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Risque de transmission aéroportée du coronavirus SARS-CoV-2 : de l’importance du port du masque et de locaux bien ventilés

Publié le 09 mai 2020 par Marc Gozlan   Le Monde

Il s’agit de la première étude en vie réelle sur la transmission aéroportée du SARS-CoV-2, c’est-à-dire sur une potentielle contamination par le coronavirus porté par l’air ambiant. Ces travaux ont été conduits en février et mars dans deux hôpitaux de Wuhan, foyer de l’épidémie de Covid-19 en Chine, ainsi que dans des lieux fréquentés par le public. Elle a consisté à mesurer les concentrations du matériel génétique viral (et non déterminer l’infectiosité du virus) dans des prélèvements d’air et sur des surfaces.

Les virologues de l’université de Wuhan ont utilisé une technique PCR (droplet digital PCR ou ddPCR) adaptée à la quantification de copies du matériel génétique (ARN) du coronavirus dans des gouttelettes.

Publiée le 27 avril dans la revue Nature, cette étude a consisté à évaluer la concentration d’ARN du SARS-CoV-2 dans 30 sites différents, en l’occurrence dans des endroits fréquentés à l’hôpital par les équipes soignantes ou les patients, ainsi que des zones empruntées par la population générale. Les deux hôpitaux dans lesquels cette étude a été menée sont l’hôpital Renmin réservé aux patients atteints d’une forme sévère de Covid-19 et au Wuchang Fangcang Field Hospital (hôpital de terrain construit à l’emplacement de centres d’exposition et d’installations sportives) qui a accueilli des patients placés en quarantaine et présentant une forme modérée de la maladie.

Les prélèvements ont été effectués des endroits fréquentés par les patients (notamment unités de soins intensifs, unités de soins cardiologiques de l’hôpital Renmin, toilettes mobiles) ; des lieux exclusivement réservés au personnel médical ; des emplacements ouverts au public.

Trois types de prélèvements ont été réalisés : des échantillons d’air contenant des aérosols sans limite de taille ; des aérosols de diamètres différents pour déterminer la distribution du SARS-CoV-2 aéroporté en fonction de la taille ; des échantillons provenant de surfaces dans le but de déterminer le taux de dépôt du SARS-CoV-2 présent dans l’air.

Des concentrations faibles ou indétectables de SARS-CoV-2 ont été trouvées dans la plupart des sites analysés à l’hôpital Remnin. Un résultat qui suggère que l’utilisation de chambres à pression négative et/ou le taux élevé de renouvellement d’air au sein des unités de réanimation, des unités de soins intensifs cardiologiques sont très efficaces pour limiter la transmission du SARS-CoV-2 aéroporté.

A l’hôpital Wuchang Fangcang, la concentration aéroportée la plus élevée a été observée dans les toilettes des patients : 19 copies d’ARN viral par mètre cube. Ce matériel viral en suspension peut provenir de la respiration du malade ou de la suspension dans l’air d’infimes quantités de matières fécales ou d’urine du patient lors de l’utilisation de ces sanitaires mobiles, non ventilés et exigus.

Concernant les zones réservées au personnel médical, les concentrations de virus dans les zones où les membres de l’équipe soignante retirent leur dispositif de protection étaient comprises entre 16 et 42 copies d’ARN viral par mètre cube. Par ailleurs, la concentration a parfois atteint 20 copies par mètre cube dans les vestiaires des médecins.

L’étude a également montré une concentration de 20 copies par mètre carré dans les bureaux du personnel médical. Par ailleurs, les prélèvements ont montré la présence d’aérosols de grande taille (macro-gouttelettes supermicrométriques, supérieures à 2,5 micromètres).

Concernant la présence à l’hôpital des aérosols submicrométriques (d’une taille comprise entre 0,25 à 1 micromètre), les auteurs émettent l’hypothèse qu’ils proviendraient de la re-suspension d’aérosols provenant de la surface du matériel de protection au moment de son retrait. Quant aux aérosols de taille supermicrométrique, ils proviendraient de dépôts de virus au sol qui seraient par la suite transportés par le personnel médical.

À l’entrée d’un grand magasin

Dans les lieux publics fréquentés (en dehors de l’hôpital), les prélèvements ont montré que la concentration du virus SARS-CoV-2 était indétectable ou très faible (inférieure à 3 copies par mètre cube). Deux exceptions : un site d’attroupement de personnes situé à un mètre de l’entrée d’un grand magasin et un emplacement proche de l’hôpital Renmin qui constituait un lieu de passage important du public, notamment emprunté par des patients ambulatoires (non hospitalisés). Dans ces deux sites, situés à l’extérieur d’un bâtiment, il est possible que, dans la foule, des individus infectés par le SARS-CoV-2 aient contribué à la diffusion de virus aéroportés au moment des prélèvements d’air.

« Globalement, ces résultats indiquent un faible risque par voie aéroportée dans les zones bien ventilées ou les lieux ouverts au public. Ils soulignent cependant qu’il convient d’éviter les lieux d’attroupement en même temps qu’ils soulignent l’importance d’une détection précoce des sujets infectés afin qu’ils soient placés en quarantaine ou traités », soulignent les auteurs.

Aérosolisation du virus à 3 mètres du lit du patient

Dans des chambres de l’unité de soins intensifs de l’hôpital Remnin, un échantillon a révélé jusqu’à 113 copies d’ARN viral, par mètre carré sur les surfaces, alors même que les concentrations du virus se situaient en deçà du seuil de détection dans les prélèvements d’air. L’échantillon comportant le taux le plus élevé de copies du matériel génétique du virus provenait d’un coin de la chambre, éloigné d’environ trois mètres du patient. L’autre échantillon avait été prélevé dans un autre coin, situé à deux mètres du malade.

Ces résultats, bien que basés sur un petit nombre de prélèvements, montrent que des aérosols potentiellement contaminants peuvent se déposer sur des surfaces et participer à la contamination d’autres personnes. Comme d’autres travaux très récents, cette étude pointe la potentialité d’une transmission du SRAS-CoV-2 par aérosols.

Ventilation et désinfection rigoureuse des zones à risque

Concernant les zones exclusivement réservés à l’équipe médicale, des concentrations élevées d’ARN viral ont été initialement trouvées, mais ces taux sont tombés en deçà du seuil de détection après que des procédures rigoureuses de désinfection aient été appliquées dans ces zones à haut risque de transmission (emploi plus fréquent d’un désinfectant chloré pour nettoyer le sol des chambres des patients, désinfection des zones de retrait du matériel de protection au moins une fois par semaine, application d’une solution hydro-alcoolique sur toutes les protections avant retrait, utilisation prolongée des purificateurs d’air intérieur).

Porter un masque et éviter les attroupements

Les résultats de cette étude ont d’importantes implications en matière de  prévention tant en santé publique que pour la protection du personnel médical, estiment les chercheurs chinois. Ils insistent sur la nécessité d’une ventilation des locaux et sur la désinfection de petites pièces non ventilées, en particulier des toilettes qui peuvent représenter une source de propagation du virus.

Enfin, concernant les mesures de protection individuelle dans la population générale*, les chercheurs insistent sur l’importance du port du masque pour réduire le risque potentiel de propagation du virus ainsi que sur la nécessité d’éviter la foule, autrement dit, selon eux, de maintenir une distanciation physique de deux mètres, voire de trois mètres. Un message qu’il convient que chacun ait à l’esprit à partir du lundi 11 mai au moment de la levée du confinement en vigueur en France depuis sept semaines.

Marc Gozlan

* A ces mesures visant à réduire le risque de transmission aéroportée s’ajoute le lavage consciencieux et régulier des mains qui, lui, vise à limiter la transmission manuportée.

Pour en savoir plus :

Liu Y, Ning Z, Chen Y, Guo M, Liu Y, Gali NK, Sun L, Duan Y, Cai J, Westerdahl D, Liu X, Xu K, Ho KF, Kan H, Fu Q, Lan K. Aerodynamic analysis of SARS-CoV-2 in two Wuhan hospitals. Nature. 2020 Apr 27. doi: 10.1038/s41586-020-2271-3

Chia PY, Coleman KK, Tan YK, et al. Detection of Air and Surface Contamination by Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) in Hospital Rooms of Infected Patients. medRxiv. Posted April 09, 2020.

Morawska L, Cao J. Airborne transmission of SARS-CoV-2: The world should face the reality. Environ Int. 2020 Apr 10;139:105730. doi: 10.1016/j.envint.2020.105730

Santarpia JL, Rivera DN, Herrera V, et al. Transmission Potential of SARS-CoV-2 in Viral Shedding Observed at the University of Nebraska Medical Center. medRxiv. Posted March 26, 2020.

Sur le web :

Comment faire fonctionner et utiliser les installations sanitaires et de conditionnement des bâtiments afin d’éviter la propagation du coronavirus (Covid-19) et du virus (SRAS-CoV-2) sur les lieux de travail (AICVF, Association des Ingénieurs et techniciens en Climatique, Ventilation et Froid, publié le 3 avril 2020)

 

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Cette entrée a été publiée le 11 mai 2020 par dans anticapitalisme, CRISE SANITAIRE, CRISE SOCIALE, EPIDEMIE/PENDEMIE, FRANCE.