NPA Loiret

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De la CGT à Greenpeace, la société civile bouscule-t-elle vraiment la « gôche » ! ?

Le NPA présent à cette réunion en observateur constate que cette démarche apparaît plus comme une volonté de pousser à la reconstruction d’une nouvelle « union de la gauche » que comme un outil pour une véritable mobilisation contre le système capitaliste et les ses valets. L’absence de perspectives de luttes, l’union sacrée qui a prévalue durant l’épidémie, l’acceptation du « dialogue social » comme seule politique revendicative tout cela est loin de la satisfaction des besoins des populations, des préoccupations des travailleur/ses ! Aller à la prochaine réunion en juin ? Oui mais pour avancer vraiment sur les revendications et les moyens de les faire aboutir !

NPA Loiret

Pauline Graulle

Ces dernières semaines, le monde associatif et syndical, mais aussi les organisations politiques de gauche et les écologistes se tournent autour. Des universités d’automne communes, des textes signés ensemble, des actions prévues pour la rentrée… Et bientôt, un programme commun pour 2022 ?

Si l’on en est encore loin, une nouvelle étape dans la construction d’un nouveau bloc écologiste et social a été franchie. Ce mardi 26 mai, pour la première fois, une vingtaine d’associations et de syndicats publient, ensemble, 34 propositions, précises et chiffrées, destinées à répondre à la crise sanitaire, et à ses conséquences économiques et sociales. Une fois n’est pas coutume, l’ensemble des partis politiques de gauche et les écologistes pourraient s’associer prochainement à cette coalition associative et syndicale pour mener des actions unitaires.

Au sommaire de ce « Plan de sortie de crise » (à lire en entier ci-dessous ou à télécharger en PDF : Plan de sortie de crise (pdf, 471.5 kB)), des mesures d’urgence, comme la gratuité des masques, le recrutement de 100 000 professionnels dans les hôpitaux, la régularisation des sans-papiers ou un plan contre les violences faites aux femmes. Mais aussi des mesures de moyen et long terme : l’augmentation des salaires, l’instauration de la semaine de quatre jours, l’arrêt des expulsions locatives, l’annulation de la dette des pays, la sortie totale de l’énergie carbonée d’ici 2030, la restauration d’un ISF élargi, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen, la suppression des financements publics aux entreprises polluantes, la suspension des trajets aériens de courte distance, la réglementation de la publicité ou le développement de l’agriculture bio…

À l’origine de cette feuille de route, un méli-mélo d’organisations qui ne se côtoyaient guère jusque-là : la CGT, Solidaires et la FSU, mais aussi des associations et ONG comme Greenpeace, Oxfam, Les Amis de la Terre, Youth for Climate, le Droit au logement, Alternatiba ou la Fondation Copernic (un think tank antilibéral)… De petits groupes de travail en binôme syndicat/association ont été créés pour mélanger les genres et les cultures, et parvenir à un texte écrit de manière collaborative en seulement quatre semaines.

La centrale centenaire de Philippe Martinez, main dans la main avec les jeunes des marches pour le climat et la Confédération paysanne ? L’évolution était déjà perceptible dès l’automne 2019 (lire ici), la voilà entérinée. Elle permet aussi à Philippe Martinez une réponse tactique au rapprochement en cours entre la CFDT et Nicolas Hulot. « Philippe Martinez a fait beaucoup, il a le courage d’impulser un changement en profondeur dans son organisation, et de l’ouvrir sur le monde », salue Willy Pelletier, membre de la Fondation Copernic, qui souligne que ce décloisonnement inédit, tant sur la forme que sur le fond, est « historique ».

Faire émerger une alternative à la politique de Macron

Plus généralement, les mobilisations de ces dernières années – des « gilets jaunes » aux marches pour le climat, en passant par la « marée populaire » du printemps 2018, la COP 21 l’an dernier ou la mobilisation contre la réforme des retraites cet hiver – ont fait bouger les lignes. Le Covid-19 a fini de mettre tout le monde d’accord.

« Dire qu’il faut allier fin du monde et fin du mois, ce n’est pas nouveau, mais cette fois, on a décidé de passer aux actes, et d’élargir nos alliances habituelles [avec les associations environnementales classiques – ndlr] pour travailler avec les acteurs du monde social », souligne ainsi Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, qui a rencontré Philippe Martinez et Aurélie Trouvé, économiste d’Attac, lors du contre-sommet du G7, l’an dernier. « Nos donateurs nous soutiennent dans cette démarche, ajoute-t-il. Ils voient bien qu’on ne peut plus se contenter de dire qu’il faut fermer les centrales nucléaires, mais qu’on doit aussi engager des changements systémiques. »

D’où ce pas des uns vers les autres. « Il y a eu des avancées majeures au sein du monde associatif et syndical, résume Cécile Duflot, à la tête de l’ONG Oxfam, spécialisée sur les questions d’inégalités et de climat. Cela tient à la fois à la volonté sincère des personnes dirigeantes, au fait que tout le monde se rend compte qu’on ne peut plus être écolo sans faire de social et inversement, mais aussi à l’idée qu’il faut un débouché politique rapide si on ne veut pas se retrouver avec Le Pen au pouvoir. »

Fini le temps où les associations et syndicats se contentaient d’observer, de loin, les partis politiques – notant éventuellement leurs programmes au moment de la présidentielle. Aujourd’hui, les auteures du texte commun entendent peser sans complexe dans le jeu démocratique.

Là encore, elles ont réussi un petit miracle : mettre autour de la même table la totalité des responsables des partis politiques de gauche et de l’écologie pour discuter de leurs propositions. « Plusieurs organisations politiques nous avaient écrit suite à la tribune “Plus jamais ça” [qui contenait les ferments du « Plan de sortie » – ndlr] pour nous dire que notre démarche les intéressait, raconte Julien Rivoire, d’Attac. On leur a dit : “OK pour en discuter, mais uniquement si tout le monde est là.” Notre objectif, ce n’est pas du tout de reconstruire la gauche, en revanche, on veut mettre nos revendications, dès maintenant, à l’agenda politique, et montrer au passage que quand on a la volonté de se rassembler, on y arrive. Alors pourquoi pas les politiques ? »

Dont acte. Mercredi 20 mai, à 16 heures, à l’invitation des organisations du « Plan de sortie », ils étaient donc sagement derrière leur écran pour une réunion en visioconférence qui restera peut-être dans l’histoire. Parmi la quarantaine de participants simultanés, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Olivier Faure (PS), Olivier Besancenot (NPA), Julien Bayou (Europe Écologie-Les Verts), Fabien Roussel (Parti communiste), Raphaël Glucksmann (Place Publique) ou Claire Monod (Génération.s)…

Une belle brochette d’adversaires politiques devenus, le temps d’une fin d’après-midi, de bons camarades. « L’ambiance était un peu guimauve et Bisounours, détaille un associatif présent lors des discussions, même si derrière les bisous, le choc des stratégies est apparu rapidement. » « Jean-Luc Mélenchon a dit d’emblée, gentiment mais fermement, qu’il n’était pas là pour établir un programme électoral, ajoute une participante, et Olivier Besancenot a rappelé que, vu le bazar actuel, parler de calendrier électoral, c’était un peu faire de la science-fiction. »

Toujours est-il que, durant deux heures et demie, les discussions sont allées bon train sur l’élaboration d’un cadre de travail commun, les propositions à avancer pour faire émerger une alternative à la politique de Macron, et les actions thématiques qui pourraient être menées ensemble à partir des 34 mesures présentées à grands traits (le document intégral leur a été soumis ce mardi 26 mai).

« Le premier niveau de la fusée, c’est que les associations sont sorties de leur zone de confort. Maintenant, à nous de mettre en débat leur projet, par exemple dans le cadre des élections régionales de l’an prochain », glisse Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). « Évidemment, tout le monde a dans la tête 2022, donc l’union est loin d’être faite, mais c’est un premier pas historique », espère Anne de Haro, de la Gauche démocrate et socialiste (la mouvance de l’ancien inspecteur du travail Gérard Filoche qui milite pour le rassemblement).

Pour l’instant, le NPA et La France insoumise rechignent à signer une déclaration commune de soutien au « Plan de sortie » et à entrer dans une dynamique unitaire qui inclurait notamment le PS. Reste à savoir, aussi, si le parti d’Olivier Faure est prêt à donner son aval à un texte qui promeut les 32 heures de travail hebdomadaire, le Smic à 1 700 euros par mois, l’interdiction des licenciements pour les entreprises qui distribuent des dividendes, et qui spécifie que « le libre-échange est incompatible » avec le progrès social et écologique. Les échéances électorales, par ailleurs, ne facilitent pas les choses.

La France insoumise et, dans une moindre mesure, EELV ont, pour l’heure, décidé de tenter leur chance en 2022 sous leurs propres couleurs – même si cela n’exclut pas un dialogue ponctuel avec des partenaires. De quoi faire grincer des dents ceux qui aimeraient ouvrir dès à présent des chantiers communs pour présenter un seul candidat à la gauche et à l’écologie afin d’éviter une redite du duel entre Macron et Le Pen à la présidentielle.

Il n’empêche : « On assiste à une coagulation de longue durée », veut croire Willy Pelletier, qui pense que cet « ovni » politique est promis à un bel avenir. Si, toutefois, il parvient à éviter deux écueils : se refermer sur lui-même ; être instrumentalisé par des partis en panne d’idées qui pourraient avoir la tentation d’utiliser la coalition syndicale et associative à des fins électorales.

« Pour pallier ces risques, on doit se parler d’égal à égal, et se parler franchement, avertit Willy Pelletier. Mais une chose est sûre : face à la faiblesse des organisations partisanes, les associations et les syndicats ont la main comme jamais, et ils sont en capacité de bousculer la hiérarchie entre le mouvement social et les partis politiques. »

Une deuxième réunion Zoom avec les associations, les syndicats et les politiques devrait avoir lieu dans le courant du mois de juin pour statuer sur les actions à venir. On parle d’une première mobilisation unitaire autour de l’hôpital public, à la mi-juin, mais aussi de manifestations autour du climat ou de rencontres avec des entreprises menacées de fermeture. Vu la crise économique, sociale et écologique qui s’annonce, la coalition ne manquera pas de sources d’inspiration.

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