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SDF : les grands oubliés du confinement

« Nos vies valent plus que leurs profits ! »

Alors que chacun reçoit l’ordre de rester chez soi, quand est-il de ceux qui n’ont pas de « chez-eux » ? Malgré les difficultés (conditions sanitaires, confinement…) liées à la pandémie, les associations restent mobilisées pour venir en aide aux plus précaires. Mais beaucoup reste à faire pour les mettre à l’abri.

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Les sans-abris subissent violemment la crise sanitaire liée à l’épidémie de Coronavirus. © DR

« Je vous demande de rester chez vous. » Le message du Président de la République, du 16 mars dernier, est très clair. Et chacun, avec plus ou moins de discipline, se soumet donc aux règles du confinement. Enfin presque tout le monde car pour se confiner encore faut-il un abri. Aucun politique ne s’est exprimé au sujet de cette frange de la population, précaire et vulnérable, livrée à elle-même et à la rue. Les sans-abris doivent leur survie à la bonne volonté des associations qui ne cessent d’œuvrer pour leur porter secours. Mais combien de temps pourront-elles tenir ?

Les associations face au manque de bénévoles

«  Pour le moment, on n’a pas de problème de stock car beaucoup de professionnels ont fait des dons », rassure Michel Mantat, responsable départemental (45) des Restos du cœur. En revanche, l’effectif des bénévoles l’inquiète plus, beaucoup d’entre eux ont plus de 70 ans, à risque donc, et doivent rester confinés. De fait, l’association « s’adapte au jour le jour » et espère des renforts de volontaires.

La distribution fixe auprès des grands précaires est donc maintenue les lundis, mercredis et vendredis. Seule les méthodes changent, afin de s’adapter au respect des règles d’hygiène, avec des sacs à emporter pour éviter les regroupements. De même, la maraude du jeudi soir est assurée. Mais c’est précisément « l’équipement d’hygiène qui est le point noir. Pour le gel hydroalcoolique et les gants, nous avons ce qu’il faut mais nous n’avons pas de masques et psychologiquement c’est très important », regrette Michel Mantat.

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Du côté de la Croix Rouge, c’est aussi le manque de bénévoles qui fait défaut. Mais les efforts sont déployés pour renforcer les maraudes. « Nous avons trois véhicules tous les soirs, nous avons renforcé les équipes car le public vient directement au camion », explique Laure-Marie Sokeng Minière, présidente de la délégation du Loiret. Malgré les restrictions de circulation, elle précise que la domiciliation postale reste assurée et que les courriers importants peuvent être remis sous rendez-vous. « Pour l’instant on s’en sort (…) On se prépare pour le pic, on adapte nos activités. »

Laure-Marie Sokeng Minière ne peut que déplorer que cette part de la population, déjà dans une profonde misère, se trouve désinformée et dans un grand stress, pour ne pas dire désespoir, devant cette crise sanitaire : « Les bénévoles ont un vrai rôle de rassurance. On leur dit que la Croix Rouge ne les laissera pas tomber. »

Mais que fait la police ?

Si les associations sont sur le pied de guerre, l’État reste muet sur la question de la prise en charge des sans-abris. Pis, il ne fait pas le distinguo entre les personnes selon qu’elles sont logées ou non, dans l’application strictes des règles de confinement.

Lors de la maraude conjointe des associations La maraude du Colibri et Les Mains tendues, où il distribuait des kits d’hygiène, jeudi 19 mars dernier, Yves Bodard, travailleur social et éducateur spécialisé, a croisé un couple « qui a été verbalisé trois fois dans la même journée. Soit 405 euros d’amende. Ils étaient logés à l’hôtel mais il a fermé. Ils sont donc à la rue avec leur chien ». Il précise et dénonce qu’il n’y pratiquement pas d’hébergements, dans le Loiret, pour les sans-abris, notamment les femmes, qui détiennent un chien. Livrés à eux-mêmes, ils sont sanctionnés au même titre que n’importe quel citoyen, à l’exception près qu’ils n’ont nulle part où aller.

Des solutions d’hébergement provisoire

S’il se réjouit de l’ouverture du centre de loisirs de la Brossette, à Chanteau (Loiret), pour y accueillir les sans-abris, Yves Bodard, connu pour ses actions pour le logement d’urgence, insiste : « Il ne faut pas remplir les hébergements collectifs à taux plein mais de moitié. La Brossette a une capacité d’accueil de 58 personnes, il ne faut en accueillir que 30. ». Par ailleurs, il précise que l’hébergement ne suffit pas. Cette population très fragilisée, socialement et psychologiquement, a besoin d’être encadrée par « des éducateurs, des animateurs et des psy, pour modérer les crises ». Il explique que bon nombre d’entre eux présentent des maladies mentales, des troubles psychologiques, des addictions à la drogue et/ou à l’alcool et qu’ils ne peuvent rester seuls, sans encadrement.

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Yves Bodard

En pourparlers avec le maire d’Orléans, Olivier Carré ou encore Alexandrine Leclerc, vice-présidente au Conseil départemental du Loiret, pour trouver des solutions rapidement, il constate « une volonté de faire mais une capacité qui laisse à désirer ». De son côté, la Préfecture précise qu’elle maintient les places hivernales jusqu’au 31 mai 2020 au moins ; les accueils de nuit sont ouverts 24h/24 depuis le 19 mars ; les maraudes continuent.

Par ailleurs, selon Yves Bodard, « il y a une cinquantaine de personnes, à Orléans, qui refusent l’hébergement ». Parmi elles, beaucoup sont dépendantes à l’alcool et à la drogue. Pour le travailleur social « l’heure n’est pas à la morale ou au jugement. Ces gens ne doivent plus se déplacer pour acheter leur alcool. On doit donc leur apporter ! L’urgence est le virus, pas les addictions (…) Il faut arrêter d’être hypocrite ! », fume-t-il. Il a proposé au service public l’aide des associations pour prendre en charge la besogne. À ce jour, il attend toujours une réponse et se dit « inquiet » sur le sort réservé aux SDF, qui subissent de plein fouet les conséquences de l’épidémie du Covid-19.

Elodie Cerqueira

Salubrité publique en période d’épidémie : une urgence humaine et sanitaire !

  • Plus de 3500 personnes sont aujourd’hui à la rue, en demande d’asile ou non, en région Île-de-France, sans accès à l’hébergement ni à un accompagnement médico-social.
  • 500 personnes, sur la commune d’Aubervilliers, sont dans un campement de tentes dans un état d’insalubrité contraire à la simple dignité humaine, sans accès à l’eau et sans prise en charge des déchets. Des dizaines d’autres camps existent en Île-de-France sans aucune aide publique et des dizaines de familles avec enfants n’ont pas de solutions et dorment aux portes de Paris.
  • Nous rappelons que les personnes sans-abri sont d’autant plus fragiles qu’elles font face à une absence de prise en charge médicale, renforcée par les mesures récentes gouvernementales concernant l’aide médicale d’État et le délai de carence pour les demandeurs d’asile.

Depuis plusieurs années, associations et collectifs alertent les institutions sur la situation des personnes à la rue à Paris et dans sa proche périphérie qui ne fait que s’aggraver. Rien n’a bougé depuis, pire la situation n’a cessé de se dégrader.

Aujourd’hui, cette population doit faire face non seulement à une présence policière accrue, des dispersions, des contrôles, des évacuations, une absence de prise en charge juridique et sociale, mais aussi désormais à l’épidémie de Covid-19. Des personnes, étrangères ou françaises, sans domicile, sont ainsi contraintes de rester dehors, dans des campements insalubres, malgré les mesures de confinement décidées !

Aujourd’hui, nous constatons qu’aucune mesure n’a été prise depuis une semaine pour mettre à l’abri les personnes les plus vulnérables.

Face à la crise sanitaire, les institutions ont la responsabilité de protéger toutes ces personnes. C’est pourquoi, associations et collectifs, nous demandons :

  • La réquisition des centres culturels, des bâtiments scolaires vides et de tout autre lieu permettant un hébergement et la mise en place des mesures de précaution, afin de mettre à l’abri toutes les personnes qui dorment dehors en Île-de-France et de permettre la mise en place des mesures sanitaires et d’hygiène nécessaires pour faire face au virus ;
  • La mise en place de distributions alimentaires organisées par les pouvoirs publics pour pallier le fait que les associations ne peuvent plus poursuivre leur action dans ce domaine ;
  • L’installation ou la réouverture de points d’eau les plus nombreux et les plus accessibles possibles, et la mise à disposition de savon et de gel hydro-alcoolique, de manière à ce que les personnes à la rue puissent appliquer les recommandations faites par les autorités de santé publique ;
  • L’accès pour tout demandeur d’asile aux conditions matérielles d’accueil (CMA) par l’OFII afin de permettre à toutes et tous de disposer d’un minimum de ressources financières pour pouvoir faire face aux mesures de confinement demandé ;
  • L’interdiction des expulsions visant les personnes hébergées dans les structures d’urgence.

Paris, le 17 mars 2020

Associations signataires :

  • Acat
  • Actions traitements
  • ADSF
  • Amnesty International France – Région Paris
  • Antanak
  • Cèdre
  • Comède
  • Dom’Asile
  • Emmaüs France
  • Gisti
  • La Gamelle de Jaurès
  • L’Assiette migrante
  • La Cimade Ile-de-France
  • LDH
  • Mrap Paris
  • Paris d’exil
  • P’tits dej’s solidaires
  • Première urgence internationale
  • RESF
  • Secours Catholique – Délégation de Paris
  • Serve the city
  • Solidarité migrants Wilson
  • Utopia 56
  • Watizat

 

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Information

Cette entrée a été publiée le 23 mars 2020 par dans anticapitalisme, CRISE SANITAIRE, CRISE SOCIALE, EPIDEMIE/PENDEMIE, FRANCE, santé, SDF.