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Etats-Unis. «Le coronavirus se répandra plus vite parce que nous n’avons pas un système de soins universels»

Par Joel Segal et Harvey Wasserman

Le facteur déterminant qui accélère la propagation du coronavirus aux Etats-Unis est notre manque d’un système de soins de santé universels.

Alors que nous débattons des coûts pour assurer des traitements médicaux pour tous ­– et que le COVID-19 déchire le tissu de notre société – il est devenu évident que les facteurs accélérant la propagation de la maladie (et de la mort associée à ce nouveau fléau) sont liés à la nature lucrative de notre système de soins de santé.

Parce que nous avons un système médical disparate dont le principal moteur est le profit des entreprises, plutôt qu’un système médical public unifié dont le moteur serait la santé publique, les maladies transmissibles sont traitées dans un esprit de traitement-résultat individuel. Notre système se concentre sur les besoins immédiats des patients assurés plutôt que de traiter la maladie dans son ensemble comme une urgence publique. Cela entrave l’endiguement et le traitement d’épidémies comme celle-ci.

Parce qu’ils n’étaient pas rentables de les stocker, il n’y a pas de stock disponible d’équipement de test ou de matériel de prévention tel que des masques à mettre à la disposition du grand public. Par conséquent, notre système de santé à but lucratif est incapable pour l’instant de tester efficacement tous les habitants des Etats-Unis qui devraient être testés pour raison de coronavirus. Aucune assurance n’a été donnée par l’Agence fédérale ou toute autre agence gouvernementale si et quand ces éléments seront physiquement disponibles, si les tests de dépistage du coronavirus seront accessibles pour tous et sans frais. Ainsi, des millions de personnes choisiront de ne pas être testées, même si les tests étaient (et seront) disponibles.

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Selon Sherry Glied, économiste de la santé à l’université de Columbia, quelque 44 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie et 38 millions d’autres ont des couvertures «inadéquates». Ainsi, des dizaines de millions de personnes ne savent pas comment payer les tests de dépistage du COVID-19. Nous ­–­ les coauteurs de cet article ­– avons déjà rencontré au moins un habitant, un quinquagénaire de Charlotte, en Caroline du Nord, qui a pourtant une assurance et qui a dû payer 500 dollars pour un test.

 

Des millions d’Etats-uniens souffrant de symptômes préliminaires pourraient ne pas être enclins à chercher un traitement préventif avant le test parce qu’ils ne peuvent pas se le permettre. Et des millions de personnes souffrant de symptômes préliminaires ne veulent peut-être pas se faire tester parce qu’elles savent qu’au cas où leur test est positif, elles pourraient être mises en quarantaine et seraient, dès lors, financièrement ruinées par une hospitalisation pour laquelle elles ne sont pas assurées ou sont sous-assurées.

Dans de tels cas de figure, des millions de personnes choisiront, comme on pouvait s’y attendre, d’opter pour «la soupe de poulet ou la mort» plutôt que de subir le dénuement qui accompagne les soins médicaux onéreux modernes.

 

Pendant ce temps, les salles d’attente des urgences sont également inondées de citoyens/citoyennes inquiets qui sont prêts à se faire tester mais qui sont refusés par des médecins privés qui ne veulent pas traiter les personnes non assurées ou sous-assurées. En dépit des lois qui s’y opposent, même ces urgences à but lucratif refusent les patients qui ne sont pas assurés ou sous-assurés, comme le démontre une étude importante de Sara Rosenbaum [in Health Affairs, août 2019], professeur de droit et de politique de la santé à l’université George Washington. «Si nous ne commençons pas à faire appliquer la loi de manière agressive, des millions d’Etats-uniens non assurés continueront à ne recevoir aucun soin ou des soins incomplets», écrit-elle.

 

Sans que ce soit de leur faute, ces citoyens/citoyennes non assurés ou sous-assurés propagent à leur tour le risque de maladie dans l’ensemble de la collectivité.

Puisque des dizaines de millions de personnes pourront éviter les tests et l’hospitalisation pour des raisons financières, même celles qui peuvent se permettre la prévention (que ce soit les tests ou les traitements) sont vulnérables aux maladies propagées par l’absence d’une gestion unifiée et abordable d’un système de santé public.

 

Le projet de loi H.R.676, présenté en 2017 par le député John Conyers [député démocrate du 14e district du Michigan de 1965 à 2017, décédé en 2019], connu sous le nom de «Loi sur l’extension et l’amélioration de l’assurance maladie pour tous» [Expanded and Improved Medicare For All], aurait beaucoup mieux préparé les Etats-Unis à cette conjoncture en créant une intégration étroite et coordonnée des professionnels de la santé aux niveaux local, étatique et fédéral. Si cette loi avait été adoptée, on disposerait désormais de données beaucoup plus récentes concernant les domaines dans lesquels le gouvernement fédéral pourrait cibler le plus efficacement les ressources publiques qui proviendraient d’un fonds national avec affectation spéciale «Medicare for All», financé à hauteur des besoins. Mais, malheureusement, en raison du pouvoir des intérêts bien ancrés dans l’industrie des soins de santé, le Congrès n’a pas adopté ce projet (H.R.676).

 

Selon l’organisation Physicians for a National Health Program (PNHP), un système national d’assurance maladie unifié pourrait permettre d’économiser 150 milliards de dollars par an, rien qu’en évitant la paperasserie. Un quart des 4 billions dépensés en soins de santé, disent-ils, «va au marketing, à la facturation, à l’examen des soins administrés et à d’autres formes de gaspillage». Cet argent devrait plutôt être consacré aux médicaments, aux traitements et à la lutte contre des problèmes tels que le coronavirus, notamment aux masques de protection, aux tests universels gratuits, aux médicaments indispensables, etc.

 

Entre-temps, en raison d’une décision de la Cour suprême de 2012, 14 Etats ont choisi de ne pas participer aux programmes Medicaid [un programme qui a pour but de fournir une assurance maladie aux individus et aux familles à faible revenu et ressource, aux handicapé·e·s, …] qui auraient renforcé leur capacité à faire face à cette épidémie, notamment le Wyoming, le Dakota du Sud, le Kansas, le Texas, la Louisiane, l’Arkansas, le Mississippi, l’Alabama, la Floride, la Géorgie, la Caroline du Sud, la Caroline du Nord, le Tennessee et le Wisconsin.

 

En plus de nous exposer tous à des maladies mortelles et à la ruine financière, le coronavirus met en relief les coûts réels d’un système médical axé sur les profits des entreprises.

Notre système actuel vise à gagner de l’argent, et non à préserver la santé publique. Par conséquent, ce système est mal équipé pour faire face aux épidémies de maladies contagieuses, aux maladies de masse, aux décès évitables, aux faillites médicales et à la dévastation macroéconomique.

 

Le coronavirus qui ravage notre nation met en lumière les dangers d’un patchwork effiloché de sociétés médicales à but lucratif qui se font concurrence pour enrichir les actionnaires. Les compagnies d’assurances maladie collectent autant d’argent que les géants de l’industrie de haute technologique. Notre système de santé actuel nous prive d’un réseau coordonné de soignants coopératifs dont nous avons si désespérément besoin.

 

Ceux qui préconisent une transition «progressive» plutôt qu’immédiate vers un système de santé universel unifié doivent faire face aux réalités de l’impact de la pandémie de COVID-19 sur notre bien-être physique et économique, et donc affronter l’incapacité de notre système actuel à y répondre. (Article publié sur le site Thruthout en date du 11 mars 2020; traduction de la rédaction A l’Encontre)

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Post-scriptum

Selon The Financial Times, en date du 12 mars 2020, «M. Trump [dans son intervention mercredi soir, 11 mars 2020, après avoir affirmé “l’Union européenne a échoué”, a annoncé l’interdiction d’entrée sur le territoire américain aux étrangers ayant séjourné en Europe] n’a rien dit à propos des tests, si ce n’est que les assureurs santé renonceraient à la participation aux frais pour les personnes testées [très peu nombreuses et assurées]. Cette incitation modérée n’est pas pertinente tant que les Etats-Unis n’auront pas la capacité de dépister davantage de personnes. M. Trump aurait pu s’attaquer au problème d’un seul coup en disant que les Etats-Unis importeraient autant de kits [de dépistage] que nécessaire. Mais cela aurait porté atteinte à l’esprit de son message: l’épidémie provient d’un “virus étranger”, a-t-il dit; l’Amérique doit donc restreindre son accès au monde.

On ne sait pas comment l’Europe et les autres pays réagiront à l’annonce dramatique de M. Trump. Dans une situation idéale, le président américain aurait pu reconnaître que l’agent pathogène ne connaît pas de frontières et n’a aucune loyauté politique. Il représente une menace commune qui nécessite une réponse mondiale coordonnée.

Ce n’est pas la façon dont M. Trump pense. Les responsables de la santé publique disent que des millions d’Américains seront probablement infectés. Le total officiel s’élève maintenant à 1281. M. Trump n’a jamais été confronté à une crise de cette ampleur – elle n’en est encore qu’à ses débuts. Les remèdes qu’il a trouvés jusqu’à présent sont très préoccupants. Qui blâmera-t-il lorsqu’ils échoueront?» (Rédaction A l’Encontre)

 

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Cette entrée a été publiée le 13 mars 2020 par dans anticapitalisme, EPIDEMIE/PENDEMIE, santé, USA.