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FRANCE : Quatre militaires sur dix votent pour l’extrême droite !

Le soutien de la présidente du Rassemblement national aux militaires qui ont publié une tribune appelant Emmanuel Macron à défendre le patriotisme contre un « délitement » de la nation s’explique par le plébiscite particulièrement élevé qu’elle suscite dans cette catégorie de la population. 

Les militaires et, globalement, les forces de l’ordre, votent davantage à l’extrême droite que la moyenne de la société française. Cet électorat n’est pas facile à isoler, compte tenu de son faible poids numérique dans l’ensemble de la population, mais le détail des suffrages dans les petites communes où les militaires sont nombreux prouve incontestablement un survote pour le Rassemblement national (RN). Cet électorat n’est évidemment pas homogène : si, très grossièrement, 4 militaires sur 10 votent pour l’extrême droite – près de deux fois plus que la moyenne nationale – 6 sur 10 votent ailleurs.

Ainsi la commune de La Cavalerie, près du camp du Larzac, dans l’Aveyron, qui accueille plus d’un millier de militaires de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, a voté à hauteur de 33,7 % pour le RN au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 – et autant aux élections européennes de 2019 – soit le double du reste du département (16,2 %). Dans la Marne, près des camps militaires de manœuvre, Mourmelon-le-Petit a voté aux européennes à 41,3 % pour le RN (11,1 points de plus que la moyenne départementale), Mourmelon-le-Grand, à 44,9 % (+ 14,7 points), ou Suippes, 45,5 % (+ 15,3 points).

Mailly-le-Camp, dans l’Aube, qui accueille le 5e régiment de dragons, a voté en 2019 à 50,4 % pour la liste RN aux européennes, soit 17 points de plus que le reste du département. Des résultats comparables sont observés dans les communes de Sissonne (Aisne), qui abrite le 94e régiment d’infanterie, à Auxonne (Côte-d’Or), où est cantonné le 511e régiment du train, mais aussi à Ventiseri (Haute-Corse), autour de la base aérienne 126 : 43,6 % pour le RN, contre 26,5 % en moyenne dans le nord de l’île.

Le vote lepéniste a connu un premier bond entre l’élection présidentielle de 2012 et les européennes de 2014, observent Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach (Pour qui votent les casernes ?, Fondation Jean-Jaurès, 15 juillet 2019), et l’audience du Front national a encore progressé très significativement au premier tour des élections régionales de 2015, quelques semaines après les attentats du 13 novembre, pour atteindre des sommets : 53,7 % à Mailly-le-Camp, 55,3 % à Mourmelon-le-Petit, 54,3 % à Suippes…

Le vote des gendarmes mobiles, qui sont aussi des militaires, est à l’avenant : Marine Le Pen a obtenu 42,1 % au premier tour de la présidentielle de 2012 dans le bureau de la caserne d’Hyères (Var), soit 20,3 points de plus que dans le reste d’une ville où elle obtient traditionnellement de bons résultats. Mais à Rennes, par exemple, où la candidate du RN n’avait rassemblé en 2012 que 7,3 % des voix, le bureau de la caserne a enregistré un score de 19,8 %.

Le cas du camp de Satory, dans les Yvelines, qui abrite autour de 5 000 personnes, est à ce titre presque chimiquement pur : le bureau de vote n° 10 de Versailles ne compte que des gendarmes et leurs familles sur ses listes électorales. En 2012, Marine Le Pen y avait obtenu 46,1 % des suffrages au premier tour, et Nicolas Sarkozy 22,9 % (82,8 % pour l’ensemble de la droite). Le vote FN s’est encore accentué par la suite dans les casernes, pour atteindre aux régionales de 2015, après les attentats, 64,4 % au bureau de vote d’Hyères, ou 61,9 % dans celui de Satory, avant de baisser par la suite.

Le survote en faveur du RN est tout aussi marqué chez les personnels pénitentiaires. La liste de Jordan Bardella aux européennes de 2019 a obtenu 50,7 % des voix à Ville-sous-la-Ferté, dans l’Aube, où est située la centrale de Clairvaux, contre 33,4 % dans le département. A Aiton, en Savoie, qui accueille un centre pénitentiaire, la liste RN a obtenu 41,4 %, contre 21,1 % sur le plan départemental. Le même mouvement s’observe autour des prisons de Fresnes (Val-de-Marne), de Fleury-Mérogis (Essonne) ou des Baumettes, à Marseille. Marine Le Pen est d’ailleurs particulièrement attentive à la situation des gardiens : c’est la seule candidate de 2017 à s’être rendue au centre pénitentiaire de Meaux (Seine-et-Marne), à l’invitation d’un syndicat.

L’empressement avec lequel la présidente du RN a appuyé la tribune des militairess’explique aussi par le fait qu’elle sait être en terrain à peu près conquis – 13 728 militaires avaient signé le texte jeudi 29 avril, sans qu’on puisse, à ce stade, contrôler s’ils sont effectivement tous des militaires. « On peut analyser cette tribune comme une initiative d’une certaine mouvance d’extrême droite au sein de l’armée, indique le politologue Jérôme Fourquet. Mais on peut aussi y voir le symptôme d’un double phénomène : une exaspération croissante des forces de sécurité face à ce qu’ils perçoivent comme la dégradation de la situation. Et le sentiment d’un déficit de légitimité de l’exécutif sur les sujets régaliens. »

Franck Johannès

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