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Sur l’île de Lesbos, la colère et la haine prennent le dessus,

Par Maria Malagardis Libé

 

Migrants repoussés, habitants excédés, retour en force d’Aube dorée… La situation s’envenime d’heure en heure depuis les annonces turques.

Les humanitaires quittent l’île de Lesbos. En ce début de semaine, l’une après l’autre, les ONG présentes sur cette île grecque face à la Turquie annoncent la fermeture de leurs bureaux ou l’arrêt momentané de leurs activités. Un chauffeur de taxi local s’en est même réjoui sur les réseaux sociaux. Racontant comment il a conduit à l’aéroport de jeunes volontaires anxieux et pressés de quitter une île qui leur est devenue hostile. Car les membres des ONG, tout comme les journalistes étrangers, sont désormais la cible d’attaques récurrentes : on menace de brûler les maisons où logent les humanitaires, on pulvérise les vitres de leurs voitures. «On» ? Des habitants en colère, souvent chauffés à blanc par des militants d’extrême droite. Ceux du parti néonazi Aube dorée notamment, qui depuis peu a fait sa réapparition sur l’île.

lesbos-en-grece

Seuls

Tout a basculé si vite à Lesbos, dernière frontière orientale de l’Europe, dans le nord-ouest de la mer Egée. Et ce ne sont pas seulement les humanitaires qui s’en vont, mais bien l’humanité elle-même qui semble avoir déserté le cœur des habitants. Eux qui avaient longtemps su se montrer si généreux. Mais depuis que la Turquie a mis à exécution sa menace d’ouvrir les frontières, le climat déjà tendu sur l’île a viré à «l’anarchie la plus totale», note un habitant joint par téléphone. Déjà excédée de devoir gérer seule des réfugiés, de plus en plus nombreux, cantonnés ici depuis l’accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie en 2016, la population locale a décidé désormais de «se faire justice elle-même».

Depuis ce week-end, des manifestants bloquent l’accès au camp de Moria, le plus grand camp de réfugiés d’Europe, où croupissent déjà, dans des conditions d’insalubrité inouïes, près de 20 000 personnes. Un blocage destiné à éviter qu’on y conduise les nouveaux arrivants, près de 400 ces deux derniers jours à Lesbos seulement. C’est beaucoup, mais ce n’est pas non plus (pour le moment) le raz-de-marée brandi comme une menace par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui veut contraindre les Européens à s’impliquer d’avantage dans la guerre en Syrie. Abandonnés par Bruxelles (qui ne s’est jamais souciée de ces réfugiés cantonnés sur des îles lointaines) et bercés de promesses (qui se sont vite révélées illusoires) sur un règlement rapide du problème par le nouveau gouvernement conservateur grec élu en juillet, les habitants de Lesbos savent qu’ils se retrouveront à nouveau seuls pour gérer ces réfugiés supplémentaires, encouragés par Erdogan à se rendre en Grèce. Des encouragements qui ne se limitent pas aux paroles : lundi matin, une embarcation venue de Turquie avec 46 personnes à bord a été aperçue au large, accompagnée par un bateau des gardes-côtes turcs. Lequel a fait demi-tour au moment où la barque est entrée dans les eaux territoriales grecques. Immédiatement, elle a alors coulé, tous ses occupants se retrouvant à l’eau. Les secours grecs n’ont pu empêcher la mort d’un petit garçon syrien de 4 ans. Première victime de ce conflit entre la Turquie et l’Europe, dont la Grèce est le champ de bataille. Et l’arme fatale, des êtres humains désespérés.

Police Greque

Clashs entre migrants et forces de l’ordre après le blocage d’une route aux abords du camp de la Moria, lundi. Photo Angelos Tzortzinis. AFP

Injures

Mais en matière d’inhumanité, les Grecs n’ont pas été en reste. Dimanche, dans le nord de l’île, des militants d’Aube dorée, les visages déformés par la haine, ont empêché une autre embarcation de débarquer. Avec à son bord une quarantaine de réfugiés, dont des bébés. Leurs cris et leurs injures se déversaient comme un torrent de boue dans le paysage idyllique du petit port de Thermi. D’où la représentante du Haut Commissariat aux réfugiés sur l’île sera chassée, sous les menaces, de même qu’une équipe de France Télévisions, alors qu’un journaliste allemand a été lui violemment tabassé. Pourtant présente, la police n’interviendra pas.

Migrants empèchés de debarquer

Des migrants empêchés de débarquer par des locaux, dimanche. Photo Aris Messinis. AFP

Migrants afghans à Lesbos

Des migrants afghans, dont de nombreux enfants, débarquent à Lesbos, dimanche. Photo Alkis Konstantinidis. Reuters

Lundi, les gardes-côtes grecs ont repoussé sans ménagement une autre embarcation qui se dirigeait vers la Grèce, n’hésitant pas à tirer en l’air. Dans ce climat délétère, que deviendront les réfugiés si les ONG quittent Lesbos ? Et qu’en pense le gouvernement grec qui n’a cessé lui aussi de les stigmatiser ? Et dont la seule réponse pour l’instant consiste à geler les procédures du droit d’asile en cours, et à déployer l’armée pour de grandes manœuvres dans la mer Egée. Une militarisation de la crise qui n’incite pas à l’optimisme.

 

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