes.

Assise sur un banc, Odette, 67 ans, écoutait le discours. «Il faut montrer aux sept chefs d’Etat qui sont là qu’on ne les laissera pas détruire la planète, ils sont à la solde des grands banquiers et de l’argent, les citoyens comme nous, ils n’en ont rien à faire», déplorait-elle. Odette est venue de Pau avec une quinzaine de gilets jaunes. Elle a rejoint le mouvement «depuis le 17 novembre, le premier jour». «Je suis à la retraite mais je ne prends pas le tricot, je ne reste pas sur mon canapé.»

«Double discours»

Dimanche matin, les associations écologistes Alternatiba, Action non violente COP 21 et Bizi ont organisé une «marche des portraits»d’Emmanuel Macron. Depuis février, plus d’une centaine de photographies officielles du président de la République ont été décrochées dans plusieurs mairies. Une quinzaine d’entre elles ont été brandies par les activistes à Bayonne. «Avec cette action, on veut casser l’image de champion du climat qu’Emmanuel Macron essaie de se construire à bon compte à l’international, alors que ses actes concrets ne sont pas du tout à la hauteur», explique Txetx Etcheverry, militant écolo et l’un des organisateurs de l’événement qui a rassemblé environ 500 personnes.

Pour ces décrochages, 57 militants sont poursuivis et pourraient être condamnés pour «vol en réunion», une infraction passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Parmi eux, Pauline Boyer, 36 ans, est présente. Cette militante de l’association Alternatiba sera jugée le 11 septembre à Paris. «Ça me semble important en marge du G7 de pointer le double discours du gouvernement, estime-t-elle. L’accord pour le climat a été signé à Paris mais Emmanuel Macron ne met en place aucune action radicale pour transformer la société de façon systémique.»

Mais le week-end de contestation aura surtout été marqué par une forte tension avec les forces de l’ordre. Les très nombreux contrôles effectués lors des rassemblements et sur la route ont conduit à près d’une centaine de gardes à vue. «Les autorités sont dans une logique d’interpellations préventives avec une volonté de garder les gens le plus longtemps possible et au bout de quarante-huit heures, ils les relâchent, car ils n’ont rien contre eux», dénonce l’avocat Arié Alimi, membre du groupe de défense pénale du contre-sommet. Selon lui, des personnes ont par exemple été arrêtées «parce qu’elles avaient un opinel». Trois observateurs de la Ligue des droits de l’homme ont aussi été interpellés. L’organisation a dénoncé dans un communiqué le placement en garde à vue de ses militants pour « »participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations » en raison de la possession de matériel de protection dans leurs sacs (casques et lunettes)».Plusieurs journalistes ont également été visés. Les forces de police ont par exemple confisqué le matériel de protection d’une équipe de la chaîne de télévision Al Jazeera.

Cadenassé

Des affrontements ont par ailleurs eu lieu dès vendredi soir, entre des manifestants et la police à Urrugne, à l’entrée du camp du contre-sommet. La police a notamment tiré au lanceur de balles de défense (LBD). Les organisateurs avaient alors comptabilisé «23 blessés et 12 interpellations». Le lendemain, dans l’après-midi, plusieurs centaines de personnes ont lancé une manifestation sauvage dans les rues du quartier historique de Bayonne. Le cortège a été rapidement cadenassé par les forces de police qui ont bloqué tous les ponts du centre-ville. La manifestation a été dispersée avec un canon à eau et de nombreuses grenades lacrymogènes. Des affrontements ont alors débuté avec quelques manifestants et une grenade GLI-F4, composée de TNT, a été utilisée par un gendarme mobile.

«Avec ce climat de tension, notre priorité est d’assurer la sécurité des manifestant·e·s qui auraient souhaité nous rejoindre», ont déclaré les organisateurs du contre-sommet. Leur action prévue dimanche tout autour de la zone interdite a finalement été annulée. Les militants altermondialistes se sont contentés et félicités d’un dernier petit coup d’éclat. A Espelette, lors d’une visite des conjoints des chefs d’Etat, une banderole a été déployée. On pouvait y lire : «Macron champion du blabla.»

 

Crédits photo : Michel Spingler/Pool via REUTERS

 

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Cette entrée a été publiée le 28 août 2019 par dans Actualités des luttes, AFFAIRES, anticapitalisme, ANTISOCIAL, FRANCE.