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Royaume-Uni. Amazon rentabilise les conditions de travail

Par Rob Davies

Plus de 600 travailleurs d’Amazon ont été gravement blessés ou ont échappé de peu à un accident au cours des trois dernières années au Royaume-Uni, ce qui a suscité des demandes à une enquête parlementaire sur la sécurité dans les vastes entrepôts du détaillant en ligne au Royaume-Uni.

Amazon, dont le plus grand actionnaire est l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, a récemment lancé une campagne de relations publiques conduite par des membres du personnel «satisfaits», après une série de révélations embarrassantes sur les conditions de travail.

Mais de nouveaux chiffres obtenus par le syndicat GMB (General, Municipal, Boilermakers, syndicat généraliste de quelque 650’000 membres) dans le cadre de la loi sur la liberté d’information suggèrent que la sécurité dans ses plus de 50 entrepôts britanniques ne s’est pas améliorée et pourrait même se détériorer.

Les autorités locales ont reçu 622 rapports d’accidents impliquant des entrepôts d’Amazon au cours des trois dernières années. Le total annuel est passé de 152 en 2016-17 à 230 l’année suivante et 240 l’année dernière (219).

Dans un cas, un «auto-entrepreneur» travaillant dans un entrepôt de Londres a perdu connaissance et a semblé cesser de respirer à la suite d’une blessure à la tête, après avoir tenté de reprendre le travail.

Le rapport d’enquête sur l’accident a révélé que les paniers de tri avaient été trop remplis et que «la principale cause de cet accident était l’absence d’un environnement de travail sûr ».

Un rapport couvrant un incident survenu en 2015, avant la période couverte par les chiffres, a conclu qu’un manque de concentration dû aux «longues heures de travail» était à l’origine d’un accident au cours duquel un conducteur de chariot élévateur à fourche s’est retourné dans une structure en acier, en faisant tomber une partie de celle-ci.

Des courriels internes du Health and Safety Executive (HSE) montrent que l’accident a été signalé par un travailleur d’Amazon qui ne voulait pas donner son nom parce qu’il «craignait d’être licencié».

Lisa Nandy, députée de Wigan et candidate à la direction du Parti travailliste, a demandé qu’une enquête soit menée sur Amazon. Elle a déclaré: «Les blessures subies par les travailleurs d’Amazon dans les entrepôts sont plus que désastreuses. Je suis prête, si et quand les travailleurs et travailleuses d’Amazon feront la grève et protesteront, je serai là avec eux. Les conservateurs doivent commencer à prendre les droits des travailleurs au sérieux et à s’opposer aux entreprises comme Amazon. Je demande une enquête urgente – les travailleurs ne peuvent tout simplement pas attendre que leurs conditions s’améliorent.»

Jack Dromey, député de Birmingham Erdington, syndicaliste membre du Parti travailliste: «Au cours de mes 30 années de travail, je ne me souviens pas qu’une entreprise ait enregistré autant d’accidents chez ses employé·e·s. J’ai été à l’intérieur du gigantesque entrepôt de Rugeley [ville située dans le Staffordshire, au centre de l’Angleterre] et j’ai entendu de première main des travailleurs effrayés parler des 77 accidents graves survenus rien qu’à Rugeley.»

«Amazon prétend être une entreprise du XXIe siècle. Or, elle se comporte comme un propriétaire de moulin du XIXe siècle. Son propriétaire, le milliardaire américain Jeff Bezos, devrait rendre compte de ses actes devant le Parlement. Comment lui ou Amazon peuvent-ils justifier leur refus de parler de sécurité avec le syndicat des travailleurs, le GMB? Ce comportement est honteux.»

Le GMB a déclaré que l’augmentation du nombre d’accidents et d’accidents évités de justesse montrait la nécessité pour le Parlement d’enquêter sur ce géant du commerce en ligne et plus généralement sur ce secteur.

Mick Rix, responsable national du GMB, a déclaré: «Amazon dépense des millions en campagnes de relations publiques pour essayer de persuader les gens que ses entrepôts sont des endroits où il fait bon travailler. Mais les faits sont là et tout le monde peut les constater: la situation ne cesse d’empirer. Des centaines de travailleurs d’Amazon accidentés ont besoin de soins médicaux urgents. Les conditions sont infernales. Nous avons essayé à maintes reprises d’entrer en négociation avec Amazon pour essayer d’améliorer la sécurité des travailleurs. Mais assez est assez, il est maintenant temps de procéder à une enquête parlementaire complète.»

 

Amazon est devenue la troisième entreprise au monde en termes de capitalisation boursière Wall Street en fin 2019: 943 milliards de dollars [Apple 1320 milliards, Microsoft 1210, Google 933]. Son fondateur Jeff Bezos est une des hommes le plus riches du monde avec une fortune nette estimée à 137 milliards de dollars.

Mais l’entreprise a été visée par des allégations selon lesquelles son succès est fondé sur le dos de travailleurs souffrant d’un manque de sécurité et de bas salaires, ce qui a conduit certains travailleurs de l’entrepôt situé dans la ville écossaise de Dunfermline à dormir sous des tentes, près de l’entrepôt, afin d’économiser les frais de transport, étant donné les bas salaires et les sanctions possibles liées à des retards de présence (voir article du Guardian du 12 décembre 2016 par Hilary Osborne).

 

Par contre, Bezos a payé 165 millions de dollars pour une maison dans le quartier exclusif de Beverly Hills à Los Angeles, selon le Wall Street Journal, soit plus qu’Amazon doit payer en impôts fédéraux américains en 2019.

Un porte-parole d’Amazon a déclaré: «Amazon est un endroit sûr pour travailler. Une fois de plus, nos critiques semblent déterminés à brosser un faux tableau de ce que c’est que de travailler pour Amazon. Ils répètent sans cesse les mêmes allégations à sensation. Nos portes sont ouvertes au public, aux politiciens et à tous ceux qui veulent vraiment voir l’environnement moderne, innovant et, surtout, sûr que nous offrons à notre population. Le fait est que nous nous comparons aux données nationales du Royaume-Uni, publiées par le Health & Safety Executive, qui confirment que nous avons en moyenne plus de 40% de blessures en moins que les autres entreprises de transport et d’entreposage au Royaume-Uni.» [Ce qui, si l’affirmation est vraie, révèle la réalité des conditions de travail dans l’Angleterre thatchérisée de Boris Johnson. – Réd.] (Article publié dans le quotidien The Guardian, en date du 17 février 2020; traduction rédaction A l’Encontre; sur la place dans le système capitalisme actuel des GAFAM, voir les articles de François Chesnais publiés sur ce site)

 

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