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Marseille : « Cette rue Ibrahim-Ali, c’est le début du deuil » pour les proches de l’ado assassiné par un colleur du FN

L’avenue des Aygalades à Marseille va être rebaptisée avenue Ibrahim-Ali, après 26 années de combat de ses proches pour réhabiliter la mémoire de cet adolescent tué par un militant FN

© Mathilde Ceilles / 20 Minutes Soly se bat depuis 26 ans pour que l’avenue des Aygalades soit rebaptisée avenue Ibrahim-Ali HOMMAGE – L’avenue des Aygalades à Marseille va être rebaptisée avenue Ibrahim-Ali, après 26 années de combat de ses proches pour réhabiliter la mémoire de cet adolescent tué par un militant FN

« Il y en a qui n’y croient toujours pas, et qui attendent lundi pour le croire. Vous savez, comme Saint-Thomas… » Soly attend ce moment depuis vingt-six ans. Après un quart de siècle de combat, à l’issue du conseil municipal de lundi, l’avenue des Aygalades à Marseille va être rebaptisée avenue Ibrahim-Ali, du nom de cet adolescent d’origine comorienne tué dans cette avenue des quartiers Nord de Marseille par un colleur d’affiches du Front national, le 21 février 1995.

© Fournis par 20 Minutes Portrait d’Ibrahim Ali, adolescent tué en 1995 par un colleur d’affiches du FN.

Quand on lui demande d’évoquer ce jour funeste, Soly détache le regard, le fixe sur la barre d’immeuble d’en face, au loin. Et c’est comme s’il revivait tout dans les moindres détails, dans une violente téléportation. Une soirée d’abord semblable à une autre pour celui qui est président de l’association groupe de rap B-Vice, dont Ibrahim Ali était membre. Des instrus et des textes à peaufiner, en attendant l’arrivée « des jeunes », comme il dit.

« Ibrahim est mort »

Puis ce groupe qui tambourine avec insistance à sa porte. La sidération des minots qui entrent. Les mots tranchants de l’un d’eux : « Ibrahim est mort ». L’incrédulité. Le courage difficile à trouver, les minutes interminables entre son bâtiment A et le bâtiment K d’Ibrahim Ali, avec, sur le chemin, l’envie rageuse de « brûler Marseille » qu’il aime tant pourtant. Les pieds qui flanchent, le mal au bide, les larmes qui coulent sans cesse face à la mère de l’adolescent. Et enfin la promesse qu’il lui fait de ne pas céder à la colère, pour honorer la mémoire de son unique fils, décrit comme « une bonne pâte » sans histoire, et fauché par une balle dans le dos à l’âge de 17 ans alors qu’il courait, selon des témoins, pour ne pas rater son bus.

Il y a ensuite eu les nombreux courriers à la mairie pour rebaptiser l’avenue, toute laissée lettre morte. L’ancien maire LR Jean-Claude Gaudin s’est toujours refusé à renommer l’avenue des Aygalades. Un rond-point a toutefois été rebaptisé du nom du jeune adolescent, dans le 15e arrondissement, comme le rappelle Catherine Pila, chef de file LR au conseil municipal. « On est en train de se caler avec les membres de notre groupe pour voir ce qu’on va voter sur ce sujet lundi », confie-t-elle.

« Il faut heurter le Front national »

« Un rond-point minable, peste Soly. Personne n’habite à un rond-point. Si on veut perpétuer la mémoire d’Ibrahim Ali, il faut un lieu approprié. » Intervenant régulier dans des établissements scolaires, Soly constate en effet que beaucoup de jeunes Marseillais ignore cet événement de l’histoire de leur ville. « A ces gamins-là, je suis obligé de leur dire qu’il existe de gens qui veulent leur faire du mal, à cause de leur couleur de peau. Il faut regarder notre Histoire en face, le bon comme le mauvais. Il faut admettre que quelque chose d’innommable s’est produit, commis par des gens dont les idées étaient véhiculées par un parti, le Front national. »

« Jean-Claude Gaudin ne l’avait pas fait jusqu’ici, car il ne voulait pas heurter le Front national, accuse Samia Ghali, dont le groupe portera ce rapport devant le conseil municipal ce lundi. Moi, je dis qu’il faut heurter le Front national car ses colleurs d’affiches ont heurté la vie de ce jeune, et beaucoup à travers lui. »

Le RN contre ce projet

« Nous ne voterons pas ce rapport profanateur de la mort d’Ibrahim Ali, s’agace Stéphane Ravier, chef de file RN au conseil municipal de Marseille. Certains se servent de ce drame vieux de 25 ans pour alimenter un combat politicien qui ne les honore pas. Ibrahim Ali mérite de reposer en paix, au lieu d’être utilisé une fois de plus par la fine équipe de la gauche. Déjà, ce n’est pas des colleurs d’affiches du FN, mais un colleur d’affiche, qui est mort en prison et qui a largement payé sa dette. Et l’hommage à Ibrahim Ali a déjà été rendu par la justice. Alors, ce coup politique, c’est minable. »

Des propos qui font bondir le député LREM d’origine comorienne Saïd Ahamada, ancien rappeur de la cité marseillaise Félix-Pyat qui a côtoyé Ibrahim Ali, avant que l’assassinat de ce dernier ne le pousse à s’engager en politique. « Les premiers à avoir eu cette revendication, ce sont les amis, la famille. Ibrahim Ali a été assassiné parce qu’il était noir. Si ce n’est pas un crime raciste ! Ce n’est pas une question de gauche ou droite, c’est un combat humaniste. »

« Cette rue, pour moi c’est le début du deuil, souffle Soly. J’ai fait ma thérapie, en solitaire. C’était l’écriture. Mais le deuil, non, je n’ai pas passé cette étape. Ce n’était pas possible. Il y avait trop de mépris. Certains membres du groupe, encore aujourd’hui, n’arrivent pas à parler de cette histoire. C’est trop douloureux. Ibrahim est mort. Mais combien ont vécu totalement éclopé derrière, à cause de ça ? »

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