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Nicaragua : Répression contre les opposants à l’approche de l’élection présidentielle

Les Nations Unies devraient renforcer les pressions pour faire respecter les droits humains et assurer un scrutin libre

La violente campagne de répression menée au Nicaragua par le gouvernement du président Ortega contre l’opposition et la société civile exige un engagement accru de la part des Nations Unies pour faire face à cette situation qui s’aggrave, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Dans ce rapport de 37 pages, intitulé « Critics Under Attack: Harassment and Detention of Opponents, Rights Defenders, and Journalists Ahead of Elections en Nicaragua » (« Offensive contre l’opposition : Harcèlement et arrestations d’opposants, de défenseurs des droits humains et de journalistes à l’approche des élections au Nicaragua »), Human Rights Watch documente des arrestations de personnalités en vue et d’autres graves abus à l’encontre de détracteurs du gouvernement à l’approche de l’élection présidentielle prévue pour le 7 novembre 2021.

Ces actions semblent faire partie d’une stratégie globale visant à éliminer toute compétition politique, étouffer toute voix dissonante et ouvrir la voie à une réélection du président Daniel Ortega pour un quatrième mandat consécutif. Entre le 2 et le 20 juin, les autorités nicaraguayennes ont arrêté cinq éminents candidats de l’opposition à la présidence et aux moins neuf personnalités connues pour leurs critiques antigouvernementales, et ont ouvert à leur encontre des enquêtes criminelles apparemment basées sur des motifs politiques.

« La gravité, et l’intensification ces dernières semaines, de la répression brutale par le gouvernement Ortega de ses détracteurs et des membres de l’opposition requièrent un net accroissement des pressions internationales », a déclaré José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques à Human Rights Watch. « Il est essentiel que le Secrétaire général des Nations Unies s’inspire de précédentes mesures prises par l’ONU en portant cette situation à l’attention du Conseil de sécurité. »

La crise nicaraguayenne comporte d’inquiétants aspects régionaux. Plus de 108 000 Nicaraguayens ont été contraints de fuir leur pays depuis la répression de 2018, les deux tiers d’entre eux ayant cherché refuge au Costa Rica voisin, selon le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. La pandémie de Covid-19 a aggravé la vulnérabilité et les besoins des réfugiés et des demandeurs d’asile nicaraguayens.

Entre janvier et juin 2021, Human Rights Watch s’est entretenu par téléphone avec 53 personnes au Nicaragua, dont 46 activistes, avocats, journalistes, défenseurs des droits humains et opposants politiques qui avaient été victimes de harcèlement et/ou avaient été l’objet d’une arrestation arbitraire. Human Rights Watch a également examiné des photos et des vidéos prises lors de ces arrestations, et consulté des informations parues dans les médias et des documents publiés par des organisations locales et internationales de défense des droits humains. Le 14 mai, Human Rights Watch a sollicité des informations auprès des autorités nicaraguayennes concernant l’avancement des enquêtes sur ce type d’affaire, mais n’a pas reçu de réponse.

Ortega contrôle étroitement les forces de sécurité. Des agents de police – et parfois des militaires – sont fréquemment stationnés à proximité des résidences de détracteurs du gouvernement, les empêchant de quitter leur domicile dans des conditions qui s’apparentent à une arrestation arbitraire, a constaté Human Rights Watch. De nombreuses victimes ont affirmé qu’elles étaient dans l’impossibilité de rendre visite à des amis et aux membres de leur famille, de participer à des réunions, d’aller travailler, de se joindre à des manifestations ou de se livrer à des activités politiques. Certaines ont été empêchées d’emmener leurs enfants à l’école ou à des visites médicales. Trois femmes ont affirmé avoir subi des actes de harcèlement sexuel et des agressions sexuelles lorsqu’elles étaient détenues.

Certaines personnes ont été détenues arbitrairement à plusieurs reprises, pour des périodes allant de plusieurs jours à plusieurs mois. Plusieurs détenus ont décrit avoir subi des traitements abusifs lors de leur détention, lesquels, dans au moins deux cas documentés par Human Rights Watch, équivalent probablement à de la torture.

Les organisations nicaraguayennes de défense des droits affirment que 124 personnes perçues comme des détracteurs du gouvernement étaient encore détenues arbitrairement en juin 2021. Beaucoup d’entre elles sont en prison depuis plus d’un an.

Valeska Sandoval, une étudiante et activiste des droits humains âgée de 22 ans, a été emmenée de force dans un véhicule de police, sans explication, le 24 avril 2021. À la prison d’El Chipote, a-t-elle déclaré, « deux agents m’ont emmenée dans un entrepôt et m’ont attaché les mains au plafond avec du câble, m’obligeant à me tenir debout les bras tendus au-dessus de ma tête. » Un agent lui a demandé « ce qu’elle avait dit aux États-Unis », où elle avait cherché sans succès à obtenir l’asile avant d’être refoulée au Nicaragua. Elle a affirmé à Human Rights Watch que des agents de la police anti-émeute l’avaient giflée, lui avaient donné des coups de poing dans le ventre et l’avaient amenée près d’une citerne d’eau. « Ils m’ont plongé de force la tête dans l’eau à de multiples reprises pendant environ 20 minutes », a-t-elle dit. Au moment de sa remise en liberté, des agents l’ont avertie: « La prochaine fois que nous vous verrons, nous vous tuerons. »  

Un porte-parole de l’ONU a déclaré le 9 juin que le Secrétaire général, António Guterres, était « très préoccupé par les récentes arrestations et incarcérations, ainsi que par l’invalidation des candidatures de dirigeants de l’opposition au Nicaragua. » Dans l’esprit de son Appel à l’action pour les droits de l’homme, le Secrétaire général devrait invoquer l’article 99 de la Charte de l’ONU pour attirer l’attention du Conseil de sécurité sur cette question, en la présentant comme une crise grandissante qui comporte de graves violations des droits humains et qui pourrait affecter la stabilité dans la région, a déclaré Human Rights Watch. De leur côté, les États membres du Conseil de sécurité devraient solliciter des comptes-rendus de la situation au Nicaragua de la part du Secrétaire général et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH).

La dernière fois que le Conseil de sécurité a tenu une réunion sur la situation préoccupante en matière de droits humains au Nicaragua remonte à septembre 2018, à la demande des États-Unis. À l’époque, Human Rights Watch avait exhorté les États membres de l’ONU à insister auprès du Nicaragua pour qu’il mette fin à sa brutale répression des manifestants, démantèle les bandes armées pro-gouvernementales et fassent rendre des comptes aux auteurs d’abus.

Le HCDH a condamné à plusieurs reprises les abus commis au Nicaragua. En mars, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution engageant vivement le gouvernement à « abroger ou modifier toute loi susceptible de restreindre indûment les droits aux libertés d’expression et d’association, à la vie privée et à la participation à la conduite des affaires publiques », et à « adopter … des réformes électorales et institutionnelles de nature à permettre la tenue d’élections libres, régulières, transparentes, représentatives et crédibles qui sont conformes aux normes internationales et se déroulent en présence d’observateurs électoraux indépendants nationaux et internationaux. »

Le président Ortega est au pouvoir depuis 2007. En 2009, la Cour suprême de justice du Nicaragua a émis un arrêt autorisant Ortega à contourner un obstacle constitutionnel à sa réélection et à briguer un second mandat. Puis un amendement constitutionnel approuvé par son parti, qui contrôlait – et contrôle toujours – l’Assemblée nationale, a aboli en 2014 les dispositions limitant le nombre de mandats autorisés, lui permettant ainsi de se présenter de nouveau en 2016. Son administration exerce un contrôle total sur toutes les branches du gouvernement, y compris l’instance judiciaire et le Conseil électoral.

Ortega se sert depuis longtemps de la répression pour rester au pouvoir. La Police nationale et les groupes armés pro-gouvernementaux ont brutalement réprimé des manifestants en 2018, arrêtant arbitrairement et poursuivant en justice des centaines d’entre eux et faisant plus de 300 morts et 2 000 blessés. De graves violations des droits humains, dont des actes de torture et des meurtres, sont restés impunis.

Ces policiers anti-émeute nicaraguayens étaient déployés le 2 juin 2021 à Managua devant le domicile de l’opposante Cristiana Chamorro, candidate à l’élection présidentielle prévue en novembre 2021. Ce jour-là, des policiers non munis de mandat ont perquisitionné son domicile. Elle a été assignée à résidence et fait l’objet d’une enquête sur la base d’accusations apparemment fondées sur motifs politiques. © 2021 Inti Ocon/AFP via Getty Images

La récente vague d’arrestations et d’actes de harcèlement a été rendue possible par l’adoption de nouvelles lois répressives qui violent le droit des citoyens à la garantie de procédures régulières conformes au droit international en matière de droits humains et sont utilisées pour décourager tout discours critique, pour donner un vernis légal aux détentions arbitraires et pour maintenir en prison les détracteurs du gouvernement afin de les empêcher de participer à la vie politique, a affirmé Human Rights Watch.

Le président Ortega a également utilisé sa majorité à l’Assemblée nationale pour faire approuver des modifications de la loi électorale visant à empêcher les candidats de l’opposition de participer aux élections. En outre, l’Assemblée nationale a nommé au Conseil électoral suprême sept nouveaux membres qui sont des sympathisants de son parti. Le 18 mai, ce Conseil a interdit au parti qui avait été le véhicule électoral d’une des deux principales coalitions d’opposition de participer aux élections de novembre.

« Il n’y a pratiquement aucune chance que les Nicaraguayens puissent exercer leurs droits fondamentaux aux libertés d’expression, de réunion et d’association, ni leur droit de voter et de briguer une fonction élective, s’ils sont perçus comme des opposants au parti au pouvoir », a affirmé José Miguel Vivanco. « Les hauts responsables de l’ONU et ses pays membres qui se soucient des droits humains ont une occasion d’empêcher une crise régionale en faisant pression sur Ortega pour qu’il mette fin immédiatement à sa répression. Ils devraient la saisir. »

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Cette entrée a été publiée le 7 juillet 2021 par dans ELECTIONS, NICARAGUA, REPRESSION.
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