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25 mars 1871, Victorine nourrit les Défenseurs de la République, demain les élections

Date: 25 mars 2021Author: macommunedeparis

Par quoi commencer? Par l’affiche de couverture « seule authentique » — ce qui sous-entend qu’il y en a une autre. Je n’ai pas trouvé d’image de cette autre, mais en voici le texte:

Le Comité Central de la Garde nationale auquel se sont ralliés les députés de Paris les maires et les adjoints convaincu que le seul moyen d’éviter la Guerre civile, l’effusion de sang à Paris, et en même temps d’affermir la république est de procéder à des élections immédiates convoque pour demain dimanche tous les citoyens dans les Collèges électoraux.
Les habitants de Paris comprendront que, dans les circonstances actuelles le patriotisme les oblige à venir tous au vote afin que les élections aient le caractère sérieux qui seul peut assurer la paix dans la cité. 
Les bureaux seront ouverts à huit heures du matin et fermés à minuit.

Vive la République

Les Maires et Adjoints de Paris signés
1er arr.: Ad. Adam, Méline, adjoints. 2e arr.: Émile Brelay, Loiseau-Pinson, adjoints. 3e arr.: Bonvalet, maire, Ch. Murat, adjoint. 4e arr.: Vautrain, maire, De Chatillon, Loiseau, adjoints. 5e arr.: Jourdan, Collin, adjoints. 6e arr.: A. Leroy, adjoint. 9e arr.: Desmarest, maire, E. Ferry, André, Nast, adjoints. 10e arr.: A. Murat, adjoint. 11e arr.: Mottu, maire, Blanchon, Poirier, Tolain, adjoints. 12e arr.: Grivot, maire, Denizot, Dumas, Turillon, adjoints. 13e arr.: Combes, Léo Meillet, adjoints. 15e arr.: Jobbé Duval, Sextius Michel, adjoints. 16e arr.: Chaudet, Sevestre, adjoints. 17e arr.: Fr. Favre, maire, Malon, Villeneuve, Cacheux, adjoints. — 18e arr.: Clemenceau, maire, J.-A. Lafont, Dereure, Jaclard, adjoints. 19e arr.: Devaux, Sartori, adjoints.

Les représentants de la Seine présents à Paris
Locroy, Floquet, Tolain, Clemenceau, V. Schœlcher, Greppo.

Le Comité Central de la Garde nationale
Avoine fils, Ant. Arnaud, Assi, Andignoux, Bouit, Jules Bergeret, Babick, Baroud, Billioray, Blanchet, Castioni, Chouteau, C. Dupont, Fabre, Ferrat, Fortuné Henry, Fleury, Fougeret, C. Gaudier, Gouhier, H. Géreseme, Grélier, Grolard, Jourde, Josselin, Lavalette, Maljournal, Éd. Moreau, Mortier, Prudhomme, Rousseau, Ranvier, Varlin.

Cette version est publiée, à la suite de l’autre, dans Le Rappel daté du 26 mars. Bref, qui organise les élections semble un sujet de discorde… Thiers le reconnaîtra, les atermoiements des maires ont fait gagner huit jours à Versailles. Mais, enfin, les élections ont lieu demain.

Bien, bien. Mais, le vote n’est pas tout. D’ailleurs, notre héroïne du jour ne vote pas. Évidemment, puisque c’est une héroïne. Nous l’avions laissée, souvenez-vous, le 13 mars, après la mort de son fils. Victorine:

Le 20 mars, dans l’après-midi, nous eûmes la visite d’un compagnon d’armes de mon mari […]. Il nous dit qu’on fait un appel à tous les corps francs qui sont de retour à Paris et aux soldats de l’armée régulière, qui n’ont pu être réincorporés dans leur régiment respectif, pour former un bataillon pour la défense de la République. Il demanda à mon mari et à moi, de la part de quelques compagnons de combats, si nous voulions faire partie de leur bataillon en formation; on nous faisait demander si nous consentirions à tenir le mess des officiers.
Nous étions un peu hésitants, mon mari m’engagea à dire oui. Il pensait que cela serait mieux que de rester avec nos tristes souvenirs, dans l’inactivité.
Nous avons accepté. Nous fîmes de l’ordre dans notre maison et, trois jours après, nous étions installés à la caserne nationale, maintenant caserne de la République, à l’angle de la rue de Rivoli et de la place, près de l’Hôtel de Ville.

Une vie nouvelle commençait pour nous; là nous avions une chambre à nous, une magnifique cuisine, une grande salle à manger et une petite cuisine pour le service du personnel; la salle était très propre, il y avait une grande table au milieu, recouverte d’une toile cirée blanche, des tabourets paillés, un dressoir, une sorte de comptoir, une grande glace pendue au mur, sur une console, un buste de la République (en plâtre), lequel était coiffé d’un bonnet phrygien et entouré de drapeaux rouges. C’était tout.
Nous avions alors comme chefs le commandant Naze [Léon Édouard Naze] et les capitaines Martin, Letoux et plusieurs autres officiers et sous-officiers. On m’adjoignit un cuisinier et deux garçons de service, dont un se nommait Adrien Brouiller. Je m’occupais du service général, mon mari s’occupait aussi de la surveillance des garçons; tout allait assez bien.

Un jour, je demandai au commandant Naze si l’on voulait m’autoriser à tenir table ouverte deux heures par jour, à 9 heures du matin, pour donner à manger aux pauvres diables qui avaient faim (il n’en ­manquait pas dans Paris dans ces moments-là). Ayant été autorisée, je donnais une bonne assiettée de soupe à chacun, une tranche de bœuf, des légumes, du pain à discrétion et un demi-verre de vin. Nous acceptions hommes, femmes et enfants, par groupes de six; lorsque chaque groupe avait fini, six autres individus entraient. Je ne demandais pas d’où ils venaient, ni qui ils étaient; s’ils avaient faim, cela me suffisait.
Nous avons vu défiler des types de bien différentes conditions. J’étais heureuse d’avoir pu calmer pour quelques instants la faim de ces malheureux.

C’est un bon endroit pour interrompre Victorine et dire quelques mots de ces « pauvres », certes, mais aussi des ouvriers parisiens. Je cite maintenant Louis Rossel:

Parmi les bataillons que j’avais l’honneur de commander, certains étaient affligeants à voir. Des hommes débiles, laids, petits, difformes, dont l’uniforme faisait ressortir la mauvaise mine. En passant devant ces malheureux, je me disais: Ces gens ont raison de se battre; ils se battent pour que leurs enfants soient moins chétifs, moins scrofuleux, moins vicieux qu’ils ne sont eux-mêmes.

Pas grand chose à voir avec les silhouettes lisses, propres et bien nourries supposées représenter les communards depuis quelques jours à Paris!

Livres utilisés

Brocher (Victorine)Souvenirs d’une morte vivante Une femme dans la Commune de 1871, Libertalia (2017).

Rossel (Louis)Papiers posthumes, recueillis et annotés par Jules Amigues, Lachaud (1871).

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Cette entrée a été publiée le 26 mars 2021 par dans COMEMORATION, COMMUNE DE PARIS, DEVOIR DE MEMOIRE, FRANCE.