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Amazon ciblé de toute part pour la sécurité de ses salariéEs !

8 AVRIL 2020 PAR DAN ISRAEL

Alors que l’entreprise assure tout mettre en œuvre pour protéger ses salariés face à l’épidémie, l’administration l’a mise en demeure de revoir ses procédures dans quatre de ses six entrepôts. Et plusieurs procès intentés par des syndicats se profilent.

Il y a moins de trois semaines, lorsque Mediapart a révélé que le patron des entrepôts d’Amazon reconnaissait que toutes les mesures de sécurité contre l’épidémie de Covid-19 n’étaient pas respectées dans les différents sites de l’entreprise, le sujet pouvait encore paraître anecdotique pour le géant de l’e-commerce et de la logistique. Et ses quelque dix mille salariés en France, tout comme les syndicalistes qui les représentent, avaient encore l’impression que leurs craintes pour leur santé restaient invisibles, au beau milieu de la crise sanitaire traversée par la France. Cette situation est aujourd’hui révolue.

En quelques jours, Amazon a dû faire face à des attaques en pagaille, visant toutes à faire respecter strictement les mesures protégeant les salariés de ses entrepôts : révélations de cas de salariés malades, plaintes de syndicats, visites d’inspecteurs du travail, et finalement injonctions vigoureuses de l’administration afin de régler les insuffisances constatées.

Le coup le plus rude vient sans conteste des antennes régionales du ministère du travail, les Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi: le 3 avril, quatre des six entrepôts d’Amazon ont été visés par une « mise en demeure » de l’administration, comme l’ont révélé Le Monde et l’AFP.

À Lauwin-Planque près de Douai (Nord), à Brétigny-sur-Orge (Essonne), à Saran près d’Orléans (Loiret) et à Sevrey près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), la direction avait jusqu’à lundi pour mettre fin à la « situation dangereuse » qui avait été constatée dans les entrepôts pour les salariés. Tous les sites d’Amazon avaient auparavant fait l’objet d’une « lettre d’observation » de l’inspection du travail, le plus souvent pour pointer des manquements.

Officiellement, l’entreprise ne panique pas, et continue à affirmer qu’elle a les moyens de maintenir ses entrepôts ouverts tout en respectant les procédures qui lui sont demandées avec insistance par les syndicats et le ministère du travail. Selon nos informations, lors d’un rendez-vous téléphonique avec les syndicats lundi, la responsable des relations sociales d’Amazon France logistique a annoncé que l’entreprise avait « engagé des recours gracieux » contre les mises en demeure, « tout en apportant des réponses à toutes les observations qui ont été formulées ».

Autrement dit, l’entreprise a certes modifié ses pratiques pour répondre en partie à certaines préconisations de l’inspection du travail et des services qui la chapeautent, mais elle a aussi contesté le bien-fondé de certaines remarques qui lui ont été faites. « La direction considère ces alertes officielles comme largement infondées et se sent assez sûre d’elle pour les contester », tempête Julien Vincent, le responsable de la CFDT pour l’entreprise.

« Amazon fait un bras d’honneur à l’ensemble de ses salariés, mais également à l’État français ! Non contents d’être des champions de l’évitement fiscal, esquivant plusieurs centaines de millions d’euros par an, Amazon se considère désormais au-dessus des lois », cingle un communiqué de son organisation, qui demande, tout comme Sud-Solidaires et la CGT, la fermeture totale des entrepôts.

De son côté, Amazon assure avoir fait en quelques semaines « un effort majeur pour transformer complètement les postes de travail et les procédures », et insiste sur le fait que plusieurs mesures mises en place sont plus ambitieuses que ce que préconise le gouvernement : « distanciation de deux mètres pour les salariés, mise à disposition de gel hydroalcoolique, distribution de masques depuis vendredi, et contrôle de la température des salariés à l’entrée depuis lundi ».

« Nous vivons une situation sans précédent, il n’y a pas de solutions prêtes à l’emploi et nous nous appuyons sur ceux qui savent, à commencer par les autorités, avec qui nous entretenons un dialogue permanent », insiste une porte-parole. En attendant le dialogue apaisé, l’administration a tapé dur.

La mise ne demeure adressée à l’entrepôt de Montélimar (Drôme) est la plus coriace (lire ci-dessous ; les trois autres mises en demeure sont à retrouver sous l’onglet Prolonger de cet article).

À la suite de deux visites sur place, l’inspection du travail a constaté « l’insuffisance générale de l’ensemble des mesures de prévention techniques, organisationnelles et personnelles » et conclu que « l’employeur n’a pas satisfait à son obligation de mise en œuvre des principes généraux de prévention ». Des phrases lourdes de sens, car elles actent que l’entreprise n’a pas respecté les mesures légales qu’elle est censée respecter. Et une réponse cruelle au directeur général d’Amazon France, qui assurait le 3 avril sur RTL que la première chose que faisait son entreprise, « c’est mettre en sécurité les salariés ».

À Saran, la mise en demeure signale que, deux semaines après nos révélations, les fameuses « mesures de distanciation sociale d’un mètre » n’étaient toujours pas respectées à l’entrée ou à la sortie du site, et pas non plus dans les vestiaires. À l’entrée, le « tourniquet poussé manuellement, sans désinfection ultérieure des mains » était par ailleurs un gros point noir.

À Brétigny-sur-Orge, l’inspecteur du travail a noté l’« absence de gel hydroalcoolique à l’entrée et à la sortie de l’établissement », un « manque d’information et de communication » envers les salariés (notamment les intérimaires) et la désinfection trop aléatoire des postes de travail, que les salariés eux-mêmes doivent effectuer. À Lauwin-Planque, c’est « la désinfection systématique » des tables du local de restauration, des casiers des vestiaires, et des postes de travail qui posait problème, tout comme l’impossibilité de se laver régulièrement les mains.

 

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