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Au Chili, le coronavirus progresse et alimente la colère sociale

Des manifestations ont éclaté dans les banlieues pauvres de Santiago pour dénoncer l’insuffisance des aides de l’Etat face aux difficultés économiques. 

Par Aude Villiers-Moriamé  

Sur la plaza Italia, épicentre de la contestation qui a éclaté fin octobre 2019 à Santiago pour réclamer une société moins inégalitaire, les messages lumineux projetés par un groupe d’artistes militants sur la façade des immeubles ne parlent plus de « dignité », mais désormais de « faim », en référence à la situation que traversent les quartiers pauvres de la ville en raison du coronavirus.

Mi-mai, des manifestations ont éclaté dans plusieurs communes de banlieue de la capitale, des dizaines de Chiliens bravant le confinement pour dénoncer l’insuffisance des aides de l’Etat face aux difficultés économiques provoquées par la pandémie. Le gouvernement a annoncé la distribution de 2,5 millions de colis alimentaires et déployé un revenu d’urgence familial pour les familles pauvres, de l’ordre de 65 000 pesos (74 euros) par personne. Un montant « insuffisant pour permettre à ces familles de vivre correctement », dénonce Marco Kremerman, économiste du think tank Fundación Sol.

Après avoir semblé relativement épargné par la propagation du virus en mars et en avril, le Chili a finalement été rattrapé par l’épidémie : au 22 mai, ce pays de 18 millions d’habitants comptait près de 62 000 cas confirmés de Covid-19 et recensait 630 décès. Les hôpitaux sont au bord de la saturation, atteignant un taux d’occupation de 95 % des lits en soins intensifs dans la région de Santiago. Le président de droite Sebastian Piñera et son gouvernement, qui avaient encouragé dès la fin avril la réouverture des centres commerciaux et la reprise du travail présentiel, ont dû faire marche arrière le 13 mai en plaçant, pour la première fois, l’ensemble de la région de Santiago – où vivent 7 millions de personnes – en confinement.

Cette mise à l’arrêt forcée entraîne une importante perte de revenus pour les familles les plus vulnérables, dans un pays où plus de 30 % des actifs travaillent dans le secteur informel. « Si la société chilienne n’était pas si inégalitaire, les familles qui souffrent de la faim actuellement ne seraient pas dans cette situation »,indique Rodrigo Herrera, économiste du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Chili.

Classe moyenne vulnérable

L’indice de développement humain élaboré par le PNUD classe pourtant le Chili régulièrement en tête des pays d’Amérique du Sud, « en compétition avec l’Uruguay, précise M. Herrera. Il y a eu de grandes avancées réalisées en termes d’augmentation des revenus et d’accès à la santé et à l’éducation. Mais il y a toujours énormément d’inégalités ».

Le taux de pauvreté, de 9,8 % en 2019 selon la Commission économique pour l’Amérique latine (Cepal), peut sembler bas en comparaison de ses voisins comme la Bolivie, où il dépasse les 32 %. Mais la classe moyenne chilienne reste très vulnérable : 11,5 millions de personnes sont endettées et la moitié des salariés déclarés perçoivent des revenus insuffisants pour maintenir une famille au-dessus du seuil de pauvreté. « Au moindre choc, ces personnes basculent dans la pauvreté »,indique M. Herrera. Le taux de chômage, de 8,2 % au premier trimestre, pourrait fortement augmenter avec le Covid-19, selon Marco Kremerman, pour qui « cette crise sanitaire accélère la crise économique et va générer davantage de précarité ».

De quoi alimenter le mouvement social coupé en plein élan par l’épidémie. Le 26 avril, les Chiliens auraient dû participer à un référendum sur l’élaboration d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle du dictateur Augusto Pinochet, texte pilier du système néolibéral inégalitaire. Mais le scrutin a été repoussé en octobre et les manifestations sont interdites en raison du coronavirus. « La mobilisation s’est construite autour de la colère face aux résultats injustes du modèle économique, indique M. Kremerman. Mais de nombreuses personnes avaient encore leur emploi à ce moment-là. Aujourd’hui, les revenus sont menacés et les Chiliens ne savent comment payer leurs dettes. Si de nouvelles mesures ne sont pas prises, le mouvement pourrait reprendre avec davantage de force dès que les mesures sanitaires seront levées. »

Le week-end dernier, toute la région de la capitale, Santiago du Chili, a fini par être confinée. Une décision prise par le président Sebastian Pinera, voyant augmenter le nombre de cas de contaminations dans la ville. 80 % des 46 000 cas de Chiliens touchés par le Covid-19 sont dans la capitale. Mais le Chili est en train d’entrer dans l’hiver austral, les températures baissent, et le nombre de maladies respiratoires a tendance à exploser dans les quartiers pauvres de cette agglomération de sept millions d’habitants, tous les hivers. La semaine dernière, les médecins chiliens se sont inquiétés de voir à la fois les cas de Covid et de maladies classiques augmenter brutalement, leur faisant craindre une arrivée massive dans les hôpitaux.

La colère explose dans certaines banlieues

À El Bosque, une banlieue pauvre de Santiago, le confinement a été la mesure de trop. Les habitants sont descendus dans les rues, ont affronté la police, et exigé une aide alimentaire et financière immédiate. Le gouvernement a eu beau annoncer la livraison de centaines de milliers de colis alimentaires en urgence, il a fallu de vrais combats entre policiers et manifestants pour tenter de ramener le calme. Avant même la crise du coronavirus, le pays était en proie depuis plusieurs mois à une colère sociale inédite depuis 30 ans. Les Chiliens réclament un État social, alors que la pauvreté ne cesse d’augmenter et que le gouvernement libéral de Sebastian Pinera a perdu la confiance de la rue.  

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