NPA Loiret

Mel de Contact : npa.orleans@orange.fr

Marins-pêcheurs, chauffeurs routiers, hôtesses et stewards… En accordant des garanties à certaines corporations, le gouvernement dévitalise le message premier de sa réforme.

Un régime «universel» mais faisant chaque jour un peu plus la part belle aux «spécificités» quand il s’agit de décrocher tel ou tel corps de métier de la contestation contre le projet de refonte du système de retraites. Une réforme porteuse de nouveaux droits et gage de plus de justice, mais dont on exempte telle ou telle profession en lui garantissant qu’elle aura la chance de ne pas être concernée ou au moins pas tout de suite. Ou comment brouiller encore un peu plus un message qui ne brillait déjà pas par sa clarté.

Distinguo

Dès septembre, le gouvernement se faisait fort de mettre fin, lui, aux régimes spéciaux, tout en relevant déjà «des particularités qui pourront être prises en compte». Parmi ces «carrières très précises pour lesquelles il y a besoin d’avoir des aménagements», la porte-parole, Sibeth Ndiaye, citait les militaires et les policiers. Point. Dans son discours du 11 décembre, Edouard Philippe élargissait un peu le champ, tout en cantonnant les dérogations d’âge à «ceux qui sont exposés à des fonctions dangereuses dans le cadre de missions régaliennes». Comme les pompiers et les gardiens de prison. Depuis la liste s’allonge : marins-pêcheurs, chauffeurs routiers, pilotes ont eux aussi a minima obtenu de sérieuses inflexions de la part d’un gouvernement qui passe son temps à affirmer qu’il garde le cap sans faire preuve de la moindre faiblesse. Derniers en date, les hôtesses et stewards. Quatre syndicats ont suspendu mercredi leur appel à faire grève vendredi prochain, après avoir obtenu du gouvernement des garanties, notamment sur le maintien de leur caisse complémentaire. La posture est plus dure à l’égard des «privilégiés» de la RATP et de la SNCF.

Dans ce contexte, la majorité se défend comme elle peut de toute entorse à sa promesse d’universalité, censée être la boussole du projet de loi attendu le 22 janvier en Conseil des ministres. Sur France Info vendredi, le député LREM Lionel Causse s’est ainsi lancé dans un subtil distinguo : «C’est un régime universel mais il n’est pas uniforme. On veut un régime universel, que les règles soient claires pour tout le monde mais à l’intérieur de ce régime, on aurait des spécificités.» Spécificités, à ne pas confondre avec régimes spéciaux, donc. Difficile dès lors de soutenir aux autres professions qu’elles n’ont pas à perdre avec le régime par points. C’est ainsi que le gouvernement se piège lui-même, puisque pour compenser l’entrée dans le régime universel, il lui faut aménager des transitions, quitte à en rabattre sur la lisibilité, tant vantée, du nouveau système. La droite ne s’est pas privée de noter la contradiction. «On est en train de saucissonner le débat et de saucissonner la réforme des retraites et finalement de faire une réforme qui sera catégorielle», pointe sur RTL le président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad.

Foyer

Plutôt que de céder à des corporations en fonction de leur capacité à bloquer le pays – une stratégie pas très «nouveau monde» – n’aurait-il pas été plus vertueux d’ouvrir dès le début du quinquennat une négociation digne de ce nom sur la question, centrale, de la pénibilité ? Selon Matignon, le sujet doit être au cœur des ultimes discussions qui s’ouvriront à partir du 7 janvier. Outre l’élargissement du compte professionnel de prévention aux fonctionnaires et l’abaissement des seuils pour le travail de nuit, il est question de progresser sur la prévention de la pénibilité, la reconversion et l’aménagement des fins de carrière. La CFDT et l’Unsa demandent avec constance le rétablissement des quatre critères du compte pénibilité (postures pénibles, vibrations mécaniques, manutentions de charges, exposition aux agents chimiques) que l’exécutif a supprimés dès 2017 par ordonnances. Pas question, a d’ores et déjà répondu le nouveau «monsieur Retraites», Laurent Pietraszewski, alors que le sujet est depuis des années une ligne rouge pour le Medef.

Avec les chauffeurs-routiers, qui ont obtenu le maintien du dispositif leur permettant, sous conditions, un départ anticipé à 57 ans, le secteur des raffineries, actuellement en pleine ébullition, est l’autre foyer surveillé par le pouvoir comme le lait sur le feu. Une pénurie de carburant changerait en effet la nature de la crise, élargissant à tout le pays l’impact quotidien de la mobilisation sociale.

Réforme des retraites : plus de 1 million d’euros récoltés sur une caisse de grève

Au vingt-deuxième jour du mouvement contre la réforme des retraites, c’est un seuil symbolique qui vient d’être franchi.

Jeudi 26 décembre, le syndicat Info’Com-CGT a annoncé avoir récolté, depuis le début de la mobilisation, plus de 1 million d’euros en soutien aux grévistes sur une cagnotte en ligne hébergée par le site Le Pot commun. Cette somme provient également de chèques, espèces ou virements directement déposés auprès de cette structure cégétiste des salariés de l’information et de la communication.

Info’Com-CGT@InfoComCGT

 

#CaisseDeGreve : LE MILLION D’EUROS FRANCHI OFFICIELLEMENT C’est qui les meilleurs ? Ce sont les donateurs et les travailleurs. MERCI À TOUS La lutte continue et la Caisse de grève aussi jusqu’au retrait : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/solidarite-financiere …

 

 

« Un outil de lutte »

« Il y a une vague de solidarité inédite depuis la création de cette caisse de grève en 2016, se félicite le secrétaire général d’Info’Com-CGT, Romain Altmann. Elle a montré son efficacité en devenant un outil de lutte. »

Mardi, le syndicat a déjà remis un chèque de 250 000 euros aux grévistes de la RATP devant le siège de la régie parisienne, soit « le plus gros don » qu’ils ont jamais effectué.

Ce sont environ 15 000 personnes, selon Info’com-CGT, qui se sont mobilisées, avec des dons d’un montant moyen de 67 euros. Parmi les donateurs, qui ont laissé un petit mot de soutien sur la page du Pot commun, beaucoup de retraités.

« Nos parents ont lutté pour nous assurer une retraite décente, dans un esprit de solidarité. Retraités à notre tour, nous soutenons les mêmes valeurs. Votre combat est le nôtre », écrivent ainsi deux anciens de l’éducation nationale. On trouve aussi des usagers comme Bruno L., qui explique : « Je galère dans mes déplacements mais vous avez tout mon soutien dans votre lutte contre cette réforme injuste et inutile qui ne profitera qu’aux compagnies d’assurance amies du pouvoir en place. »

D’autres regrettent de ne pas pouvoir cesser le travail, à l’instar de Caroline, qui souligne : « Nous ne pouvons pas faire grève mais nous vous soutenons. Courage. »

« Contribuer au mouvement sans être en grève »

Sur la page du Pot commun, il est également mentionné que, parmi cette somme, 103 344 euros proviennent du Stream reconductible, un collectif de joueurs de jeux vidéos et de youtubeurs qui se sont relayés vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur la plate-forme Twitch, du 5 au 20 décembre, pour apporter leur solidarité à la mobilisation et organiser des collectes de dons. « Une bouffée d’oxygène, selon M. Altmann. On n’avait jamais vu ça jusqu’à présent. Ça représente l’entrée dans une forme de lutte et la façon dont des personnes peuvent contribuer au mouvement sans être forcément en grève. »

Réactivée pour l’occasion, cette « caisse de solidarité », présentée comme « transparente, efficace et démocratique », a été créée en 2016 lors du conflit contre la loi travail dans le but de soutenir « tous les salariés en grève reconductible ». Cogérée avec d’autres syndicats CGT et SUD, elle avait alors récolté environ 555 000 euros, un succès qualifié il y a encore peu de temps d’« inimaginable ». Elle est régie par une charte d’utilisation très précise, encadrant « des règles et des critères de distribution décidés par les grévistes eux-mêmes avec leurs représentants », que doivent signer ceux qui demandent une aide financière.

Il y est affirmé que « l’intégralité des sommes reçues » est reversée aux syndicats d’entreprise, unions locales ou comités de grève qui en font la demande. Ces derniers doivent s’engager à utiliser la totalité de la somme reçue au profit des grévistes et à ne pas faire de discrimination entre syndiqués et non-syndiqués.

Aide délivrée « sous quarante-huit heures »

Le nom des structures récipiendaires ainsi que les montants reçus sont publiés sur le site d’Info’Com-CGT. L’aide, est-il également précisé, est délivrée « sous quarante-huit heures » dès lors que la sollicitation a été effectuée.

La dernière caisse de grève à avoir atteint une telle somme est celle qui fut lancée en 2018 sur Leetchi par le sociologue Jean-Marc Salmon et soutenue par des artistes et des intellectuels, à destination des cheminots en lutte contre la réforme ferroviaire. Elle avait atteint 1,2 million d’euros.

Ces dernières semaines, les cagnottes de soutien aux grévistes se sont multipliées sur Internet. Le 22 décembre, une quarantaine de personnalités, parmi lesquelles l’écrivaine Annie Ernaux, le comédien Jean-Marie Bigard, le philosophe Toni Negri ou encore M. Salmon, ont de nouveau appelé, dans une tribune publiée sur Mediapart, à « soutenir financièrement », via ces diverses caisses, les grévistes contre cette réforme qui vise à fusionner les quarante-deux régimes existants en un système universel. Un projet qui, selon les signataires, menace « un de nos biens communs ».

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